Default profile photo

27 Juin 2019 | 24, Sivan 5779 | Mise à jour le 26/06/2019 à 18h12

Rubrique France/Politique

Rudy Reichstadt : « Un discours complotiste n’est jamais anodin »

Crédit : DR

Si le déferlement des analyses complotistes a pris une ampleur inquiétante parmi les sympathisants des Gilets jaunes, c’est parce qu’il a pu s’appuyer sur différents ressorts, explique le directeur de Conspiracy Watch.

Actualité Juive : On assiste à une multitude d’explications complotistes sur les réseaux sociaux visant à démontrer que l’attentat de Strasbourg n’en était pas un. Comment l’expliquez-vous?

Rudy Reichstadt : Un complotisme pavlovien s’exprime désormais systématiquement à l’occasion d’événements dramatiques comme les attentats. Ce fut le cas de toutes les attaques terroristes perpétrées en France depuis le massacre de l’école Ozar Hatorah de Toulouse en 2012. Les arguments conspirationnistes circulent immédiatement, provenant aussi bien d’anonymes derrière leurs écrans d’ordinateur que de personnalités politiques, d’intellectuels et de professionnels de la désinformation. Le contexte dans lequel est survenu l’attentat de Strasbourg est celui d’une situation intérieure extrêmement tendue, depuis des semaines, autour du mouvement des Gilets jaunes. Le réflexe complotiste était prévisible compte tenu de la perméabilité au complotisme que l’on a pu observer depuis un mois dans les commentaires d’un certain nombre de Gilets jaunes.

Il n’y a rien d’étonnant à ce que l’idée domine, chez beaucoup d’entre eux, que cet attentat tombe à point nommé pour détourner l’attention médiatique. Du reste, l’idée que les attentats sont des opérations montées de toutes pièces par le gouvernement pour faire diversion est complètement banalisée sur certains sites Internet dits « alternatifs ». Ce qui est nouveau en revanche, c’est l’ampleur prise par ces commentaires complotistes. Au point que les administrateurs de certaines pages Facebook se revendiquant du mouvement ont décidé de fermer les commentaires sur le sujet.

A.J.: Les médias ont-ils tendance à trop leur donner la parole ?

R.R. : Qu’on le veuille ou non, les porte-parole improvisés des Gilets jaunes représentent quelque chose. Ils sont suivis, leurs vidéos sont vues des milliers de fois… La page Facebook animée par Maxime Nicolle, alias Fly Rider, qui au soir même de l’attentat de Strasbourg donnait écho aux thèses complotistes, est l’une des pages des Gilets jaunes qui comptent le plus d’abonnés. Par conséquent, les grands médias d’information n’ont pas pour rôle de censurer les opinions contestables ou aberrantes. En revanche, leur responsabilité devrait être de confronter davantage aux faits ce que disent ceux à qui ils tendent les micros. 

A.J.: En quoi ce travail de vérification des faits pour démonter les théories conspirationnistes est-il nécessaire ?

R.R. : D’abord pour ne pas laisser le champ libre aux conspirationnistes et rattraper par la manche tous ceux qui pourraient être séduits par leurs discours. Un discours complotiste n’est jamais anodin. Il peut justifier des passages à l’acte violent, qu’ils soient génocidaires, terroristes ou criminels au sens large.

Powered by Edreams Factory