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21 Avril 2019 | 16, Nisan 5779 | Mise à jour le 17/04/2019 à 17h44

Rubrique France/Politique

Enseignement de l’Histoire : Le difficile exercice de la transmission

(DR)

10 % des Français n’ont pas entendu parler de la Shoah selon une récente enquête. Une proportion qui grimpe à 21 % chez les sondés âgés de 18 à 24 ans. Ces chiffres sont-ils préoccupants ? L’enseignement de la Shoah en France est-il en cause ?

Dans le cadre d’une enquête réalisée par l’IFOP, entre autres pour l’AJC Paris, on apprend qu’un Français sur dix n’a pas entendu parler de la Shoah. Serge Klarsfeld nous fait remarquer qu’il convient de s’interroger sur la façon dont la question a été posée, le terme Shoah n’étant pas « nécessairement connu de tous ». C’est justement un problème méthodologique de ce type qui a poussé l’AJC-Paris a lancé cette enquête. Sa directrice, Simone Rodan-Benzaquen, l’explique pour Actualité Juive : « Au mois de novembre, la chaîne CNN avait publié un sondage avec des résultats similaires. Mais dans le questionnaire, le terme « Holocaust » était utilisé. On pouvait donc se demander s’il n’y avait pas un problème méthodologique, et nous voulions en avoir le cœur net. Nos résultats se rapprochant de ceux de l’étude de CNN, nous pouvions écarter cette hypothèse ». L’IFOP a en effet formulé sa question de façon « neutre » : Pour chacun des génocides suivants du XXe siècle, en avez-vous entendu parler ? ». Trois réponses sont alors proposées avec deux possibilités : Oui/Non. Le génocide des Juifs est le plus « connu » (90/10) devant le génocide des Arméniens (85/15) et le génocide des Tutsis du Rwanda (79/21). Simone Rodan-Benzaquen se demande malgré tout si tous les sondés « ont répondu de manière honnête ou s’il n’y a pas une forme de « provocation ». On ne peut pas le mesurer, mais dans les deux cas de figure c’est inquiétant ». Observons cependant que la Shoah est le génocide le plus    « connu » et Serge Klarsfeld pense qu’« il faut sans doute également tenir compte de la réticence à répondre ; mais avec 90% de Français qui ont entendu parler de la Shoah, cela me paraît assez satisfaisant car le chiffre serait bien plus bas dans beaucoup d’autres pays ». C’est ce que nous confirme Anastasio Karababas, auteur du très remarqué «La Shoah». L’obsession de l’antisémitisme depuis le XIXème siècle (Bréal, 2017), qui précise qu’un tiers des Européens n’ont pas (ou peu) entendu parler de la Shoah. « Le chiffre monte à 50 % en Pologne par exemple », nous indique-t-il. En revanche, que 21 % des jeunes Français (18-24 ans) soient dans cette situation paraît bien plus préoccupant : « Ce n’est pas normal. Il existe un travail important en France – pas toujours ailleurs – qui ne devrait pas rendre cela possible. A l’école, on évoque la Shoah à trois reprises dans les programmes d’histoire (CM2, 3ème et Première) ; les médias en parlent fréquemment ; et il y a des commémorations ». Pour Simone Rodan-Benzaquen, « cela doit nous inviter à nous poser la question de l’efficacité de nos programmes scolaires pour transmettre cette histoire aux plus jeunes, et à renforcer plus généralement le rôle de l’éducation en la matière ». Mais comment expliquer concrètement que certains jeunes passent « au travers » ? Pour Serge Klarsfeld, « l’enseignement de la Shoah est globalement réalisé de façon satisfaisante en France mais on ne peut pas exclure que certains enseignants choisissent de ne pas évoquer cette histoire en classe, soit pour ne pas entrer en conflit avec certains élèves, soit par conviction politique ». Pour Anastasio Karababas, lui-même enseignant en histoire, « il est important de ne pas généraliser mais, au cours de ma carrière, j’ai pu vérifier que, notamment dans des « zones difficiles », des enseignants préféraient taire la Shoah – ou l’enseigner de façon très vague – en raison de la pression mise par les élèves ou même les parents ».

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