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19 Février 2019 | 14, Adar I 5779 | Mise à jour le 18/02/2019 à 12h46

Rubrique Monde juif

Franklin Rausky : Samson 1943, de Gaza à Varsovie

(DR)

Les perspectives de la semaine parFranklin Rausky, Doyen de l’Institut Elie Wiesel.

Extraordinaire héros que le grand Samson du Livre des Juges, affrontant les oppresseurs de son peuple et inaugurant la lutte pour la libération de la patrie judéenne des griffes des dominateurs philistins de Gaza. 

A travers les siècles, il est évoqué comme le combattant courageux, mais imprudent, le guerrier aux longs cheveux et aux mille prouesses trahi par son amante, la perfide Dalila, prisonnier de ses adversaires, aveugle, enchaîné et humilié, avant de démolir par la force de ses bras le temple de Dagon, à Gaza, tuant d’un seul coup  3000 Philistins et se  sacrifiant lui-même…

Samson devenu, au XXe siècle, l’un des visages favoris d’un nouvel art : le cinéma. Un Hercule israélite, personnage  légendaire dans des nombreux péplums, dont le plus célèbre est le Samson et Dalila de Cecil B. DeMille en 1949. Mais il y a, sur la scène filmographique d’autres Samson, plus dramatiques, plus véristes, plus marqués par la cruauté et l’amertume de l’histoire et de ses tragédies. Parmi ces héros modernes, un Samson vivant et combattant au ghetto de Varsovie, en 1943, dans les derniers jours d’insurrection des résistants juifs contre l’occupant nazi allemand qui met en place le dernier acte de l’extermination des  habitants juifs de la capitale polonaise.

En 1948, un  écrivain juif polonais, Kazimierz Brandys (1916-2000) publie à Varsovie un roman intitulé Samson, adapté au cinéma par un jeune  réalisateur, Andrjej Wajda. Le roman et le film suivent les canons du réalisme socialiste avec ses héros positifs et ses anti-héros négatifs. Le Samson du roman est un jeune étudiant juif qui vit et étudie en 1939. Il est violemment agressé et blessé par des condisciples de l’Université, membres d’une corporation d’extrême droite hostile à la présence des Juifs dans les facultés. Le livre nous rappelle que la haine judéophobe chauvine est intensément présente dans la société polonaise d’avant-guerre. Dans les semaines qui suivent, c’est le début de la guerre, l’occupation allemande et l’enfermement des Juifs dans des ghettos au cœur des villes. C’est alors que se produit une mutation de personnalité du jeune étudiant, d’abord  hésitant et confus. Il tombe amoureux d’une très frivole jeune fille polonaise, une petite Dalila, qui semble indifférente au sort de son pays et dont le lecteur apprendra qu’elle est d’origine juive.


« Le combattant courageux mais imprudent, le guerrier aux longs cheveux et aux mille prouesses trahi par son amante, la perfide Dalila.»

 

Le Samson de 1943, sortant de ses doutes, se rend compte des enjeux de son époque et devient un véritable héros de la Résistance juive anti-nazie. A l’origine, il avait cherché refuge  dans le côté aryen de la ville. Mais une révolte éclate dans le ghetto. Des Juifs, menacés de déportation, se battent avec les moyens du bord contre la puissante armée du Reich. Et le jeune étudiant, conscient de son devoir, part se battre avec les combattants du ghetto, envahi par les troupes de la Wermacht et des SS. Il meurt au cours d’un combat où il affronte les forces de l’Occupation. Comme le Samson biblique, il sacrifie sa vie pour éliminer ses persécuteurs. 

L’effondrement de l’immeuble où il se bat, rappelle la destruction du temple philistin de Gaza et l’immolation de Samson : un personnage juif du XXe siècle revit l’expérience héroïque des guerriers de l’ancien Israël. L’écrivain et le cinéaste présentent un Samson au double visage : un Juif sans rien de singulièrement judaïque mais aussi un résistant digne qui s’affirme sans honte ni regret, comme un Juif comme son ancêtre biblique, Chimchon Haguibor, Samson le Héros. 

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