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19 Février 2019 | 14, Adar I 5779 | Mise à jour le 18/02/2019 à 12h46

Rubrique Culture/Télé

Miguel Gabis : « Ma vie a changé le jour où je suis devenu chomer chabbat »

A l’approche de son prochain spectacle « Un Tango por Dos »*, nous avons rencontré Miguel Gabis, danseur et chorégraphe argentin qui réussit à transmettre à chaque représentation son talent et son amour de la danse.

Actualité Juive : Parlez nous de votre prochain spectacle « Un tango por Dos » ?

Miguel Gabis : Ce nouveau spectacle est la suite d’« Une étoile pour Astor » que j’avais réalisé il y a quelque temps et qui nous plonge dans l’univers  d’Astor Piazolla, bandonéoniste et compositeur argentin. C’est en quelque sorte la 3ème partie de ce spectacle. « Un tango por dos » est né sur une idée d’Alain Knafo, directeur du centre d’Art et de Culture, qui m’a poussé à la réalisation de cette création. Elle est plus intime que les autres. Elle raconte au travers de différentes petites histoires courtes le destin lié ou non d’un homme et d’une femme. Chacune de mes créations me demande beaucoup de travail d’investigation, je peux m’inspirer aussi bien de la vie passionnante d’artistes, que d’un film, ou encore de ma vie et de mes  croyances. J’instille dans mes spectacles toujours beaucoup de spiritualité qu’elle soit visible ou non.

En l’occurrence, pour ce spectacle l’inspiration m’est venue du film « Histoires de New York » avec plusieurs petits films réalisés entre autres par Woody Allen  ou encore Martin Scorsese. 

La danse a besoin de musique pour exister, c’est la raison pour laquelle je m’accompagne d’excellents musiciens argentins de renom tels que Martin Sued et bien d’autres encore. Mes partenaires je les choisis avec cœur et sans prise de tête, je dois avoir le feeling.


A.J.: Pouvez-vous situer votre parcours, un « jeune juif argentin » qui se prédestine à la danse ?

M.G : Je suis né en 1963 à Buenos Aires dans une famille juive imprégnée de culture argentine. La danse m’a toujours attiré mais j’ai commencé très tard, à 17 ans. J’étais certain de suivre la voie que j’avais toujours désirée, mais je savais également que j’allais rencontrer des obstacles. Au départ, je me suis lancé dans le théâtre amateur puis professionnel, mais j’ai constaté qu’avec le théâtre on ne pouvait pas voyager à cause de la langue, alors qu’avec la danse tout était possible. En Argentine, il existait une bourse pour aller étudier à l’académie Roubin à Jérusalem. Je n’avais pas beaucoup d’expérience, juste 6 mois de danse, mais j’ai tout de même tenté l’audition que j’ai réussie haut la main. Cette académie formait à l’époque des chorégraphes ou des professeurs. J’avais 18 ans à l’époque et je voulais juste danser. J’ai par la suite continué à auditionner dans différentes compagnies israéliennes et j’ai finalement obtenu une demi bourse à la Batsheva dance company et c’est à ce moment-là que ma formation de danseur a vraiment débuté. 

Après mes études je suis donc retourné en Argentine où j’ai intégré l’Opéra pendant 5 ans. Par la suite, j’ai beaucoup voyagé en Europe où j’ai intégré diverses compagnies car en Argentine, même quand tu es danseur de l’Opéra il est très difficile de vivre de sa passion. 

Arrivé en France dans les années 90, j’ai intégré la prestigieuse école « La schola Cantorum » où j’ai rencontré Karin Waehner, une figure de l’expressionisme et de la danse contemporaine. Elle m’a beaucoup formé à l’écriture chorégraphique. Ma vie artistique a démarré par la danse contemporaine, mais j’ai finalement décidé de me consacrer au Tango Argentin.


A.J.: Pourquoi avoir choisi la France ?

M.G : Mon rêve était la création de spectacles et je savais que tout se jouerait en France. J’ai donc quitté mon travail en Argentine, ma famille et mes amis pour y parvenir.

Quelque temps après mon arrivée en 1998, j’ai eu l’opportunité de travailler avec une célèbre danseuse de Tango Argentin installée en France qui recherchait à ce moment là un nouveau partenaire. Tout se déroulait pour le mieux,  je participais à de nombreux spectacles, jusqu'au jour où je suis devenu chomer chabbat. Ma vie a changé profondément. Je me suis alors posé plein de questions : « Où vais-je dans la vie ? Qu’est-ce que je recherche ? Quelle est ma priorité ? »

Et c’était très clair pour moi, j’entamais ma Téchouva. Ce fut un choix très difficile à prendre car il m’est arrivé de refuser de très gros spectacles. Ma Téchouva et ma quête dans la religion étaient plus importantes. Alors il me fallait réfléchir à mon chemin de vie pour allier les deux. 


A.J.: Comment conciliez vous aujourd’hui votre pratique religieuse, votre vie de famille, avec le langage corporel spécifique du tango ?

M.G : À chaque représentation je ressens une certaine connexion, une immense spiritualité. Je dois tout le temps pouvoir faire ressentir aux gens la passion et l’émotion à travers mes spectacles, tout en sachant au fond de moi que mon âme recherche autre chose. Il s’agit d’un vrai travail de comédien, faire passer les émotions sans que cela soit réel. Au début, c’était très difficile pour moi car j’avais l’impression d’être schizophrène, j’étais complètement dissocié et tiraillé entre ce que je faisais et ce que je ressentais. Et ma solution a donc été de me dire « joue ta passion » à l’instar d’un vrai comédien. Je vais progressivement finir par arrêter car cela devient très difficile d’allier les deux pour me diriger vers un autre chemin toujours aussi passionnant mais plus en accord avec ma religion et ma famille.


A.J.: Pouvez-vous également nous parler de votre association Fuego de Tango ? 

M.G : C’est une association très jeune qui a 2 ans et demi. Elle a une force unique d’où le choix du nom FUEGO qui signifie le feu. Je l’ai créée dans le but de transmettre ma culture au plus grand nombre. Elle regroupe de multiples activités, des concerts, des expositions et des cours de Tango Argentin. Chaque dimanche nous donnons un bal où sont projetées des œuvres d’artistes, toujours avec cette volonté de partage la culture argentine, de l’Uruguay et bien sûr du Tango. 


* « Un tango por Dos » création pour 2 danseurs et 4 musiciens, mise en scène par Miguel Gabis, le Samedi 16 Février, à 21h30, à l’espace Rachi,  38 rue Broca, Paris 5ème. Réservations : 01 42 17 10 36 ou Billetterie sur Weezevent, FNAC,  Tarif normal  : 23 euros

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