Default profile photo

20 Janvier 2019 | 14, Shevat 5779 | Mise à jour le 20/01/2019 à 16h12

26 janvier - Chabbat Yitro : 17h18 - 18h29

Rubrique Israël

Docteur Mark A. Heller : « Mohammed Ben Salmane n’est pas en bonne posture »

Mark A. Heller est chercheur en chef à l’Institut d’études de Sécurité Nationale depuis 1979. Spécialisé dans les relations internationales qu’il enseigne à l’Université de Tel-Aviv et plusieurs universités américaines, il a publié de nombreux ouvrages géopolitiques et géostratégiques sur le Moyen-Orient et ses articles d'opinion paraissent dans le New York Times et l'International Herald tribune.

Actualité Juive: On parle d’un récent rapprochement entre Israël et l’Arabie Saoudite, mais est-il si récent que ça ?

Mark A. Heller : Non, il ne date pas d’hier. Les premiers frémissements se ressentent au moment de la Révolution islamique iranienne en 1979 qui bouleverse les rapports de force au Moyen-Orient. Mais plus tangiblement, on peut situer ce rapprochement au milieu de la dernière décennie. Quand l’Irak n’est plus en mesure de freiner l’Iran, tout le monde cherche alors d’autres appuis. 


A.J.: Pourquoi ce rapprochement s’est-il accéléré ? 

M.A.K. : Car Israël et l’Arabie Saoudite font ennemi commun : l’Iran. Une menace qui s’affirme. Ryad et Jérusalem sont tous deux intéressés pour freiner les ambitions nucléaires iraniennes et ne pas laisser Téhéran s’installer militairement au Moyen-Orient. 


A.J.: Comment ce rapprochement s’illustre-t-il ?

M.A.K. : Ce serait une erreur que de penser qu’il y a des relations concrètes en coulisses. Il n’y a aucune relation officielle ni diplomatique. On n’a pas encore assisté à des visites officielles de dirigeants israéliens comme c’est le cas dans d’autres pays du Golfe Persique où les relations sont au grand jour. Le Premier ministre Binyamin Netanyahou était officiellement à Oman et Miri Regev aux Emirats arabes unis. Pour l’heure le rapprochement s’illustre uniquement par une coopération sécuritaire et par un échange de renseignements autour de la menace iranienne.


A.J.: Mohammed Ben Salmane a déclaré que les Israéliens comme les Palestiniens avaient droit à leur propre terre. Cette déclaration vaut-elle pour reconnaissance tacite de l’Etat hébreu ?

M.A.K. : Une déclaration qui a fait du bruit. Mais en fait, il n’a fait que revenir sur la position officielle de Ryad depuis 2002, année où le roi Fahd ben Abdelaziz Al Saoud propose son initiative de paix qui sera adoptée au sommet de la ligue arabe en 2007 à Ryad : reconnaissance d’Israël contre une solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien. 


A.J.: Pourtant cette déclaration a suscité l’indignation au sein du Royaume, du peuple saoudien et du monde arabe…

M.A.K. : Mohammed Ben Salmane n’en tient pas compte. Il cherche surtout à plaire à Trump. Il essuie des critiques de toute part. Il est montré du doigt dans l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul. Salmane n’obtient pas de bons résultats au Yémen et n’a pas réussi à faire chuter Assad comme il le souhaitait. Il n’a pas beaucoup d’amis et cherche donc les soutiens là où il peut. Il sait aussi que Netanyahou ne le condamnera pas pour violation des droits de l’homme même si son implication dans le meurtre du journaliste est avérée. Même le prix du pétrole est en baisse. Bref il n’est pas en bonne posture et préfère donc ne pas énerver tout le monde en même temps.


A.J.: D’autant plus que son père le rappelle à l’ordre le jugeant trop complaisant avec Israël…

M.A.K. : Son père est certes plus conservateur. Il cherche à freiner la fougue de son fils qui n’a que 33 ans et moins d’expérience. Mais je ne crois pas que Mohammed Ben Salmane agisse à l’encontre des positions de son père. 


A.J.: Ce rapprochement pourrait-il influer sur le processus de paix israélo-palestinien ? Donald Trump semblant voir en Salmane celui qui pourrait faire accepter son plan de paix et recueillir l’adhésion du monde arabe.

M.A.K. : Non, c’est une illusion de le penser. Ceux qui estiment que Salmane peut être celui qui déciderait les Palestiniens à revenir à la table des négociations ou à accepter un plan de paix qui n’est pas à leur goût se trompent.  Penser aussi que les relations entre Israël et les Pays du Golfe pourraient faire oublier le problème entre Israël et les Palestiniens est un leurre. C’est juste pour Netanyahou un moyen de mettre quelques points à son crédit politique.


A.J.: Que vous inspire justement le plan de paix américain ?

M.A.K. : Je pense que si toutefois il existe, il ne devrait pas nous mener très loin avec l’Arabie Saoudite ou sans. De toute façon les deux parties ne sont pas pressées de reprendre les négociations. Les Palestiniens ne sont pas disposés à faire d’importants compromis. Et Netanyahou sait que le plus petit compromis qu’il consentira le mettra dans une position difficile à l’approche des législatives.


A.J.: Peut-on envisager une normalisation des relations entre Israël et le monde arabe le jour où le conflit israélo-palestinien sera résolu ?

M.A.K. : Elle n’aura pas lieu le jour-même ni les jours suivants. Mais ce sera sans doute la clé qui permettra d’en ouvrir la porte. 

Powered by Edreams Factory