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17 Juillet 2019 | 14, Tammuz 5779 | Mise à jour le 12/07/2019 à 14h19

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Syrie : après l'Amérique, le déluge ?

(DR)

Le retrait américain de Syrie n'est pas encore entré en application, mais déjà les rapports de forces changent sur le terrain, avec le risque de nouvelles violences.

Décidément, Donald Trump aime surprendre. C'est en Irak qu'il s'est rendu le 26 décembre, à la rencontre des troupes américaines pour défendre sa politique isolationniste et s'expliquer sur sa décision de retirer ses soldats de Syrie.   « Nous ne sommes plus des pigeons, les gars ! », avait-il lancé aux troupes qui le recevaient, ajoutant que la présence américaine en Syrie « n'était pas indéfinie, et qu'il n'avait jamais été question qu'elle soit permanente ». Ce repli stratégique du président républicain n'est en réalité que la suite d'un désengagement du Proche-Orient initié par son prédécesseur, mais il n'en inquiète pas moins les alliés des Etats-Unis.

Les Kurdes, qui ont été la première ligne de la force de frappe américaine en Syrie contre Daech sont évidemment les plus préoccupés. Ils ont même commencé à négocier avec le régime d'Assad et accepté que les troupes du président syrien entrent dans le secteur de Manbij sous leur contrôle. Ce rapprochement subit est un choix par défaut. Retomber sous la coupe du dictateur syrien reste en effet préférable à une confrontation avec la Turquie, qui cherche à éliminer toute présence kurde armée sur sa frontière. Les troupes turques se sont déjà massées en lisière de la Syrie et pourraient y pénétrer à tout moment pour donner l'offensive. 

C'est en partie pour éviter un bain de sang, mais aussi pour renforcer encore sa mainmise sur la Syrie, que le président russe a entrepris de négocier avec son homologue turc un arrangement qui permettrait à Erdogan d'obtenir satisfaction, sans pour autant laisser la situation devenir incontrôlable. C'est déjà à la Turquie que le président américain s'était adressé pour formaliser sa décision de retirer ses 2 000 soldats de Syrie, à la grande satisfaction du président Erdogan, qui lui avait même promis de « finir le travail » contre Daech. D'autant que le président Trump ne veut plus attendre, en dépit des exhortations du Pentagone, qui craint pour la sécurité de ses soldats les risques d'un départ précipité. La défense américaine préférerait aussi voir les armes qu'elle avait fournies rester aux mains des miliciens kurdes, ce que la Turquie refuse catégoriquement pour des raisons évidentes.


Satisfaction du président Erdogan

La tectonique des plaques a donc déjà commencé à bouger en Syrie, où les Kurdes cherchent frénétiquement des alliances qui leur permettraient d'échapper à la Turquie. Jusque-là, la présence américaine dissuadait les autres forces de s'en prendre à eux. Ankara, Damas et même l'Iran évitaient de s'aventurer dans le nord-est de la Syrie. Désormais, Assad voit une possibilité de regagner le quart de son pays avec la bénédiction des Russes, à qui il devra continuer à manifester sa gratitude. Même l'Iran, qui reste encore prudent, pourrait à son tour avancer dans une zone qui lui ouvrirait un couloir terrestre vers l'ouest et renforcer ainsi un axe stratégique vers le Liban. Sans compter que les djihadistes de Daech pourraient eux aussi tenter de relever la tête. 

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