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19 Mars 2019 | 12, Adar II 5779 | Mise à jour le 18/03/2019 à 12h51

Rubrique Culture/Télé

Amanda Sthers : « Être Juif, c’est au-delà d’être religieux ou croyant »

Autour d’une histoire de cochons élevés en Israël naît un conflit singulier entre leur propriétaire et un rabbin. « Holy lands » est un récit loufoque adapté de son roman par Amanda Sthers et qu’elle réalise au cinéma.

Actualité Juive: Comment est née cette idée que l’on avait déjà pu découvrir dans votre 9e roman ?

Amanda Sthers : En lisant un article dans Le Monde Diplomatique sur comment on élevait les cochons en Israël en les posant sur des planches surélevées afin que leurs pattes ne touchent pas la terre sainte. L’article expliquait comment le commerce de viande de cochons permet de fournir du bacon aux restaurants de Tel-Aviv. Et comment grâce à leur flair hors du commun, on songeait  selon une étude à les utiliser pour pourchasser les terroristes, en tenant compte que lorsqu’un musulman touche un cochon il n’a plus droit au paradis. D’où l’idée éventuelle de mettre des cochons en laisse tenue par des soldats. Je trouvais que toute l’absurdité de la religion et sa magie résidaient dans cette histoire devenue mon point de départ.


A.J.: Vous semblez y apporter un regard critique et du respect dans le même temps. 

A.S. : Nous avons tous un rapport particulier à la religion. Il faut respecter la façon de chacun d’être ou non religieux. Je suis traditionaliste. La religion véhicule des valeurs importantes pour nos enfants. Mais quand elle devient un diktat, un terreau d’intolérance, l’inverse de ce pourquoi elle est née, alors je l’exècre. Être Juif, c’est au-delà d’être religieux ou croyant. Je suis une juive non croyante. Mais j’ai l’impression que c’est une religion avec laquelle on n’a pas le choix. Il faut la transmettre et la faire exister parce que ce qu’elle a traversé et vécu mérite qu’elle continue. Au-delà même de ce que l’on pense croire ou connaître. Elle fait partie d’un héritage important de l’humanité et de résistance. 


A.J.: « Holy lands » parle de la religion, d’Israël, mais aussi de l’amour familial malgré la distance. C’est un peu votre histoire personnelle aussi ?

A.S. : En partie, mais au-delà de la distance, le silence m’intéressait. Tout ce que l’on ne se dit pas dans une famille, pèse plus lourd que les mots exprimés. Même quand ils blessent. Il vaut mieux parfois dire que de laisser en suspens. De mon histoire personnelle, vient de mes parents, en tout cas de mon père de ne pas dire « je t’aime », pas de marques d’affection orales. J’ai beaucoup travaillé dans ma vie pour avoir ce « Je t’aime » dans les yeux de mon père. Il y a dans le personnage de Harry ce côté de ne pas dire les choses. Nous sommes les premiers à le dire et à être affectueux, je ne sais pas ce que cela donnera pour nos enfants. 


A.J.: Autre type de distance celle avec le père de vos enfants, Patrick Bruel. Séparés, vous lui avez pourtant donné un rôle.

A.S. : Je pense que quand on a aimé et admiré quelqu’un dans sa vie, le fait que l’état amoureux soit parti n’empêche pas qu’il y ait encore de l’amour. C’est la première fois que l’on travaille ensemble au cinéma. C’était très sympathique et amusant pour l’équipe. 


A.J.: Que représente l’État d’Israël pour vous ?

A.S. : Un État nécessaire qui mériterait de repenser certains éléments. Il doit avoir conscience que si tous les Juifs sont responsables d’Israël dans le monde, le pays est aussi responsable de l’image donnée pour la diaspora. C’est un État qui ne sait pas expliquer ce qu’il est. J’ai un rapport d’amour-haine avec lui. Je le défendrai bec et ongles contre une table entière à dîner qui dirait du mal d’Israël. Et à l’inverse avec une tablée de juifs pro-israéliens, je prendrais le parti de montrer du doigt tout ce qui ne va pas. La force d’Israël et ce que j’aime est la presse la plus autocritique du monde dans un pays qui se remet en question. Je voulais montrer dans le film, ce que l’on n’entend pas beaucoup sur Israël, l’imam appeler à la prière avec des religions vivant dans la même rue. Les gens ont une vision avec que des Juifs, alors que c’est un pays de mixité et d’ouverture. C’est important que les gens le voient. C’est le pays où il y a sans doute la plus grande harmonie entre les religions. Les gens arrivent à vivre ensemble, cela pourrait servir de modèle.


En salles le 16 janvier : « Holy lands » d’Amanda Sthers avec J.Caan,R. Arquette, T.Hollander, E.Dor, P.Bruel…




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