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23 Mai 2019 | 18, Iyyar 5779 | Mise à jour le 22/05/2019 à 18h15

Rubrique France/Politique

Tal Ben-Shahar : « On peut devenir leader malgré soi »

(DR)

Auteur spécialisé dans le développement du leadership, l’Américano-Israélien Tal Ben-Shahar enseigne à Harvard où son cours de psychologie positive et de bonheur est l’un des plus demandés de l’histoire de l’université. Dans son dernier livre Le bonheur d’être leader (Ed. de Boeck), il assure que ce n’est pas la réussite qui fait l’efficacité d’un leadership mais le fait d’être heureux.

Actulite Juive : Vous commencez votre livre en distinguant la pensée positive de la psychologie positive. Pourquoi et où se situe la différence ? 

Tal Ben-Shahar : Jusqu'à ce que la psychologie positive n’apparaisse comme discipline, le sujet du bonheur au sens de l'amélioration de la qualité de vie était largement dominé par la « pop-psychologie ». Dans les livres et les ateliers de développement personnel, il y avait beaucoup de plaisir, de croyances et de charisme mais relativement peu de substance : comment être heureux en cinq étapes, trouver l’amour en quatre, réussir au travail en trois. Au fil des ans, on s’est aperçu que ces promesses ne tenaient pas la route et le public est devenu cynique sur le développement personnel. La pensée positive est une croyance : si je pense et je visualise des choses positives, j’ai plus de chances qu’elles arrivent. La psychologie positive au contraire cherche à comprendre d’un point de vue scientifique comment renforcer nos émotions positives pour favoriser la chance elle-même. Dans le monde universitaire, quantité de recherches sont faites de façon rigoureuse sur la science du bonheur.  


A.J.: A vous lire, le développement d’un leadership heureux passe par la psychologie positive et en même temps, à vous lire aussi, c’est un art plutôt qu’une science. Que faut-il comprendre ? 

T. B.-S. : Je pense oui que le leadership est plus un art qu’une science et une part de l’art qu’est le leadership est la capacité à créer les conditions qui favorisent les hasards heureux. Je n’oppose pas l’art et la science. Ils peuvent et doivent coexister. Prenons l’exemple d’un musicien. Devenir un grand musicien nécessite des heures de pratique assidue et rigoureuse et d'exploration à l'intérieur et à l'extérieur de soi et il y a en quelque sorte une approche scientifique dans le fait d’accepter ce travail ardu parce qu’il permet d’être meilleur, plus créatif et plus libre. 


A.J.: Vous avez observé de nombreux dirigeants et défini par l’expression leaders 10X ceux qui donnent l’impression de travailler sans effort  et d’être épanouis. Chez ceux-là, vous avez identifié cinq traits communs. Expliquez-nous. 

T. B.-S. : Ces traits ne sont pas nouveaux séparément mais les leaders 10X ont tendance à les combiner tous ensemble pour leur épanouissement et leur réussite. Il y a d’abord le sentiment de maîtrise : les leaders 10X se concentrent sur les grands bénéfices qu’ils peuvent tirer de leurs points forts plutôt que sur les petits qu’ils peuvent obtenir en corrigeant leurs points faibles. Ensuite l’hygiène de vie : ils récupèrent par l’exercice et la bonne alimentation pour compenser le stress et rester performants. Ensuite encore, la concentration : ils vivent pleinement le moment présent et se plongent dans le travail en cours plutôt qu’attendre d’être touchés par des moments d’inspiration. Quatre, les relations saines : les leaders 10X  favorisent les rapports positifs sur le lieu de travail et n’abusent pas de leur autorité. Cinq, les priorités. Ils trouvent dans leur activité quotidienne le sens et l’envie de s’engager. 


« Le leadership est davantage un art qu’une science »


A.J.: Pensez-vous que l’on puisse devenir leader malgré soi ? 

T. B.-S. : Je le crois. Il y a des gens qui aspirent à devenir des leaders dès leur plus jeune âge et d'autres pour qui c’est la situation qui les fait devenir leaders. Pensons à Katharine Graham. Elle n'aspirait pas à devenir une dirigeante mais elle l’est devenue avec les circonstances de la vie - le décès de son mari qui dirigeait le Washington Post – et elle a sorti les affaires du Pentagon Paper et du Watergate. En général, un grand leader apparaît quand il est urgent de prendre des décisions courageuses et décisives. Churchill pendant la Seconde Guerre mondiale, Mandela à l'époque de l'Apartheid, Gandhi et le colonialisme, Luther King et les droits civils. 


A.J.: Ces leaders étaient-ils libres ? 

T. B.-S. : Je répondrai brièvement : je choisis à tout moment de ma vie.  


A.J.: Votre vision du leadership accorde aussi une place à l’échec. Nous ne devrions pas avoir peur de nous tromper ? 

T. B.-S. : Non seulement nous ne devrions pas avoir peur de nous tromper, mais nous devrions accepter les erreurs et les échecs. Les personnes les plus brillantes de l'Histoire ont également été celles qui ont le plus échoué et appris de leurs échecs. Thomas Edison, le scientifique le plus créatif de l'histoire, disait bien « J'ai souvent échoué sur ma voie du succès »... 

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