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25 Mars 2019 | 18, Adar II 5779 | Mise à jour le 21/03/2019 à 18h35

Rubrique Culture/Télé

Dave : « Je n’ai jamais eu le bonheur de chanter en Israël. C’est quand ils veulent !»

Crédit : ©Pierre-Louis Viel

Et si, en attendant de découvrir son nouvel album, on parlait cuisine avec Dave ? L’artiste publie Cuisinez-moi (Cherche-midi), un recueil de recettes qui font du bien au moral.

Actualité Juive : Il est surprenant de rencontrer Dave pour parler d’une autobiographie culinaire !

Dave : Disons un livre de cuisine autobiographique…


A.J.: Une quarantaine de recettes jalonnant les étapes de votre vie et de votre carrière : comment est née cette idée ?

Dave : Il y a longtemps que l’éditeur voulait faire un livre avec moi, sans avoir d’idée précise. C’est en cuisinant dans ma maison du Vaucluse que m’est venue l’idée d’un livre de cuisine. Il a tout de suite accepté, avec le souhait que le livre soit lié à ma vie. A partir de ce moment-là, j’ai commencé à prendre des notes pendant neuf mois, comme pour un bébé ! Je fais la cuisine au quotidien depuis mon départ des Pays-Bas, en 1965. Et, comme je le raconte dans le livre, je m’y intéresse depuis l’âge de 14 ans, ce qui hélas fait soixante ans…


A.J.: C’est un livre authentique (le lecteur vous suit à travers de très belles photos) que vous semblez heureux de partager. Le Chef Thierry Marx nous confiait que cuisiner est un acte de partage qui touche à l’intimité…

Dave : Absolument. Mais j’insiste : je ne me prends pas pour un cuisinier professionnel. Je suis un amateur, au sens étymologique du terme : j’aime faire la cuisine et je m’appuie sur une longue expérience. Le fait de ne pas être professionnel me permet d’ailleurs de ne pas tomber dans le piège de recettes incompréhensibles !


A.J.: Ce sont en effet des recettes accessibles, simples à réaliser et peu onéreuses : la pomme de terre y tient une place de choix !

Dave : Les Hollandais, Mangeurs de pommes de terre ! C’est bien ainsi que Van Gogh nous a peints. 


A.J.: Pour les besoins de cet entretien, votre livre a été « cachérisé » avec une grande facilité : hochepot, rôti de paleron, patates douces au carvi, boulettes de bœuf (pour peu qu’on y retire le beurre de cuisson)…

Dave : Et les Viskoekjes de Tante Ella, la sœur de mon père ! C’est une recette de croquettes de poisson que je dois à ma tante qui fut présidente de la Wizo. Fervente sioniste, elle m’a engueulé quand j’ai voulu, à seize ans, partir dans un kibboutz, en me disant que pour les juifs je n’étais pas juif puisque ma mère ne l’était pas. Je dois dire que cela a un peu refroidi mon enthousiasme. Pour revenir à la cuisine, les Hollandais mangent beaucoup de raifort, comme dans la gastronomie yiddish. Quand j’habitais du côté de la rue des Rosiers, je retrouvais ces saveurs chez Goldenberg. 


A.J.: En 2006, vous signiez l’album « Tout le plaisir a été pour moi », sous votre patronyme : Levenbach. Toute la famille de votre père a été déportée, à l’exception de sa sœur…

Dave : Quand je suis né, mon père était caché. Dans un premier temps, les Hollandais qui avaient épousé des non-juifs étaient épargnés. Mais en 1944, un peu avant ma naissance, les rafles se sont étendues à tous les juifs.


« Ma grand-mère maternelle a risqué sa vie pour cacher des Juifs chez elle »


A.J.: Vous évoquez un « souvenir honteux » : 75 % des juifs néerlandais morts sous l’occupation allemande. Eichmann affirmait avec cynisme qu’en Hollande, « les transports des Juifs se déroulaient si parfaitement que c’en était un délice pour le regard »…

Dave : Globalement, les Hollandais ont préféré regarder un peu ailleurs. Mais il faut nuancer. Ma grand-mère maternelle, qui avait cette espèce d’antisémitisme primaire, a risqué sa vie pour cacher des Juifs chez elle.


A.J.: Avez-vous déjà chanté en Israël, où s’offrent de belles découvertes gastronomiques ?

Dave : Je suis allé en Israël plusieurs fois mais je n’ai jamais eu le bonheur d’y être invité pour chanter ! C’est quand ils veulent ! Je sais que Vanina avait marché très fort. A Ashdod, on me demandait beaucoup d’autographes ! 


A.J.: Une rencontre improbable : c’est Renaud qui produit votre prochain album…

Dave : Il n’y a, dans le monde occidental, quasiment aucun exemple de chanteur qui en produit un autre. Renaud avait été interpellé par le côté rebelle de mon titre «La fille aux deux papas». Il a écouté les autres chansons et a décidé de produire l’album qui sortira vers le mois de mai. 



Dave sur la chaîne Melody, « Les Parents du petit écran »

Dave, « Cuisinez-moi », cherche-midi, 130 p, 24 euros

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