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17 Juillet 2019 | 14, Tammuz 5779 | Mise à jour le 17/07/2019 à 18h17

Rubrique France/Politique

Francis Kalifat : « Nous aurions aimé une sortie de la loi de 1881 en ce qui concerne l’antisémitisme et le racisme »

(DR)

Le président du Crif réagit aux mesures annoncées par Emmanuel Macron pendant le dîner.

Actualité Juive : Les mesures annoncées par le président Emmanuel Macron pendant le dîner sont-elles à la hauteur de la vague antisémite que connaît notre pays ? 

Francis Kalifat : Face à une telle dégradation de la situation, l’attente était très forte. Même si elles ne répondent pas totalement à nos attentes, les mesures annoncées vont dans le bon sens et abordent de façon concrète le fléau de l’antisémitisme. Avec gravité et humilité, le président de la République a fait un constat d’échec de la lutte contre l’antisémitisme dans notre pays jusqu'à ces derniers mois et il était important de l’entendre. Ceci dit, il est vrai que nous aurions aimé une pénalisation de l’antisionisme et une sortie de la loi sur la liberté de la presse de 1881 en ce qui concerne l’antisémitisme et le racisme. Nous aurions souhaité que la dissolution de trois associations d’extrême-droite s’accompagne de la dissolution d’associations salafistes et de mouvements appelant au boycott d’Israël qui agissent en toute impunité et en totale contradiction avec la loi. Emmanuel Macron a toutefois annoncé une plus grande sévérité dans les peines prononcées sur les délits d’antisémitisme et il faut le saluer. Nous avons en France l’une des législations les plus abouties en Europe, voire dans le monde pour lutter contre l’antisémitisme mais elle n’est pas appliquée avec la rigueur et la sévérité nécessaires. Trop souvent, les délinquants antisémites s’en tirent avec un rappel à la loi ou des peines symboliques et cela doit changer. Le remède immédiat contre cette vague d’antisémitisme, c’est la sanction qui doit être suffisamment forte et dissuasive. 


A.J.: Quels seront les effets concrets de l’élargissement de la définition de l’antisémitisme à l’antisionisme sur la base du texte de l’IHRA, si celui-ci n’est pas réprimé par la loi ? 

F.K. : Il faut resituer cette résolution dans le cadre européen. Les pays européens se sont saisis de cette définition de l’IHRA comme un texte de référence. Concrètement, il ne pénalisera pas mais il servira d’appui aux policiers, aux juges, aux éducateurs et même aux diffuseurs Internet qui sont souvent démunis car ils n’ont pas de texte de référence. Cette résolution définit l’antisémitisme en onze points parmi lesquels d’ailleurs on ne trouve pas l’antisionisme mais la négation et la délégitimation d’Israël. Et comme l’a dit le président Macron, nous savons que l’antisionisme auquel nous sommes confrontés aujourd’hui est une forme réinventée de l’antisémitisme parce qu’à partir du moment où on nie au seul peuple juif le droit d’avoir un Etat, c’est de la discrimination donc c’est de l’antisémitisme.  


A.J.: Que traduit selon vous le débat suscité par cette annonce sur la liberté de critiquer la politique d’Israël ?

F.K. : D’abord une méconnaissance de la définition de l’IHRA, c’est pourquoi ce débat n’a aucun sens. Il est spécifiquement précisé dans cette définition que la critique de la politique du gouvernement israélien, quel qu’il soit, n’entre pas dans le cadre de l’antisémitisme et donc qu’il n’y a aucune restriction de liberté quant à la critique de la politique d’un gouvernement. Ce débat relève soit de la mauvaise foi, soit de la méconnaissance totale du texte et je renvoie au texte ceux qui se réfugient derrière cet argument qui ne tient pas. 


« A partir du moment où on nie au seul peuple Juif le droit d’avoir un Etat, c’est de l’antisémitisme »


A.J.: Une loi sera présentée en mai sur la base des recommandations du rapport Avia/Amellal/Taïeb pour renforcer les pressions juridiques et  financières sur les plates-formes et les opérateurs du Net. Est-ce enfin la fin de l’impunité ? 

F.K. : C’est un très bon début et il faut accueillir cette annonce avec satisfaction. C’est une loi que nous réclamions depuis de nombreuses années car nous savions que la parole antisémitisme et  la haine en général se sont libérées sur Internet. On ne peut plus aujourd’hui laisser la haine se diffuser sans risque  ni restriction pour les diffuseurs. La responsabilité des diffuseurs doit être établie et que le président Macron ait cité l’exemple allemand qui frappe très fort au portefeuille des diffuseurs quand les messages de haine ne sont pas retirés, me laisse augurer d’une loi qui sera dans la même sévérité. 


A.J.: Que cherche le Président en demandant un audit des écoles publiques désertées par les élèves juifs, à confirmer que l’antisémitisme est le symptôme du délitement de nos valeurs républicaines ?

F.K. : L’école républicaine s’est vidée de ses Juifs dans certains quartiers et départements. C’est d’abord  le constat de l’échec de la République et des pouvoirs publics. Peut-être est-ce aussi le point de départ d’une reconquête républicaine de ces valeurs qui se sont délitées dans certains quartiers. Je n’ai pas de doute sur les résultats de cet audit mais pour qu’il soit utile et qu’il réponde à ceux qui contestent cette réalité de la déscolarisation massive des enfants juifs des écoles publiques dans certaines villes et départements en France, il faut remonter au début des années 2000 à partir desquelles nous avons constaté, année après année cette déscolarisation, et que nous n’avons pas cessé de dénoncer.

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