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18 Juillet 2019 | 15, Tammuz 5779 | Mise à jour le 17/07/2019 à 18h17

Rubrique France/Politique

Réactions communautaires : des mesures au-delà des condamnations

Exaspérés à force de dénoncer cet antisémitisme qui n’en finit pas de faire des ravages en France, les différents cadres de la communauté juive en appellent à des actes plus concrets.

« Si une action vigoureuse n’est pas entreprise rapidement, nous pleurerons encore nos morts. Il est temps de donner la parole aux actes et que ce cycle infernal qui a commencé il y a près de 20 ans soit brisé » prévient Ariel Goldmann. « Après Sébastien Sellam, Ilan Halimi, des enfants juifs abattus à bout portant à Toulouse dans une école ; à Paris, un Hyper Cacher et ses clients pris pour cibles et des vies volées ; une vieille dame défenestrée et une autre rouée de coups et brûlée,  la parole antisémite est libérée de toutes parts (sur les réseaux comme dans la « vraie vie »). Les symboles mêmes représentant le martyr juif du 20e siècle que sont Simone Veil ou Ilan Halimi sont bafoués, profanés. Dans le même temps des églises sont vandalisées, sans que cela ne suscite la moindre réaction dans l’opinion publique d’un pays pourtant à majorité chrétienne ! Le mal est profond, les causes anciennes  n’ont pas été traitées comme il le fallait. Pour nous il ne s’agit même plus d’inquiétude, car les antisémites de tous poils sont des minables, mais d’écœurement face à l’attitude d’une grande partie de la société française qui ne comprend pas, ou feint de ne pas comprendre, que c’est elle-même qui est visée», analyse le président du Fonds Social Juif Unifié et de la Fondation du Judaïsme Français.

  Une analyse qui rejoint celle de Francis Kalifat. « Au-delà d’être une menace pour les Juifs, l’antisémitisme constitue un signal d’affaiblissement démocratique de notre pays », estime le président du Crif, qui appelle à « un sursaut salutaire de la société française pour briser le mur d’indifférence qui entoure l’antisémitisme »

L’UEJF exige lui aussi plus de fermeté. « Nous demandons au gouvernement de déclarer un état d’urgence face à l’antisémitisme. Le temps n’est plus aux paroles mais aux actes. Jusqu’à quand tolèrerons-nous ce niveau de violence sans que des actes forts soient mis en œuvre ? », s’interroge le président de l’organisation estudiantine Sacha Ghozlan.

« On dit bien trop souvent que l’antisémitisme est le reflet des maux ou des blessures de la société », affirme  de son côté le grand rabbin de France. La maladie de l’antisémitisme qui ne prend pas sur les peuples robustes s’attaque aux nations malades, a écrit Anatole France », rappelle aussi Haïm Korsia. Le danger d’aujourd’hui réside dans la banalisation de l’antisémitisme, car la société, sans être indifférente, ‘zappe’ rapidement d’une information à une autre, sans toujours les hiérarchiser ; par manque de temps, d’attention, ou de sensibilisation ! Il nous faut donc plus que jamais redoubler d’efforts, aux côtés des pouvoirs publics, pour expliquer, dénoncer et punir – toujours plus fermement – l’antisémitisme ».

Il est donc plus que temps de réagir concrètement. Le président du Consistoire en convient : « On me pose régulièrement deux questions récurrentes chaque fois que l’antisémitisme franchit un nouveau cap dans la haine des juifs : comment on en est arrivé là, et comment en sortir ? Indiscutablement la peur de l’amalgame et le déni de l’islamisme radical nous ont fait perdre 10 ans, pendant lesquels les antisémites ont prospéré et contaminé la société et la jeunesse », explique Joël Mergui. N’en perdons plus à refuser de juger et condamner l’antisionisme comme la nouvelle forme de l’antisémitisme. Il faut des moyens de lutte adaptés et une personne dédiée pour traiter le mal comme il doit l’être, sur tous les fronts, sans rien concéder, car toutes les formes d’antisémitisme sont en train de se renforcer, de progresser et de se propager. À travers nous, c’est toute la société et la démocratie qui sont en danger »

Quant au BNVCA, le Bureau National de vigilance contre l’Antisémitisme, il dit « prendre acte » des déclarations du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, déplorant l’augmentation des actes antisémites, sans toutefois comprendre « l’indolence du gouvernement face à ce fléau qui persiste alors qu’aucune mesure pénale ni administrative n’est à la hauteur de la gravité des agissements des coupables. Le malaise ressenti par les Français de confession juive, leur donne le sentiment d’être isolés en dépit des assurances répétées dans leurs discours, par les dirigeants de l’État », ajoute-t-il également. 

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