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19 Mars 2019 | 12, Adar II 5779 | Mise à jour le 18/03/2019 à 12h51

Rubrique Judaïsme

Parachat Vaéra : Une foi palpable

Sortie des Israélites d'Égypte par David Roberts (1828).

Il est rapporté, dans de nombreux écrits de notre Tradition, que la foi juive, la Emouna, prit naissance avec la parachath Vaéra. Et nos Maîtres d’en donner la raison : avec la sortie d’Egypte, chaque fils d’Israël proclama avec force sa conviction que seul le Créateur pouvait le libérer de la servitude égyptienne. Mais une question se pose : quel rapport devons-nous lire entre la foi et Vaéra, le nom de la paracha, qui évoque l’idée de vision, Vaéra signifiant « Je suis apparu » ? La foi n’est-elle pas avant tout une donnée intellectuelle ?

Les Maîtres de la tradition ésotérique expliquent que D.ieu est la vérité absolue en dehors de laquelle rien n’existe. Il en est ainsi de la relation de D.ieu et du monde. D.ieu est l’Existant authentique alors que le monde n’a aucune consistance. Pourtant, s’étonnent les commentateurs, sa matérialité ne s’impose-t-elle pas à nous ? Si je reçois un coup sur mon corps, par un objet quelconque, j’en subirai la douleur ! Pour ce dernier point, la réponse est oui mais pour ce qui est de la réalité du monde, sa fragilité tient au fait qu’il est recréé à chaque instant. Il est une réalité matérielle à chaque seconde mais il n’a pas d’existence dans la durée. Puisque, selon le verset des Psaumes « La gloire de D.ieu emplit la création », rien d’autre ne peut exister en dehors de Lui. D.ieu est donc « contraint » de recréer le monde à chaque seconde pour qu’il puisse exister. Dans son identité profonde, le monde n’est que l’expression de la grandeur du Créateur.

Cette conviction est une partie de la mitzva (commandement) de croire en D.ieu. Elle se fonde sur un verset de la parachath Vaeth’hanane (1) qui proclame qu’« …il n’existe rien en dehors de Lui ». Croire en D.ieu signifie faire abstraction du monde et de ses valeurs pour ne s’attacher qu’à D.ieu et à Sa volonté. Dès lors, s’il existe un monde, il n’est rien d’autre que l’expression de la grandeur du Créateur. Nous avons ici, la réponse à notre question : puisque le monde n’est que le reflet de la toute-puissance de D.ieu, toutes ses manifestations politiques, sociales, économiques ou simplement humaines sont des messages qu’Il envoie à l’homme pour que ce dernier déchiffre le sens de l’Histoire qui se déroule devant lui. C’est pourquoi la notion de vision est indissociable de la foi. Les plaies d’Egypte n’étaient pas seulement une punition sur les Egyptiens. A la vue de ces calamités, les enfants d’Israël devaient comprendre le message qu’elles portaient en elles et renforcer ainsi leur foi en D.ieu.

Ce message est éternel et peut donc s’appliquer aussi à nous. Notre époque possède un privilège que les précédentes n’ont pas connu : dans les siècles précédents, chaque homme ne connaissait que son histoire locale sans aller au delà d’une centaine de kilomètres. Aujourd’hui, grâce aux modes de communication surdéveloppés, il est possible pour chacun d’avoir une vue d’ensemble sur le monde, parfois même au détail près. Et le constat est effrayant : le monde est devenu fou. L’autorité, qu’elle soit politique ou humaine est constamment remise en cause. La nature fait des ravages et bouscule l’idée selon laquelle l’homme exerçait sur elle un pouvoir absolu. Plus encore, les fondements de la morale sur lesquels des siècles d’histoire reposaient s’effondrent sans que personne ne puisse stopper l’hémorragie. Là aussi, notre foi doit nous invite à comprendre que ces bouleversements ne sont que la manifestation de la toute-puissance du Créateur qui aménage lentement devant nous un nouveau monde. Celui de la délivrance messianique comme Il le fit en Egypte. A nous de décrypter cette histoire pour en devenir les acteurs et non des spectateurs passifs. 


Note : 

  1. Dévarim, chap. 4, verset 35
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