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20 Mai 2019 | 15, Iyyar 5779 | Mise à jour le 17/05/2019 à 13h36

Rubrique France/Politique

La parole antisémite libérée

(DR)

La haine anti juive révélée par la multiplication d’inscriptions antisémites à Paris et dans l’Essonne suscite l’effroi et la consternation.

Les visages de Simone Veil dessinés par l’artiste Christian Guémy souillés de croix-gammées, l’inscription Juden peinte en lettres jaunes sur la vitrine du restaurant Bagelstein, l’arbre planté en mémoire d’Ilan Halimi à Sainte-Geneviève-des-Bois scié à sa base et profané. En l’espace de quelques jours depuis le week-end dernier, les inscriptions et les actes de vandalisme à caractère antisémite se sont multipliés à Paris et dans l’Essonne.    « Truie juive », a-t-on aussi découvert sur un mur dans le XVIIIe arrondissement,    « Macron Jews Bitch » sur une porte de garage dans le Ier et cette phrase à l’encontre du chef de l’Etat sur le bâtiment du journal Le Monde : « Micron Rothschild parce qu’il se vend bien. La putain de la youtrerie universelle ». 

   Dimanche, Gilles Abecassis, le fondateur de la chaîne de restaurants, déposait plainte, déclenchant l’ouverture d’une enquête par le parquet de Paris pour dégradations volontaires aggravées et provocation à la haine raciale confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne. Trois autres enquêtes visant ces dégradations antisémites ont été ouvertes lundi. « Les derniers jours témoignent à eux seuls de la banalisation et de la violence de l’antisémitisme dans la France de 2019 », a condamné le CRIF, en appelant à « un sursaut national contre l’antisémitisme ». L’Union des Etudiants Juifs de France a quant à elle demandé au gouvernement de décréter « l’Etat d’urgence de l’antisémitisme ». 

Urgence il y a, et cette libération de la parole antisémite est d’autant plus préoccupante qu’elle s’inscrit dans un contexte général d’augmentation de 74% des actes antisémites en 2018, a révélé lundi soir le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, depuis Sainte-Geneviève-des-Bois où il était venu se recueillir devant l’arbre profané d’Ilan Halimi. « En attaquant la mémoire d’Ilan Halimi, c’est la République qu’on attaque. C’est une attaque contre l’espérance, a-t-il déclaré.  L’antisémitisme se répand comme un poison. Il attaque, il pourrit les esprits, il assassine et continue à frapper les esprits ». 

Dans le détail, cette hausse de 74% correspond à 541 actes antisémites recensés en 2018 contre 311 en 2017 mais cette statistique n’inclut ni les actes n’ayant donné lieu à un dépôt de plainte, ni les propos antisémites sur Internet, a nuancé le CRIF. « Cette hausse ne reflète donc que très partiellement la réalité de l’antisémitisme du quotidien auquel font face les Français juifs ».  


« Il faut dire l’horreur »


Mardi après-midi à l’Assemblée nationale, et alors qu’il devait remettre le soir même le Prix national Ilan Halimi, le Premier ministre Edouard Philippe a fermement condamné cette « explosion » des actes antisémites et les  « dégradations scandaleuses » des jours derniers. Interrogé sur les moyens d’endiguer cette flambée, il a expliqué qu’il fallait « d’abord et toujours dire notre refus. Cela ne suffit pas bien entendu, mais le jour où nous ne le dirons plus et où la lassitude l’emportera, alors ce sera perdu. Nous devons rappeler la norme et cette norme est que ce n’est pas acceptable. Nous devons évidemment aussi faire le pari - qui est le seul pari que nous pouvons faire et qui est difficile - de l’intelligence et de l’éducation. Nous devons faire en sorte que les préjugés, les ignorances et les rejets soient combattus à l’école, bien sûr, qui a un rôle central, mais ne tombons pas dans l’erreur souvent commise que seule l’école aurait cette tâche. Il faut dire l’horreur qui se cache derrière ces gestes imbéciles et criminels. Nous devons sanctionner et nous ne devons pas avoir la main qui tremble en la matière. Nous devons pouvoir condamner ces actes, y compris ceux qui semblent isolés car tous ces actes isolés dessinent une carte et cette carte est abominable ». 


74% C’est la progression des actes antisémites en 2018 correspondant à 541 actes recensés contre 311 en 2017

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