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26 Avril 2019 | 21, Nisan 5779 | Mise à jour le 17/04/2019 à 17h44

Rubrique Israël

Le reboisement d’Israël,une épopée sioniste et spirituelle

David Ben Gourion

Symbole de la fin de l’errance du peuple juif reprenant racine en terre d’Israël, l’arbre est devenu grâce à l’action intensive du KKL l’un des emblèmes du pays.

«Tou BiChevat 1892. C’est à cette date-clé qu’avant même l’établissement de l’Etat d’Israël, on a associé pour la première fois le geste à la pensée et le texte à la terre en célébrant le Nouvel An des arbres par une plantation d’arbres dans une école. Notables, élèves et enseignants assistèrent dans les contrées de Zikhron Yaacov et de Petakh Yaacov à une cérémonie qui fondera  la coutume de planter des arbres à chaque fête de Tou Bichvat sur la terre d’Israël. 

   « Afin que tu aimes les plantations, plantations d’Israël que D.ieu a plantés pour nos pères, afin de te rassasier de leurs bienfaits, et de jouir de leur beauté, il faut faire de ce jour un Yom Tov qui, aux temps bibliques, était le Nouvel An des arbres, y établir un cérémonial fondé sur les arbres, les plantations et les roses », déclara ce jour-là l’historien et rabbin Zeev Yavets, auteur de Toledot Israël, qui en fut à l’origine. 

Autour de l’arbre renaissait une tradition religieuse millénaire qui allait devenir dans le pays en construction le symbole de la vie, de la cohésion, de la protection et de la mémoire. « Un arbre planté est un arbre qu’on ne pourra plus arracher. Cette idée d’enracinement a été essentielle pour les pionniers », indique Fino Edery, délégué général du KKL de France. Et tandis qu’une main tenait le stylo pour acheter les terres, l’autre maniait la pelle et la bêche pour défricher les champs. En 1926, au 25e anniversaire du KKL, 500 000 arbres avaient été plantés et des forêts entières sur des terres désertiques. On dénombre 245 millions d’arbres plantés aujourd’hui. « Ce phénomène n’a pas de pareil dans le monde. Nous avons planté pour dire nous sommes là et nous sommes là sur cette terre qui est à nous pour l’éternité ». 

Dans les écoles en Israël, on s’amuse très souvent autour de l’arbre pour dire les origines, la famille, le fameux arbre généalogique. Le poète Bialik, se souvient Fino Edery, avait écrit son admiration devant cet acte de planter des arbres dès le plus jeune âge. « Il trouvait essentiel d’associer l’enfant juif à cet acte de rédemption car l’enfant plante un arbre mais avec ce geste, il contribue surtout à cet élan de retour sur la terre d’Israël et de réinstallation du peuple juif sur sa terre. Je crois qu’avec cette petite chose qui s’appelle la petite boîte bleue, nous avons bien réussi à associer le peuple juif tout entier au défi du reboisement ». 

Par ses bienfaits écologiques et environnementaux, il y a aux origines du reboisement, celle du tikoun olam. « En plantant comme il l’a fait, Israël a œuvré pour l’avenir et pour un monde meilleur. Dans l’esprit des dirigeants du KKL de l’époque dont Joseph Weiz, un visionnaire, il y avait l’idée de réveiller les consciences face aux dangers du monde industriel. Joseph Weiz a mobilisé les juifs du monde entier pour reboiser le Néguev. Au bout de vingt ans, il a fait planter les forêts de Yatir et de Lahav avec 25 millions d’arbres chacune. En vingt ans, la température de Beer-Sheva a baissé de trois degrés ».


« A nous pour l’éternité »

 L’arbre, c’est aussi la paix et la force et il n’est pas rare que les chefs d’Etat en visite en Israël soient invités à planter un arbre pendant leur séjour. L’enracinement d’arbres honore aussi avec force la mémoire des disparus. Aux portes de Jérusalem, la forêt des martyrs compte six millions d’arbres comme le nombre de juifs exterminés par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. « Il me revient un souvenir marquant sur cette question de la mémoire , se rappelle Fino Edery. « C’était il y a vingt ans et je prenais mes fonctions au KKL. Un homme était venu me voir pour planter un bosquet en mémoire de sa famille disparue dans les camps. Quand nous sommes entrés dans la forêt pour chercher l’emplacement, il m’a dit Je voudrais faire le kaddish. Je ne savais pas quoi lui dire. Il s’est mis sous les branches d’un arbre et je l’ai entendu fort Yitgadal veyitkadach chemé raba, bealma di vera khirouté... Le vent s’est mis à souffler, il m’a dit les arbres ont répondu Amen. Je crois qu’il y a dans cette histoire de ce vieux juif toute la symbolique de la perte, de la mémoire, de l’attachement et de l’espoir qui lie les hommes aux arbres, plantés en Eretz Israël ».

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