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19 Février 2019 | 14, Adar I 5779 | Mise à jour le 18/02/2019 à 12h46

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Syrie : un repli sans regret ?

Donald Trump (wikipedia)

Le retrait des troupes américaines de Syrie a commencé. Ni les pressions internationales ni le jeu dangereux de la Turquie n'ont pu faire dévier Donald Trump.

On n'humilie pas impunément les Etats-Unis. A son habitude, c'est sur la messagerie Twitter que le président Trump a réagi au camouflet que son homologue turc a infligé la semaine dernière à John Bolton, le conseiller américain à la Sécurité Nationale, qu'il avait refusé de recevoir lors de son passage à Ankara. « Nous anéantirons économiquement la Turquie si elle attaque les Kurdes », avertissait-il le 14 janvier. C'est évidemment la Syrie qui est au cœur de cette nouvelle prise de bec entre Washington et Ankara. Le chef de la Maison Blanche a aussi confirmé que le retrait « qui n'a que trop tardé » des troupes américaines de Syrie, avait commencé. Les autres acteurs régionaux et occidentaux qui espéraient encore un revirement américain vont donc devoir s'adapter à cette nouvelle réalité. 

Donald Trump reconnaît à demi-mots que ses alliés kurdes sont les premiers menacés par son repli, qui va les laisser à la merci de Recep Tayyip Erdogan. Mais il ne veut plus d'une « guerre sans fin » qui bénéficie d'abord « à l'Iran, à la Russie et à la Syrie » et où il est le dindon américain de la farce proche-orientale. C'est dans cet esprit que le président américain s'était rapproché de son homologue turc, escomptant que l'armée turque se chargerait d'éradiquer les dernières places fortes de Daech en Syrie. « Nous pouvons finir le travail », avait d'ailleurs réaffirmé Erdogan dans une tribune du New York Times, non sans rappeler au passage que la milice YPG des Kurdes syriens était aussi à ses yeux une organisation terroriste.


S’adapter à cette nouvelle réalité


Pas question donc pour Erdogan de protéger ceux qu'il considère comme des ennemis, même s'ils ont été en première ligne dans la lutte contre Daech en Syrie. Et c'est précisément là que se heurtent les positions turque et américaine. Sans compter que Washington ne parle pas d'une seule voix. Si Donald Trump apparaît plus déterminé que jamais à quitter la Syrie sans se retourner, son conseiller John Bolton est plutôt partisan d'un retrait coordonné, assurant notamment la sécurité des Kurdes. Le Secrétaire d'Etat Mike Pompeo, en tournée au Proche-Orient, est quant à lui d'avis que le retrait américain ne doit être qu'un « changement tactique » qui ne signifie pas un abandon de la région, ni de la détermination américaine à « expulser jusqu'au dernier les soldats iraniens de Syrie » par des moyens diplomatiques. « Quand l'Amérique se retire, c'est le chaos qui s'ensuit. Quand nous négligeons nos amis, le ressentiment grandit », a-t-il admis.

Cette cacophonie n'est pas faite pour rassurer les alliés des Etats-Unis. Dans les capitales arabes, on espère encore des garanties américaines que le retrait de Syrie ne sera pas suivi par d'autres mouvements de repli. Et en Israël, Binyamin Netanyahou a pris les devants. En revendiquant les récents raids aériens en Syrie, le Premier ministre israélien a tenu à avertir Téhéran : avec ou sans la présence américaine en Syrie, il gardera les mains libres pour empêcher l'Iran de le menacer sur sa frontière.

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