Default profile photo

10 Décembre 2018 | 2, Tevet 5779 | Mise à jour le 10/12/2018 à 16h05

Rubrique France/Politique

Daniel Knoll : « Nous ne pensions pas que maman pouvait être une cible »

CAPTURE D’ECRAN CNN

Huit mois après le meurtre antisémite de Mireille Knoll, 85 ans, ses fils Daniel et Allan Knoll racontent dans C’était maman (Ed. Kero) l’histoire de leurs parents et de leur mère si attachante.

Actualité Juive : Votre maman a été assassinée chez elle le 23 mars 2018. Comment avez-vous vécu ces derniers mois ?

Daniel Knoll : Ils ont été extrêmement difficiles. La situation est tellement insupportable qu’il nous a fallu des garde fous. Nous essayons de ne pas y penser tout le temps sinon on pense aux coups de couteau et qu’il a mis le feu. Nos parents nous ont donné une grande capacité d’adaptation, c’est grâce à elle qu’on tient. 


A.J.: Et vous avez écrit. Avec Catherine Siguret. Quel est le sens de ce livre ?  

D.K. : Pour tout vous dire, nous étions réticents, surtout Allan, mais nous l’avons fait. En faisant des recherches, nous avons découvert des aspects de la vie de maman et de nos parents que nous ignorions. Ce livre est un hommage à notre mère, à notre père et à notre oncle Erwin. C’est un héritage pour nos enfants et nos petits-enfants et pour ceux qui le liront. 


A.J.: Parlez-nous de votre maman. Une femme joyeuse et aimante mais que vous décrivez aussi très seule et fragile. 

D.K. : Elle était adorable avec tout le monde et si gentille. Elle aimait le contact et c’est ce qui lui manquait le plus à la fin de sa vie. Ce n’était pas une yiddish mame comme on les connaît. Elle aurait aimé qu’on soit médecin et avocat mais elle ne nous a pas ennuyés et nous a poussés à trouver notre voie sans nous juger. Elle aimait le peuple juif. (Silence) On n’aurait jamais pensé que ça se passerait comme ça : un père déporté et une mère qui échappe à la Shoah grâce à un passeport brésilien, assassinée sauvagement par un musulman invertébré, un monstre, un non-être. 


A.J.: Les jours suivant le drame, vous avez douté de son caractère antisémite. Vous souvenez-vous pourquoi ? 

D.K. : Nous ne pensions pas que maman pouvait être une cible. Elle n’était pas riche et son identité juive était une part d’elle-même dont elle était très fière mais une part seulement. Jusqu’à la marche blanche, nous étions réservés sur le mobile antisémite et nous ne voulions pas y participer puisqu’il n’était pas avéré. Quand il l’a été, cela a totalement changé notre vision des choses. On était abasourdis. Tout le monde, le Consistoire, Joël Mergui, Meyer Habib, la communauté juive a été d’une solidarité époustouflante que je ne connaissais pas. L’antisémitisme nous avait à peine effleuré l’esprit car ce monstre était le voisin de ma mère et elle le recevait avec amour. Jusqu’au moment où une dame est venue habiter chez elle avec sa fille de 12 ans.  Ce Y. n’avait aucune  gêne. Un jour, il est entré dans la chambre de la jeune fille et lui a tenu des propos impardonnables. Sa mère a déposé plainte et il a été en prison. Quand il en est sorti en octobre 2017, nous ne le savions pas. Il était interdit de quartier mais il est revenu à Nation. Si la justice avait fait son travail, elle lui aurait mis un bracelet. Ce vendredi 23 mars, mon épouse a vu Y. chez ma mère et elle l’a fait sortir. Quand j’ai appelé mon frère pour lui dire qu’il était là, Allan était en face de lui. Il était revenu une seconde fois. Mon frère n’a pas pensé à mal, il est monté chez ma mère avec Y. et quand il a dû s’en aller, il attendait un signe de maman, même en yiddish, pour le faire partir avec lui, mais rien. Y. a alors appelé son complice et il l’a tuée en criant « Allah Ouakbar ». C’était antisémite. 


A.J.: Vous écrivez qu’on a du mal aujourd’hui à appeler un salopard, un salopard. Et un antisémite ? 

D.K. : Je suis partisan d’appeler un chat, un chat. Tous les musulmans ne sont pas des extrémistes mais quand ils le sont, il faut le dire. Il faut nommer les petites racailles musulmanes comme les autres. Il ne faut plus avoir peur des mots ni de personne. Nous sommes la majorité, des gens ouverts et bons. Cette majorité doit réagir et arrêter de se laisser faire. 


A.J.: Comment on est-on arrivé là ? 

D.K. : La Justice est très faible. Elle laisse sortir de prison des futurs assassins. Le même jour, pour ainsi dire, on a perdu le commandant Beltrame, lui aussi tué par un musulman extrémiste qui sortait de prison. La majorité des gens sont bons mais il faut combattre ceux qui sont contre nous et qui font du mal à la France. Malheureusement, je crois qu’on n’est pas au bout de nos pertes et de nos tristesses. 


A.J.: Que pensez-vous de la situation des Juifs en France ? 

D.K. : Les Juifs de France et d’Europe doivent prévoir leur départ. Je ne dis pas qu’on partira tous et qu’on partira tous en Israël, mais il n’est pas question qu’on nous martyrise. Gouverner c’est prévoir et pour nous les Juifs, encore plus. Il n’est pas question qu’on parte avec notre étoile d’or comme dans la chanson d’Herbert Pagani. 


A.J.: Redoutez-vous le procès et qu’en attendez-vous ? 

D.K. : J’espère que la Justice, cette fois, va rendre justice et qu’ils prendront le maximum. Emotionnellement, ça va être très difficile de voir ces sales types, ce Y. qui après avoir tué notre mère est monté chez la sienne faire laver le couteau et les verres et qui est parti au café faire la fête. Ces non-être doivent avoir un procès mais ils méritent le pire. 


A.J.: Vous avez déposé les statuts d’une association Mireille Knoll. De quoi s’agit-il ? 

D.K. : C’est encore tôt pour en parler mais nous pensons à des projets sur la fraternité, le rapprochement interreligieux et la solidarité avec les personnes âgées. Maman aurait aimé cette   association qui veut combattre la haine et les imbéciles. Elle aurait trouvé ça superbe.

Powered by Edreams Factory