Default profile photo

20 Janvier 2019 | 14, Shevat 5779 | Mise à jour le 20/01/2019 à 16h12

26 janvier - Chabbat Yitro : 17h18 - 18h29

Rubrique France/Politique

Quatre ans après : que reste-t-il de l’esprit du 11 janvier ?

11 janvier 2015. Les Français sont descendus par centaines de milliers dans les rues de Paris et de toute la France. (Flash90.)

En 2015 les attentats contre Charlie Hebdo et Hypercacher avaient semblé marquer le début d’une prise de conscience : celle de l’étendue du danger toujours bien actuel que constitue en France l’islam radical.

Les attaques du 13 Novembre ont cependant été le véritable point de bascule : en raison du nombre de victimes, sur plusieurs sites en même temps, sous la forme d’attentats-kamikazes. Et parce que certains voyaient les journalistes de Charlie et les clients d’un magasin cacher comme des cibles « naturelles », car responsables de leurs choix éditoriaux ou de leur spécificité religieuse.

Le slogan « Je suis Charlie » n’a pas été lancé par l’équipe de l’hebdomadaire : il est venu de la société civile. Il comportait une ambigüité de départ, car Charlie Hebdo ne demande pas à ses lecteurs de suivre « une ligne », ni même d’être d’accord avec tout son contenu (si c’était le cas, je n’y écrirais pas !).   Au moins pouvait-on espérer que descendre dans les rues le 11 janvier soit une manière de dire son refus absolu d’un terrorisme visant à mettre au pas la liberté de la presse, à empêcher que continue la tradition bien française de critique des religions et de caricature. Or ce terrorisme, sous sa forme armée mais aussi intellectuelle, il faut lui adjoindre un qualificatif : « islamiste ». L’hebdomadaire a toujours été clair là-dessus : tous ceux qui ont défilé pour le soutenir avaient-ils bien pris la mesure de cela, étaient-ils prêts à demander à nos gouvernants davantage de fermeté face à l’offensive de tous ceux qui veulent découper la Nation française en communautés antagonistes ?

Le bilan est mitigé. Le récent sondage réalisé par IFOP en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès, AJC Paris, la FEPS et la DILCRAH montre depuis 2014 une hausse du soutien à la lutte contre l’antisémitisme. De même la proportion de nos concitoyens qui pensent que les Français juifs ressentent une insécurité (53%) et qui comprennent ce ressenti (58%) a augmenté. Mais d’un autre côté le nombre des incidents antisémites reste à un niveau anormalement élevé par rapport à l’époque d’avant la seconde intifada, la gravité des actes augmente et les dénégations du caractère antisémite des plus odieux d’entre eux est incompréhensible.

Les attentats de janvier 2015, nous l’espérions, devaient faire se lever les citoyens mais aussi changer la manière dont nos dirigeants politiques luttent contre le terrorisme islamiste. Sur ce plan, il existe une nette amélioration, encore que celle-ci se soit surtout produite après l’attentat de Nice en juillet 2016, parce que le mode opératoire était encore plus insécurisant et la symbolique, un jour de fête nationale, plus forte. Mais le chemin qui reste à parcourir est long. On en aura pour preuve la mauvaise manie, qui perdure, de mettre sur le compte du déséquilibre psychique des actes inséparables de la radicalisation et d’un défaut d’intégration. Ou, variante tout aussi perverse qui vient de se manifester lors de l’attentat de Strasbourg, la tendance à expliquer qu’un délinquant qui frappe la foule est un « djihadiste métaphorique », qui cherche sa « revanche sur la société » et est en quête de « notoriété ». Nos services de renseignement ont acquis en savoir-faire depuis 2015. Ils ont déjoué beaucoup d’attentats. Mais la culture de l’excuse (le radicalisé est une victime qui se venge des discriminations subies) fait encore trop de dégâts. Quant à l’émergence d’un islam de France débarrassé des ingérences étrangères et des prédicateurs de haine, elle se fait tellement attendre que nous aurons sans aucun doute une autre génération de terroristes qui sont autant de charges explosives difficilement détectables car nées et grandies ici, rompues à nos codes, connaissant nos faiblesses.

Powered by Edreams Factory