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23 Mai 2019 | 18, Iyyar 5779 | Mise à jour le 22/05/2019 à 18h15

Rubrique Judaïsme

Parachat Vaygach : Une leçon de vie

(GUSTAVE DORÉ)

Le récit de la vie de Yossef aurait de quoi perturber le plus efficace des psychologues. Il perd sa mère alors qu’il n’est qu’un enfant. Il est haï par ses frères qui tentent de le tuer mais qui au final, le vendront à des commerçants itinérants. Puis il se retrouve esclave en Egypte, un pays à l’extrême opposé de l’idéal spirituel de son père. Là, il sera jeté en prison, calomnié par la femme de son maître. Et ce n’est qu’à trente ans que ce parcours chaotique prendra fin ! Mais face à ce déluge, c’est sa réaction qui étonne nos commentateurs.

Mais avant de l’étudier, intéressons nous au message que Yossef envoie à Yaakov son père après 22 ans de séparation. Dans notre paracha, Yossef révèle sa véritable identité à ses frères. Il n’est pas un dignitaire égyptien mais le frère qu’ils ont vendu 22 années plus tôt. Et immédiatement, il leur demande de retourner rapidement chez son père Yaakov, pour lui dire qu’il est vivant. Mais le message (1) qui leur transmet pour son père est étonnant : « …vous lui direz que D.ieu m’a placé maître de toute l’Egypte… ». Cette information, pour Yaakov, est-elle vraiment réjouissante ? Que peut lui apporter le fait que Yossef soit devenu l’homme politique le plus puissant d’un pays, symbole de dépravation ? N’aurait-il pas attendu de lui qu’il soit resté un érudit de la Thora dans lequel il avait mis tous ses espoirs spirituels ? Vient alors Rabbi Israël de Rougine (2) qui propose une lecture différente du verset. Yossef envoie un autre message à son père : l’expression hébraïque « Samani Eloh.im » (D.ieu m’a placé) peut aussi se lire « J’ai placé D.ieu ». En Egypte, malgré la séparation, Yossef est resté le digne héritier de son père. L’Egypte n’en a pas fait un homme politique mais c’est lui qui a changé ce pays en y installant la divinité. 


Maladies de l’esprit


Et là, nous allons comprendre, la véritable personnalité de Yossef. Elle sera porteuse d’un formidable message de vie qui se dessine dès les premiers mots que Yossef adresse à ses frères. Alors qu’il leur demande de partir annoncer à son père qu’il est vivant, il leur précise « …ne vous attristez pas et ne vous mettez pas en colère ». La demande est pour le moins surprenante : n’est-ce pas plutôt à eux de lui demander de ne pas se mettre en colère pour l’avoir vendu ?  L’explication ne peut nous laisser indifférent, dans une société où les maladies psychologiques prennent de plus en plus de place et cela, sans grande perspective d’apaisement. 


La définition du bonheur


Après tous ses malheurs, Yossef aurait pu se morfondre dans la tristesse ou la fuite du monde comme le fait la plupart d’entre nous. Devant n’importe quel problème impliquant la gestion des hommes ou de situations difficiles, l’individu né de la modernité semble désemparé et peut sombrer dans la tristesse, la mélancolie ou pire la dépression. Yossef ne prendra pas ce pli. A plusieurs reprises, il explique à ses frères qu’il est en mission en Egypte, que tout ce qu’il a vécu avait une finalité positive, entièrement guidée par le Créateur : préparer l’installation de sa famille et la sauver. Il en va de même pour nous aujourd’hui : l’existence d’un homme et sa venue sur terre sont intimement liées à la mission que le Créateur lui a confiée. Par une étude profonde de sa personnalité, il peut trouver les contours de cette mission. En s’y consacrant pleinement, il harmonise les situations de sa vie (agencées par D.ieu) avec sa nature et ses traits de caractère. Il sera alors en mesure de mettre de côté les problèmes de son existence ou tout au moins de les dévitaliser. C’est la définition juive du bonheur. 


Notes

(1)  Parachath Miketz, chap. 45, verset 9

(2) (1796-1850) Il était le petit fils du Maguid de Mézeritch

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