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23 Mars 2019 | 16, Adar II 5779 | Mise à jour le 21/03/2019 à 18h35

Rubrique Israël

Israël - Arabie saoudite : les liaisons dangereuses

Abdallah Al-Mouallimi, ambassadeur saoudien à l’ONU (UN WEB TV.)

Entendre le représentant saoudien, à la tribune de l'Assemblée Générale des Nations unies, dénoncer les tirs de roquettes du Hamas contre le sud d'Israël aurait semblé, il y a encore quelques mois, relever de la politique-fiction.

C'est pourtant ce qui s'est produit le 6 décembre : « Nous condamnons tous les actes qui mettent en danger des vies civiles », a déclaré Abdallah Al-Mouallimi. Même si l'ambassadeur saoudien s'est empressé d'accuser Israël « d'agression contre les Palestiniens » et qu'il s'est joint à la majorité des Etats qui ont repoussé la résolution qui devait condamner l'organisation terroriste de Gaza, sa remarque reste le signe d'un infléchissement dans la politique de Riyad. 

   Officiellement, Israël et l'Arabie Saoudite sont toujours sur deux trajectoires différentes, séparées par l'absence de règlement du conflit israélo-palestinien. Officieusement, les deux pays dialoguent, voire coopèrent quand leurs intérêts convergent, en particulier face à la menace que fait peser l'Iran sur toute la région moyen-orientale. Dernier développement en date, la vente par une société israélienne à l'Arabie Saoudite d'un logiciel-espion, qui lui aurait permis de surveiller les communications des opposants au régime de Riyad et en particulier celles du journaliste assassiné Jamal Khashoggi. Selon le Washington Post, le groupe israélien NSO aurait vendu en 2017 son logiciel Pegasus-3 avec l'accord du ministère israélien de la Défense. Cet épisode embarrasse évidemment les dirigeants israéliens, dont l'objectif n'était certainement pas d'aider à l'élimination de dissidents saoudiens, mais de resserrer les liens avec la monarchie du Golfe. 

Depuis que l'administration Obama avait entrepris un rapprochement avec Téhéran, les Etats arabes sunnites et Israël se sont retrouvés alliés de circonstance dans cette nouvelle configuration stratégique. La participation active de l'Iran à plusieurs conflits régionaux comme la Syrie et le Yémen a encore accentué cette tendance. En 2016, la cession par l'Egypte à l'Arabie Saoudite des deux îles du détroit de Tiran – crucial pour la navigation israélienne en mer Rouge - avait été validée par Israël comme ne remettant pas en cause son traité de paix avec l'Egypte. 


Les deux pays dialoguent, voire coopèrent quand leurs intérêts convergent

Les gestes saoudiens sont en revanche moins voyants et surtout moins directs. Il y a quelques mois, Riyad a autorisé la compagnie aérienne Air India à survoler son territoire pour raccourcir sa liaison vers Tel-Aviv, mais sans accorder le même avantage à la compagnie israélienne El Al, qui en revanche aurait obtenu le droit de survol d'Oman, comme vient de le révéler Binyamin Netanyahou. La normalisation est donc encore prématurée, même si le Premier ministre israélien ne manque jamais une occasion d'en laisser entendre l'imminence. Au printemps dernier, le prince héritier d'Arabie Saoudite s'était laissé aller à une déclaration favorable à Israël avant d'être aussitôt recadré par le roi son père. 

Le président américain s'exprime lui aussi sur la nécessité d'un rapprochement israélo-saoudien en affirmant qu'il est « indispensable à la sécurité d'Israël ». Ce qui n'empêche pas le royaume sunnite de courtiser aussi les adversaires de Washington, à commencer par la Russie et de préserver des relations, même tendues avec la Turquie, pour s'assurer un allié supplémentaire contre l'Iran. Au Proche-Orient, les alliances restent construites sur du sable. 

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