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10 Décembre 2018 | 2, Tevet 5779 | Mise à jour le 10/12/2018 à 16h05

Rubrique Judaïsme

Hanouka 5779 : éclairer les consciences

(Flash90.)

A partir de dimanche 2 décembre et pendant huit jours, les juifs du monde entier vont célébrer Hanouka. Cette fête est un lien avec le domaine public : que ce soit à la fenêtre ou à la porte de la maison selon les cas, il s’agit de porter à la connaissance des gens l’histoire du miracle.

Si les conditions exiliques et l’hostilité ambiante ne le permettent pas, on allumera les bougies à l’intérieur des maisons…

Ces modalités sont bien sûr signifiantes : allumer les bougies dans le domaine public indique que la Torah a vocation à éclairer non seulement les destins individuels et familiaux mais aussi l’existence collective. C’est la société dans son ensemble qui est appelée à être éclairée par les lois de la Torah qui constituent l’ossature solide d’une vie de cité épanouie et emplie de justice et de bonté.

Partage d’une lueur joyeuse avec le passant, don d’une lumière d’espérance à celui qui marche dans la nuit, offrande d’un message, d’une mission ; acte généreux de celui qui éclaire la conscience de l’homme perdu, c’est tout cela que chantent silencieusement les bougies de Hanouka. Diffuser l’existence du miracle, faire deviner des chemins de vie providentiels, montrer du doigt la trace divine dans l’histoire des prêtres hasmonéens, rappeler le combat de fidélité à la Torah de nos ancêtres, autant de voies d’inspiration présentées à ceux et celles en quête de lumière intérieure.

Le domaine public est aussi un lieu bien particulier. Lieu de rencontre avec autrui, il représente par ailleurs un espace où l’individu risque de s’égarer dans un système de conventions sociales, de masques portés, de flatteries ordonnées, d’hypocrisie organisée. La tradition rabbinique met en lien le concept de domaine public avec la dimension de l’idolâtrie, de la pluralité de divinités, de la diversité des pseudo-vérités puisque par définition, la vérité ne peut être qu’unique. On saisit alors que c’est dans cet espace bien plus qu’ailleurs qu’il faut apporter la lumière, cette lumière nous aidant à distinguer les visages des masques, les êtres des ombres ; c’est dans cet espace qu’il faut apporter ce que l’on peut de vérité afin d’y voir plus clair.



La vie privée n’existe presque plus puisque chacun s’affiche sur les réseaux sociaux


Rabbi Yehouda Arié Leyb de Gour (Sefat Emet I p. 199) analyse le passage de l’allumage du domaine public aux maisons d’un point de vue spirituel et existentiel: l’exil ne se limite pas à une problématique géographique. L’exil est aussi l’exil de soi. Jadis, la vie privée, l’intériorité de la vie, étaient épargnées par les caractéristiques négatives de la vie publique. La connaissance de soi n’était pas hors de portée. Mais l’exil est devenu  tellement intense que même l’intériorité est devenue extériorité. L’individu se dissimule à lui-même : conventions, masques, flatteries que l’on s’impose à nous-mêmes et pour nous-mêmes. L’espace public a gagné le cœur et l’esprit. L’espace privé a disparu. La conscience ruse ; surtout, qu’elle ne rencontre pas un miroir. C’est donc là, au cœur des ruines de l’intimité qui permettait de se retrouver, donc de s’amender, c’est là que règne aussi l’extériorité ; c’est là que les lumières de Hanouka doivent briller. Combien cet enseignement qui date de presque 150 ans nous est précieux en notre époque où le monde a envahi chaque maison par le biais d’Internet et où la vie privée n’existe presque plus puisque chacun s’affiche sur les réseaux sociaux. Où se situe l’extériorité aujourd’hui ? A l’intérieur. Allumer les bougies de Hanouka dans nos maisons nous aident certainement à en prendre conscience. 

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