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11 Décembre 2018 | 3, Tevet 5779 | Mise à jour le 10/12/2018 à 16h05

Rubrique Judaïsme

Haïm Korsia : La certitude que tout devient possible

Le billet de la semaine par Haïm Korsia, Grand Rabbin de France, Membre de l'Institut

Dès la nuit tombée et durant huit jours, nous allumerons dans tous nos foyers un chandelier. Il s’agit de revivre le miracle survenu au Temple de Jérusalem en l'an 162 avant notre ère. Nous allons nous replonger dans cette époque terrible où les Grecs occupaient la terre d'Israël et avaient installé au coeur même du sanctuaire de Jérusalem des idoles. Les Macchabées parvinrent à chasser l'envahisseur et à reprendre possession du Temple eurent comme premier geste de rétablir l'allumage quotidien de la Menora, le candélabre qui symbolisait la diffusion de la lumière de l’étude. Malheureusement, il ne se trouva qu’une fiole d'huile suffisante pour éclairer tout juste vingt-quatre heures. Un miracle se produisit et la lumière illumina le Temple durant huit jours, jusqu'à la fabrication de la nouvelle huile.

Mais le miracle de Hanouka consiste, bien plus que l'huile qui dure huit jours, en la victoire de ceux qui n'avaient aucune chance de vaincre et qui ont trouvé la force morale d'espérer et de l'emporter. 

Les Sages du Talmud (Shabbat 21b) s'interrogent sur le sens du mot Hanoukka et proposent plusieurs interprétations qu’il est aisé de consulter, mais un maître contemporain du judaïsme, Rabbi Yaakov Adés, nous invite à réfléchir au fait que le mot Hanouka tire son origine du mot Hinou'h, l'éducation.

L’ambition des Grecs était de voir les juifs perdre leur identité et les fondre dans un moule commun à l'humanité toute entière, tandis que le judaïsme porte un idéal de différenciation, seule possibilité de rêver d'unité, ce qui n’a rien à voir avec l’uniformité. 

La seule réponse possible face à cette menace toujours d’actualité est de renforcer l'éducation et particulièrement celle des enfants. La lumière symbolise la sagesse qui diffuse sa clarté sur le monde, alors que la nuit représente l'inculture, l'absence de connaissances, la haine même du savoir. Huit jours durant, dans un crescendo qui témoigne de nos petites victoires quotidiennes face à notre propre apathie, celle contre laquelle les Maximes des Pères nous engagent à « fixer des moments d’étude » sans quoi nous abdiquerions bien vite, soir après soir, dans la certitude que grâce à nos petites lampes d’espérance le jour viendra, nous ravivons la flamme du savoir. 

Il s'agit de triompher de tous les obscurantismes, de tous les préjugés nés faute d'éducation, ceux qui engendrent la violence, la haine, le racisme, et pire, l’indifférence au sein de notre société.

L’avenir du judaïsme se fonde sur le savoir, tant juif qu’universel, transmis aux enfants. Là réside le coeur du sens de la fête de Hanouka. Apprendre à son enfant à contempler la Sagesse, l'admirer, cesser de raisonner en terme d’utilité, de production, de résultats, de compétition, c’est le véritable message de la fête de Hanouka, et je formule le voeu que cette harmonie entre la prière et l’étude, entre la confiance et l’espérance, soit un modèle pour nos communautés.

La certitude que tout devient possible nous ouvre des possibilités que personne n'entrevoit, des avenirs que personne même ne rêve. Le miracle se réalise lorsque la volonté divine rencontre le rêve des hommes. Seuls les croyants et les rêveurs, et parfois les fous, transforment la société. Et nous sommes un peu les trois.

Nous sommes les bâtisseurs du futur, et c'est une lourde responsabilité. Le temps de Hanouka nous prouve que ce défi aux lois du monde est réaliste et qu'il est même notre destinée, ce que notre Créateur attend de nous. Nous saurons être à la hauteur de la confiance que D.ieu nous porte. 

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