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21 Mars 2019 | 14, Adar II 5779 | Mise à jour le 21/03/2019 à 18h35

Rubrique France/Politique

Sabine Roitman : La France, pompier ou pyromane ?

Les perspectives de la semaine Par Sabine Roitman, Conseil en communication.

Tout cinéaste israélien sait qu’il suffit de cracher sur Israël pour acquérir la notoriété. Nadav Lapid vient d’en refaire la démonstration en obtenant l’Ours d’or de la Berlinale avec son film Synonymes. Récompense prévisible, puisque son héros Yoav, jeune démobilisé de Tsahal, fuit un État qu’il qualifie de « méchant, obscène, ignorant, hideux, sordide, grossier, abominable, fétide, lamentable, répugnant, détestable, abruti, étriqué d’esprit et de corps » pour venir s’installer en France et renier ses origines. 

La présidente du jury Juliette Binoche, connue pour son soutien inconditionnel aux Palestiniens, n’a guère dû se forcer pour lui faire décerner ce prix… Dommage que Nadav Lapid n’ait pas croisé le même samedi à Paris les Gilets jaunes qui lui auraient crié en même temps qu’à Finkielkraut « Retourne à Tel-Aviv ! », ce qu’il aurait bien mérité.

Une chance d’ailleurs que cet incident ait été filmé, faute de quoi il n’aurait suscité aucune réaction et on serait encore dans le déni. Il suffit de constater que, même après avoir vu Benjamin W. avec son keffieh injurier le philosophe juif, on s’est bien gardé de nous signaler que son prénom usuel était Souleymane, fils d’un musulman algérien. Son avocat franco-libanais Me Chamy, connu à Mulhouse pour avoir défendu Saddam Hussein en 2005, a déclaré sans pudeur à l’agence Reuters : « Dans ce dossier il n’y a rien qui permette de qualifier les propos de mon client d’antisémites. Ce dossier est monté de toutes pièces pour appuyer une mouvance actuelle de lutte contre l'antisémitisme, combat tout à fait respectable mais qui n'a rien à voir avec mon client. M. Finkielkraut se revendique comme sioniste. Qu'il ne nous embête pas à impliquer sa propre communauté dans cette histoire-là. Ce sont ses propos politiques, connus de tous, qui ont été visés ».

Vu l’indignation provoquée par cet incident, Emmanuel Macron a tenu à rassurer les participants au dîner du Crif. Son discours, superbe, a dénoncé une fois de plus l’antisionisme comme nouvel antisémitisme fondé sur un islamisme radical, le BDS, les réseaux sociaux. Il a promis une plus grande fermeté des magistrats et l’enregistrement de toutes les plaintes de victimes d’antisémitisme. Il a enfin rappelé tout ce que les Juifs ont apporté à la France depuis des siècles, dressant la longue liste des tossafistes qui ont exercé en France, concluant « Nous sommes chez nous, nous tous ».


Une plus grande fermeté des magistrats


Mais une fois l’enthousiasme retombé, on se met à douter : ces mesures vont-elles être appliquées sans délai, sans atermoiements ni indulgence ? Finalement la police n’a interpellé l’agresseur d’Alain Finkielkraut qu’au bout de quelques jours avec un procès renvoyé au 22 mai. Un rassemblement du BDS n’a même pas été interdit, et s’est tenu ce dimanche 24 février à Paris avec ses slogans haineux. Pour les deux jeunes ayant tiré à la carabine sur un Juif sortant de la synagogue de Sarcelles, le caractère antisémite n’a même pas été retenu. Et quelle utilité cet audit des écoles qui ne ramènera pas les élèves juifs, cette dissolution de trois micro-associations inconnues alors que 150 mosquées salafistes prospèrent et que leur fermeture aurait eu un impact autrement plus positif…

Le président n’a rien dit non plus sur l’Iran qui veut la destruction de l’Etat juif, ni sur son éventuel voyage en Israël. Avec un Quai d’Orsay qui poursuit sa politique de condamnation systématique d’Israël à l’ONU et fragilise ainsi toujours plus les Français juifs, la France est-elle finalement pompier ou pyromane ?

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