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20 Mai 2019 | 15, Iyyar 5779 | Mise à jour le 17/05/2019 à 13h36

Rubrique Judaïsme

Parachat Chemoth : Un nom pour la vie

Moïse sauvé des eaux, peint par Sébastien Bourdon (vers 1650)

Comment un mot peut-il contenir en lui une idée et son contraire ? C’est l’un des traits de génie de la langue hébraïque, totalement étrangère à la pensée occidentale pour qui, la raison ne peut supporter une telle contradiction. Mais il y a plus : cette opposition interne au sein d’une expression sera toujours porteuse d’un enseignement. C’est ce que nous verrons avec Chémoth, le nom de notre paracha.

Chémoth signifie « des noms ». Un nom, en hébreu, se dit « Chem » et à ce propos, nos Maîtres font remarquer que ce mot renvoie à deux significations bien distantes l’une de l’autre. D’un côté, un nom n’est qu’une simple indication permettant de localiser un individu. D’ailleurs, le mot Chem peut aussi se lire Cham (1) qui signifie « Là bas ». Un nom est purement formel et n’indique en rien le caractère ou la personnalité de l’individu : plusieurs personnes peuvent porter le même nom, tout en étant très différentes les unes des autres ! Mais d’un autre côté, il est rapporté qu’un nom exprime la dimension profonde d’un individu. Comme on peut le constater lors d’une Brith Mila. Le nom que les parents donneront à l’enfant incarne, dans les lettres qui le composent, toute la personnalité de cet enfant. La Tradition nous rapporte, en effet, qu’au moment du choix du nom de l’enfant, les parents sont inspirés par un esprit prophétique.


Un réveil spirituel


   Cette dualité au sein d’un même mot exprime à la fois la douleur et la grandeur d’un Juif en exil, comme celui décrit dans notre paracha. En Egypte, les enfants d’Israël souffrent sous le poids de la rigueur de l’esclavage. Mais leur souffrance est aussi spirituelle : le Mal, en la personne de pharaon, voile la Présence divine. Et cette absence de D.ieu va réveiller chez le Juif le désir de chercher le Créateur. D’un côté, comme dans un nom (qui n’a rien de grand) le Juif souffre sous le fardeau de l’exil et l’on ne perçoit pas la lumière de son âme divine, à l’instar d’un nom qui n’a qu’une valeur limitée. Mais d’un autre côté, cette souffrance va déclencher en lui un réveil spirituel intense comme un nom qui révèle aussi la dimension profonde qu’il contient.


En un seul temps


Cette coexistence de deux idées au sein du même mot nous permettra de répondre à une question posée par les commentateurs du texte biblique. Pourquoi le processus de la délivrance commence-t-il à la fin de la parachath Chémoth qui nous décrit dans sa globalité le temps de l’exil ? N’aurait-il pas été plus juste de consacrer une paracha pour l’exil et une paracha pour la délivrance ? La Thora veut nous enseigner une donnée essentielle : quelque part, l’exil est indissociable de la délivrance. En d’autres termes, la qualité de la lumière générée par la délivrance dépend de l’effort produit par chacun en temps d’exil pour rester lié à D.ieu. Quand, malgré l’obscurité spirituelle et la souffrance physique, le Juif reste fermement attaché au judaïsme, il révèle son identité profonde et son désir exclusif de spiritualité. Quand le Temple existait, la présence de D.ieu était évidente et palpable. L’effort pour s’attacher à Lui n’exigeait pas un dépassement de soi. Seul l’exil donne, même au Juif le plus simple, l’opportunité de sortir de soi et de devenir un homme de la délivrance. 


Note

  1. En modifiant la voyelle
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