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18 Avril 2019 | 13, Nisan 5779 | Mise à jour le 17/04/2019 à 17h44

Rubrique Culture/Télé

Gilbert Montagné : « Je me sens en totale harmonie avec mes deux racines »

Credit : Philip CONRAD

A quelques semaines de son concert au Théâtre Mogador au profit de l’association Kol Yaakov*, nous avons rencontré l’artiste qui savoure aujourd’hui une carrière des plus épanouies.

Actualité Juive : Entre la publication en novembre dernier de votre livre «Au jardin de ma vie », votre participation à l’émission «le meilleur Pâtissier » diffusée en ce moment sur M6 et vos nombreux concerts, vous êtes aujourd’hui sur tous les fronts.... 

Gilbert Montagné : Je crois surtout que je m’amuse beaucoup aujourd’hui. J’aime mon métier public et je l’aime de plus en plus. J’apprécie toutes ses facettes. Il se trouve aussi que j’arrive à un point de maturité où j’ai beaucoup plus de facilités à exprimer tout simplement qui je suis et à m’exalter. 


A.J.: Cette consécration résulte-t-elle d’un effort de résilience de votre part ? 

G.M. : J’ai toujours cru très fort en ma vie. C’est ce que j’explique dans mon livre. Dès mes premières heures dans la couveuse où j’ai passé trois mois et demi en totale solitude, j’ai transformé cette solitude en une force. Quelques heures à peine après ma naissance, j’ai reçu un appel de la vie qui a semblé me dire de lui faire confiance. C’est ainsi que j’ai pu sortir de la couveuse en étant un bébé en pleine forme et joyeux. On m’a toujours dit que j’apportais la gaité là où j’entrais. C’est cela qui m’a construit et sur cette base de construction que je vis mes racines. Ma racine Montagné du centre de la France et ma racine Kalfon d’Alger, d’où ma mère est arrivée en 1925 à Paris et où elle a vécu la guerre dans la terreur, craignant chaque jour de se faire rafler. Une terreur telle que même si elle ne m’a jamais caché mon identité juive, elle ne m’a pas non plus élevé dans la religion. Ce n’est qu’à l’âge adulte que je suis entré dans une synagogue pour la première fois.


A.J.: Quelle est votre rapport aujourd’hui à cette partie juive de votre histoire ?

G.M. : C’est une grande histoire d’amour et il n’est jamais trop tard pour rencontrer l’amour. Ainsi je me sens en totale harmonie avec mes deux racines. 

Je sais que la mission première de Kol Yaakov est d’œuvrer pour améliorer des enfants en difficultés. C’est aussi la raison pour laquelle j’aime, quand je le peux, apporter du bien aux enfants. Il n’y a rien de plus triste qu’un enfant malheureux. Les adultes qui oublient qu’ils ont été des enfants sont des adultes tristes et ternes. La vie est aussi faite pour prendre du plaisir


A.J.: Comment s’est passée votre rencontre avec Kol Yaakov ? 

G.M : A travers notamment son fondateur Pierre Zaoui que je connais depuis plusieurs années. Il m’a parlé de son engagement et j’ai été particulièrement touché par ce que cette association était capable de réaliser. Avec mes musiciens, nous avons donc décidé de jouer au profit de Kol Yaakov. J’en profite pour annoncer que je jouerais également à Tel-Aviv le 12 août dans la salle Charles Bronfman, et le 13 août à l’amphithéâtre de la mer de Netanya. Quand je joue en Israël, je ne peux m’empêcher de penser à ma mère. A tout ce qu’elle a vécu et à tout ce qu’elle a combattu pour moi. Je sais qu’elle est heureuse que je joue sur la terre d’Israël, comme elle doit être heureuse que je joue à Paris où n’importe où ailleurs.


A.J.: Vous semblez avoir réussi à transformer toutes les épreuves que vous avez rencontrées en quelque chose de positif…

G.M. : Cela vient de mes parents et de cet appel de la vie que j’ai pu percevoir lorsque j’étais dans la couveuse. À ma naissance, grand prématuré, on ne fondait pas beaucoup d’espoir au sujet de ma survie. Puis, en tant que non-voyant à l’époque, on voyait cela comme quelque chose de catastrophique. Moi pourtant, je ne l’ai jamais vécu ainsi. Je présume que ça devait être très dur pour mes parents au début mais ils n’ont pas fait de ma déficience visuelle un obstacle insurmontable. J’ai bien compris qu’il y avait des limites. Mais j’ai compris aussi que j’avais la possibilité de déplacer ces limites pour pouvoir avancer. C’est ça l’important. C’est la capacité de croire au possible. Si l’on pense que l’on n’a pas les clés pour ouvrir les portes du possible, ces portes resteront fermées. 



« Aujourd’hui, je passe autant de temps que je peux en Israël »


A.J.: Vous aviez annoncé il y a quelques années faire votre Alyah. Où en est ce projet ? 

G.M. : C’est fait depuis longtemps. Aujourd’hui, je passe autant de temps que je peux en Israël. J’aime être là-bas tout comme j’aime être en France. Je suis en même temps très reconnaissant à la France qui m’a beaucoup donné et à qui j’ai essayé de donner en retour. 


A.J.: L’antisémitisme continue de progresser en France. Comment voyez-vous la situation évoluer ici ?

G.M. : Je pense que malheureusement, depuis le 11ème Siècle, les Juifs ont toujours été les responsables de tous les maux, les boucs émissaires. Il faut avoir les yeux de l’esprit bien ouverts pour agir en amont. On reste effarés que six millions de Juifs ont été tués pendant la Shoah. Or, les gens n’ont pas voulu croire à tous les signes annonciateurs qui se manifestaient déjà depuis 1933. On s’accroche tous à notre zone de confort. Il faut savoir nager en amont, ne pas se laisser bêtement dépasser par une situation que nous ne pourrions plus contrôler. 

  • Lundi 11 février Concert Kol Yaakov au Théâtre Mogador, 25 rue Mogador 75009 Paris. Réservations : 06.64.91.31.11. ou 01.42.71.54.53.
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