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10 Décembre 2018 | 2, Tevet 5779 | Mise à jour le 10/12/2018 à 16h05

Rubrique Judaïsme

L’esprit des Maccabim

Nous vous redonnons à lire le superbe éditorial sur Hanouka écrit par Serge Benattar (zl). Il avait été publié le jeudi 24 décembre 2003 (29 Kislev 5764) et reste comme tous ses textes, d’une grande actualité.

La révolte des Maccabim, qui a permis la restauration du service du Temple, est un des rares soulèvements du peuple juif durant toute son histoire. Et pourtant ce ne sont pas les occasions qui ont manqué, tant les envahisseurs ou les oppresseurs se sont succédé sur cette terre tant convoitée. Aucune nation n’a été aussi persécutée, aucune n’a connu autant d’hommes qui ont voulu l’exterminer tant spirituellement que physiquement. Malgré tout, le peuple juif a survécu. Il a traversé les siècles et payé un lourd tribut en laissant derrière chaque génération son lot d’hommes, de femmes et d’enfants massacrés. Déporté au gré de ses occupants, il finit par se disperser aux quatre coins du monde, sans terre, mais avec une seule prière. Elle fut le lien indéfectible qui l’a uni envers et contre tout. En but à d’incessantes persécutions, aux flèches il répondait avec des mots, aux lances il ripostait avec des chants, il croyait faire taire la rumeur au son des violons, et lorsque la mitraille le fauchait, le livre était son seul bouclier. Et comme personne n’était à même de comprendre ses armes et sa défense, les tyrans considéraient ce peuple comme une cible privilégiée, facile et docile, et ils ne se privaient pas de le massacrer. Ainsi, l’image du Juif se laissant tuer sans résistance a collé à la peau de ce peuple, et chacun en profita, en toute impunité et tranquillité, pour l’accuser de tous les maux, et pour lui faire porter la responsabilité de la déchéance de l’humanité. C’était bien ainsi, le monde avait un bouc émissaire sur mesure, qui avait la force à nulle autre pareille de se régénérer aussitôt exterminé. Personne n’y comprenait rien, et parfois le peuple juif lui-même doutait de ce miracle. Et puisque cela marchait, pourquoi se torturer à vouloir saisir l’insaisissable ?

Alors, comprenez donc l’étonnement des nations lorsque ce peuple retrouve enfin l’esprit des Maccabim, l’esprit de révolte.



« La première révolte est de ne concéder aucune page du Livre, aussi vieillotte et aussi inutile qu’elle paraisse.»


D’abord, la surprise. Comment, après des siècles et des siècles de passivité et de soumission, ces Juifs osent se défendre ? Ensuite, la consternation. C’est qu’en plus de leurs armes habituelles, celles dont on se riait : les mots, les chants, le violon et le Livre, ils ont appris à se servir des chars et des canons avec brio et efficacité. Enfin, la confusion. Comment un si petit nombre peut-il perturber le cours des choses et de l’Histoire ? Ennemie redoutable, la pieuvre tentaculaire se transforme en dragon à trois têtes tout aussi dangereux pour l’avenir de l’humanité. Et de camp de concentration en camp de concertation, les nations s’ingénient sinon à éliminer physiquement ce peuple, du moins à lui nier sa mémoire, lui faire perdre son âme et son Livre. Car elles savent bien qu’en lui concédant seulement quelques pages sans importance du Livre, ce peuple creusera ses trous de mémoire, s’égarera dans le fil de son histoire, et finira par perdre son âme. Et c’est là tout le miracle de Hanoucca. L’esprit des Maccabim doit habiter chacun d’entre nous. Il n’est pas toujours nécessaire de se soulever l’arme à la main. La première révolte est de ne concéder aucune page du Livre, aussi vieillotte et aussi inutile qu’elle paraisse. L’esprit des Maccabim est ce grain de folie nécessaire à toute victoire qui fait que le petit nombre prend le dessus sur les myriades d’armées ennemies, aux milliers d’idées reçues et préconçues. Chaque parcelle perdue ne se retrouvera plus, chaque kippa ôtée affaiblira nos facultés à contester et à nous préserver.

À trop vouloir baisser les bras, nous ne saurons plus atteindre une hanoukia trop haute, nous finirons par l’allumer en catimini plutôt que de la placer devant la fenêtre par crainte que sa lumière dérange les passants laïcs. On a eu besoin d’une fiole d’huile pour allumer la MénNorah du Temple que parce que celui-ci a été repris par les Maccabim aux oppresseurs grecs. Nos dirigeants communautaires, nos instances spirituelles devraient s’inspirer et s’imprégner de cet esprit, faute de quoi nous n’aurons même plus besoin de fiole tant le Temple qui réside en chacun d’entre nous sera occupé par trop de concessions, de renoncements et de compromis. Faire entendre notre voix n’est pas forcément hors la loi, surtout lorsque celle-ci est censée nous protéger. Et s’il faut choisir entre sécurité et liberté, qui d’autre sera à même de nous guider si ce ne sont nos maîtres à penser. Encore faut-il qu’ils soient habités de l’esprit des Maccabim.

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