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18 Avril 2019 | 13, Nisan 5779 | Mise à jour le 17/04/2019 à 17h44

Rubrique France/Politique

Ariel Goldmann : Sur la visite française du président Rivlin

(Alain Azria)

Le billet de la semaine par Ariel Goldmann, Président du FSJU / AUJF et de la Fondation du Judaïsme Français.

La visite d’un Président de l’Etat d’Israël à Paris est toujours un événement. Les plus jeunes d’entre nous trouvent cela normal et sont, à juste titre, déçus lorsqu’ils ne voient pas les drapeaux bleus et blancs flotter sur les Champs-Elysées, mais il ne faut pas oublier que l’époque n’est pas si lointaine où aucun ministre, Premier ministre et a fortiori Président n’étaient reçus à Paris et où les relations entre la France et Israël étaient glaciales.

C’est donc avec honneur et bonheur que le Président Reuven (Rubi) Rivlin, 10e président de l’Etat d’Israël, et son épouse Nechama, ont été reçus en visite officielle par le Président Macron et son épouse, à l’occasion des  70 ans de l’établissement de relations diplomatiques entre la France et Israël.

L’entourage du successeur de Shimon Pérès avait insisté auprès de l’Ambassadrice Aliza Bin Noun, pour qu’une rencontre élargie au maximum de représentants de la communauté juive soit organisée. C’est donc à la mairie de Paris et accueillis par Anne Hidalgo que de façon unie et unitaire, le grand rabbin de France, le Président du Crif et le Président des Consistoires et moi-même avons reçu le Président Rivlin en présence de quelque six cents membres de notre communauté, toutes tendances confondues.

Dans le discours que j’ai eu l’honneur de prononcer, j’ai rappelé au Président Rivlin que la communauté juive de France était frappée par un antisémitisme que d’aucuns qualifient de « nouveau » et qui n’est autre que celui que nous connaissons depuis toujours. J’ai fait valoir qu’au travers des siècles, ce fléau change de masque mais que son but est toujours le même : éradiquer le Juif, qui cristallise tous les fantasmes. J’ai souligné que, malgré les efforts des pouvoirs publics ces quinze dernières années, les faits étaient têtus : ce sont les cris de haine ou insultes antisémites en marge ou dans les manifestations des gilets jaunes que connaît aujourd’hui la France ; ils sont le martyre d’Ilan Halimi, de Jonathan Sandler et de ses deux enfants Gabriel, 3 ans, et Aryeh 6 ans ; ils sont la jeune Myriam Monsonego, Sarah Halimi rouée de coupe et défenestrée, Mireille Knoll, qui échappa de justesse à la rafle de Vel d’Hiv’ et dont le corps sera brûlé par son agresseur. 


« La réponse se trouve dans la démocratie que nous essayons, chacun à notre mesure, de protéger.»


Les faits sont têtus et résonnent dans nos têtes les noms des victimes de l’Hyper-Cacher de la Porte de Vincennes : Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Attab, François-Michel Saada. La France porte les plaies du terrorisme islamique qui l’a désignée pour cible au Stade de France, au Bataclan. J’ai insisté sur ce mot « terrorisme », que le Président Rivlin et nos frères israéliens ne connaissent que trop bien et depuis plus de 70 ans. 

Mais j’ai rappelé que malgré tout cela, notre communauté juive française ne baisse pas les bras. Qu’elle reste la tête haute, bien décidée à continuer à jouer son rôle au sein de la diaspora, à défendre les valeurs qui lui sont chères et que résume un mot : démocratie. J’ai fait part de mon bonheur aussi de rappeler au Président Rivlin qu’Israël a évidemment une place particulière dans le cœur de chaque Juif de France.  Je lui ai dit qu’à ceux qui parfois me demandent : « mais pourquoi ce lien si fort ? A cause de la religion, à cause de l’Histoire ? ». Je souris et je réponds que la réponse est dans Agnon et Hugo, dans le Rav Kook et Rachi.

La réponse est dans le rôle central que la culture joue dans chacun de nos pays. La réponse se trouve dans la démocratie que nous essayons, chacun à notre mesure, de protéger, dans l’éthique  juive qui fait notre force nous qui avons cette même volonté de comprendre ce monde, de le changer pour plus de paix et de justice. 

J’ai conclu et je le signe que ce fut un honneur et un plaisir que de représenter ici, devant le Président de l’Etat d’Israël, cette communauté juive de France qui a un cœur si grand qu’elle est capable d’aimer à part égale, avec la même force la France et Israël et de chanter avec les mêmes frissons - comme elle le fit ce soir-là à l’Hôtel de Ville de Paris - la Marseillaise et l’Hatikva… célébrant ainsi les 70 ans d’une si belle Histoire. 

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