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16 Novembre 2018 | 8, Kislev 5779 | Mise à jour le 14/11/2018 à 18h15

17 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h51 - 18h00

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Pétrole : Trump veut faire plier l’Iran

L’entrée en vigueur d’un nouveau train de sanctions pourrait plonger l’économie iranienne dans la crise.

Le réel inspiré par la fiction


Avec Donald Trump, rien n’est tout à fait traditionnel. Assurant par lui-même la promotion de l’entrée en vigueur des nouvelles sanctions contre l’Iran, le 5 novembre, le président des Etats-Unis a publié un photomontage sur son compte Twitter pour marquer le coup. On y voit le « commander-in-chief », seul, habité par un air martial et accompagné d’un message, « Sanctions are coming » (« les sanctions arrivent »), directement inspiré de la série « Game of Thrones ».  L’épisode figurera sans doute dans la prochaine réédition de la « Géopolitique des séries » du politologue Dominique Moïsi, comme une illustration de la place éminente acquise par ces productions dans la culture contemporaine américaine, et au-delà. Le commandant de la force d’élite Al Qods, le général iranien Qassem Soleimani, a en effet répliqué sur son compte Instagram en usant des mêmes codes issus du programme de la chaîne HBO : « I will stand against    you », « Je vais résister ». 


Mettre à genoux le régime


C’est donc à la veille d’élections intermédiaires potentiellement décisives pour la suite du mandat de Donald Trump que le dernier train de sanctions américaines contre Téhéran est entré en fonction. Un signal fort pour les électeurs républicains – même si les questions locales prédominent -, mais surtout le dernier étage d’une fusée destinée à faire plier le pouvoir iranien. « Mon objectif est de forcer le régime à faire un choix clair : soit abandonner son comportement destructeur, soit continuer sur le chemin du désastre économique ». L’or noir constituant entre 70% et 80% des recettes d’exploitation iraniennes, le coup est rude. Estimée à trois millions de barils par jour en avril, la production iranienne a décliné à 1,86 M en octobre et pourrait à terme chuter jusqu’à un million d’unités/jour. En août, une première batterie de sanctions avait ciblé certaines transactions financières, des importations de matières premières et les transactions dans le secteur automobile et l’aviation commerciale. Lundi, c’est le service de message interbancaire, Swift, qui annonçait la suspension de l’accès de certaines banques iraniennes à son réseau. La Maison Blanche espère désormais voir la contestation sociale, alimentée par une économie atone et une inflation qui pourrait atteindre 30% dans les prochains mois, contraindre le régime à entamer des négociations en position de faiblesse. D’autres rêvent même d’un « regime change ». 


Exemptions et contournement


Les Américains mesurent néanmoins les risques de l’opération sur la croissance mondiale. « Nous avons les sanctions les plus sévères jamais imposées. Mais pour le pétrole, nous voulons aller un peu plus lentement, parce que je ne veux pas faire monter le prix du pétrole dans le monde », a reconnu Donald Trump. Des exemptions temporaires ont été accordées à huit pays, dont les trois principaux importateurs de brut iranien : la Chine, l’Inde et la Turquie. Aucun sursis en revanche pour l’Union européenne qui peine à mettre en place le « véhicule à usage spécial », un mécanisme complexe destiné à préserver le commerce avec l’Iran à l’abri des mesures de rétorsion du Trésor américain. 

Si la production américaine a récemment augmenté pour compenser le repli iranien, l’instabilité régionale (affaire Khashoggi en Arabie saoudite, tensions au Venezuela) pourrait néanmoins tendre le marché, où le baril se vendait ces derniers jours autour de 75 dollars. Pour le chercheur à Columbia, Richard Nephew, « des prix hauts pourraient aider l’Iran à affronter la tempête […] et augmenter les chances de contournement des sanctions ». Des transporteurs iraniens naviguent déjà depuis plusieurs mois avec une immatriculation mongole ou moldave, d’autres éteignent leurs transpondeurs pour échapper à la vigilance des systèmes de surveillance maritime, notamment celui de la société israélienne Windward. Il n’empêche : le 5 novembre marque, selon Benyamin Netanyahou, « un grand jour pour l’avenir d’Israël ». 

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