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20 Mai 2019 | 15, Iyyar 5779 | Mise à jour le 17/05/2019 à 13h36

Rubrique France/Politique

Marc Knobel : Antisémitisme ? Le seul chiffre que je veux retenir est 11 085

(DR)

Le billet de la semaine par Marc Knobel, historien, directeur des Etudes au Crif.

69 % de hausse des actes antisémites sur les neuf premiers mois de l'année 2018, c’est l’information communiquée par le Premier ministre sur son compte Facebook en novembre 2018. Une communication totalement inédite car c'est Edouard Philippe qui dévoilait lui-même ce chiffre, alors qu'habituellement le bilan annuel de l'ensemble des actes racistes est publié en janvier par le ministère de l'Intérieur.

Puis, vient un second temps. Le 12 février 2019, cette fois avec le ministre de l’Intérieur : « Après deux années de baisse en 2016 et 2017, le nombre de faits à caractère antisémite a fortement augmenté en 2018. 541 faits ont été constatés l’an dernier contre 311 en 2017, soit une augmentation de 74%. Parmi ces 541 faits, 183 actions antisémites ont été recensées (81 concernent des violences, des tentatives d’homicide et un homicide ; 102 concernent des atteintes aux biens) et 358 menaces à caractère antisémites ont été dénombrées ».

Et soudainement, c’est l’emballement médiatique. C’est ce pourcentage (74%) qui frappe et interpelle. Les journalistes enquêtent. Quel est le sens que l’on peut/doit/que l’on pourrait donner à ces +74% d’augmentation ? Mais, on ne va pas chercher au-delà de ce +74%, pourtant les chiffres existent depuis l’année 1998. Nous disposons de données statistiques qui permettent de mesurer cette tendance. Il faut alors procéder à une longue explication comme une mise en perspective historique pour expliquer que cela ne date pas d’aujourd’hui et que le pli est pris depuis l’année 2000.

81 actes ont été comptabilisés, en 1998 ; 82 en 1999. Puis, on passe subitement à 744 (10 fois plus). Les chiffres annuels fluctuent, à la baisse ou à la hausse. Et pour les hausses 744, donc en 2000 ; 936 en 2002 ; 974 en 2004 ; 832, en 2009 ; 614, en 2012 ; 851 en 2014, puis 808 en 2015.


« Une résurgence de l’antisémitisme inédite depuis la Seconde Guerre mondiale »


Il faut alors détailler et raconter que depuis l’année 2000, cet antisémitisme connaît un nouvel écho. La montée des préjugés et des stéréotypes est particulièrement alarmante. Théories conspirationnistes, refus du système, puissants stéréotypes et préjugés, propagande distillée par la nébuleuse complotiste, radicalisation, fondamentalisme et islamisme, instrumentalisation diverse de l'ultra droite et/ou de l'ultra gauche, permettent à l'antisémitisme de se développer et de prospérer plus ouvertement, notamment mais pas seulement. 

Nous vivons également au rythme effréné des petits mots ou de slogans violents et orduriers qui ont été lancés, scandés ici ou là et/ou d'indignations sélectives contre le seul Israël. Il s'agit encore d'hurlements (lors de certaines manifestations propalestiniennes) et d'agressions caractérisées. Les « Mort aux juifs ! » sont devenus le dénominateur commun entre des extrêmes qui veulent seulement et simplement en découdre.

Depuis l’année 2000, la France vit donc un regain fort d’antisémitisme. Pendant le dîner, Francis Kalifat, le président du Crif a énuméré avec solennité et gravité le péril. La hausse des actes antisémites « signifie que la population juive de notre pays, qui représente moins de 1 % de la population globale, concentre plus de 50 % des actes racistes commis ». Il faudra maintenant compter avec cet autre chiffre, fruit d’une simple addition de tous les actes antisémites qui ont été comptabilisés annuellement depuis l’année 1998 : 11 085 actes antisémites ont été perpétrés depuis l’année 2000 contre nos/des coreligionnaires. 

Au final, Emmanuel Macron a eu raison de dénoncer lors de son allocution au dîner annuel du Crif « une résurgence de l’antisémitisme inédite depuis la Seconde Guerre mondiale ».

Inédite en effet, et le mot est faible. 

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