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18 Avril 2019 | 13, Nisan 5779 | Mise à jour le 17/04/2019 à 17h44

Rubrique Judaïsme

Yona Ghertman : Regarder vers le haut ou vers le bas ?

(DR)

Les perpectives de la semaine par le rabbin Yona Ghertman.

L’auteur du Ben Ish ‘Haï, R. Yossef ‘Haïm de Bagdad (1833-1909) est un grand maître du judaïsme séfarade. Son œuvre est une référence dans les études juives, tant en ce qui concerne la loi juive, l’analyse du Talmud - et particulièrement les récits talmudiques (aggadote) - que l’ésotérisme (Kabbala). 

Son érudition indiscutable ne l’empêchait pas d’être accessible à tous. Bien au contraire, en plus des matières énumérées ci-dessus, il affectionnait particulièrement les paraboles aussi simples que profondes, permettant à tous d’intégrer l’éthique juive sans connaissances préalables. Je vous propose de découvrir ensemble l’une de ses histoires, afin de méditer sur son enseignement.

Un riche propriétaire embauche un ouvrier pour effectuer toutes sortes de travaux chez lui. Un matin, il l’appelle en lui demandant de casser une grosse échelle posée à terre et montant vers le toit. La veille, un ami à lui s’était en effet blessé en trébuchant dessus, aussi considérait-il maintenant l’échelle comme dangereuse.  

L’ouvrier zélé se dépêche alors de monter sur l’échelle, puis arrivé sur le second barreau, casse le barreau inférieur. Il monte alors jusqu’au troisième barreau, puis casse le second… Et ainsi de suite jusqu’au dernier barreau à proximité du toit… Voilà donc notre homme au sommet de l’échelle cassée sans aucun moyen de redescendre ! 

Son employeur s’énerve d’une telle sottise, se débrouille tant bien que mal pour le faire redescendre, puis lui demande avec un ton exaspéré : «Pourquoi n’es-tu pas simplement monté au sommet de l’échelle afin de redescendre en cassant successivement les barreaux du dessus ? ». 

Quelques semaines passent. Un matin, le riche propriétaire appelle son ouvrier afin de lui montrer un vieux puits asséché : « Vois-tu, l’échelle de ce puits est en mauvais état. Mes petits-enfants ont tendance à jouer dans ce coin-là, j’ai peur qu’ils essaient de descendre dessus. Pourrais-tu la casser avant que nous bouchions définitivement le puits ? ».  

Notre homme se rappelle alors la leçon reçue quelques semaines auparavant. Il décide d’appliquer à la lettre les conseils de son employeur : il se met au sommet de l’échelle, puis descend en cassant successivement les barreaux du dessus… Si bien qu’il se retrouve vite au fond du puits avec une échelle complètement cassée ! 

Tel est le comportement de l’humain, conclut le Ben Ish ‘Haï : lorsqu’il convient de regarder vers le bas, il tourne sa tête vers le haut. Et lorsqu’il convient de lever la tête, il regarde alors vers le bas ! Dès qu’il s’agit de préoccupations spirituelles, il pense : « Mon rapport à D.ieu est bien suffisant, certains de mes voisins sont bien moins observants ! ». Or, lorsqu’il s’agit de préoccupations matérielles, le discours change : « Pourquoi mon voisin gagne-t-il autant ? Pourquoi devrais-je prendre le bus alors que mon cousin roule en Ferrari ! etc » (cité dans OuMatok Haor, paracha Ythro, p.364)

Le rappel simple des vraies valeurs vaut parfois tous les grands discours, dont la complexité peut n’être qu’au service d’un point de détail sans enjeu existentiel. Savoir regarder vers le haut lorsque nécessaire… Evidemment dirons-nous. Mais dans notre vie de tous les jours, savons-nous apprécier la juste valeur des choses ? Arrivons-nous à intégrer quelles sont les priorités dans lesquelles il convient d’investir ? 

Lors de la rencontre entre le patriarche Yaakov et son frère Essav. Ce dernier, qui représente l’inverse des valeurs juives, lui a déclaré en parlant de son patrimoine : « Je possède beaucoup ». Yaakov lui a alors répondu en parlant de ses possessions : « J’ai tout [ce qu’il me convient] » (Béréchit 33, 9-11). Son ambition se plaçait manifestement à un autre degré… Il regardait vers le haut uniquement lorsque nécessaire. 

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