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21 Mars 2019 | 14, Adar II 5779 | Mise à jour le 21/03/2019 à 18h35

Rubrique Israël

Professeur Israël Bar-Joseph : « De plus en plus de coopération entre nos chercheurs et les chercheurs français »

(DR)

Pour le Professeur Israël Bar-Joseph, vice-président de l'Institut Weizmann, chacun de ses chercheurs doit avoir droit aux meilleures conditions pour exprimer sa créativité. Une recette qui marche et qui va même ouvrir de nouveaux partenariats scientifiques avec la France.

Actualité Juive: L'Institut Weizmann est à ce jour l'un des plus cotés au monde. Il a toujours affiché un palmarès d'excellence, y compris un Prix Nobel de chimie décerné en 2009 au Pr. Ada Yonath Quel est le secret de sa réussite ?

Pr. Israël Bar-Joseph : Elle réside dans le modèle très particulier que nous avons développé à l'Institut. Il place notre personnel scientifique au centre et le reste est construit autour de lui. Cela signifie que nous cherchons des gens créatifs, capables de faire une différence, qui ne suivent pas le courant mais qui en sont les meneurs. Notre but n'est pas de remplir les places qui deviennent disponibles, mais de créer une place pour la personne que nous trouverons. Mais quand nous trouvons quelqu'un d'excellent, la chose la plus stupide serait de lui dire ce qu'il a à faire. Au contraire, nous lui demandons quel est son plus grand rêve et nous essayons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour l'aider à le réaliser, depuis le laboratoire dont il a besoin jusqu'au personnel qu'il souhaite, en passant par les ressources qu'il lui faut. Et quand on a des gens formidables et qu'on réussit à lui fournir les moyens qu'il veut, eh bien, ça semble fonctionner! Ça fonctionne pour la science, mais aussi pour tout ce qui a un effet sur la société, qu'il s'agisse de médicaments, de matériaux, d'algorithmes, et encore bien d'autres réalisations.


« Quand nous croyons à un projet, nous n’hésitons pas à le pousser »


A.J.: Mais pour ce paradis des chercheurs que vous décrivez, il faut des moyens. Comment les trouvez-vous ?

Pr. I.B.-J. : C'est vrai qu'il faut des moyens. D'autant plus que seul un quart de notre budget est financé par l'Etat. Et c'est à nous de trouver les 75% restants. Pour cela, nous avons trois autres sources de financement. Tout d'abord, les chercheurs de très haut niveau que nous faisons venir à l'Institut sont, de par leur excellence, en mesure d'obtenir des bourses dans des concours. Par exemple, dans l'Union Européenne, il y a des programmes auxquels Israël participe, au même titre et au même niveau que la France ou l'Allemagne. L'Institut Weizmann a déjà depuis plus de sept ans le plus fort taux d'obtention de bourses de l'Union Européenne. Donc, plus nous faisons venir chez nous de gens de valeur, plus ils apportent de bourses. Mais ça n'est pas encore suffisant. Il y a aussi le travail réalisé par ces chercheurs. Même si nous leur disons de poursuivre leurs recherches comme ils l'entendent, ces travaux conduiront à des découvertes pratiques. Et ces découvertes sont commercialisées. Par exemple, le plus grand groupe pharmaceutique d'Israël, Teva, s'est en grande partie édifié grâce au médicament découvert à l'institut Weizmann [le Copaxone pour le traitement de la sclérose en plaques, NDLR]. Et l'on pourrait citer encore de nombreux médicaments, dont les royalties sont perçues par l'Institut, et qui pourront financer les recherches à venir. Enfin, nous bénéficions aussi du soutien des gens qui croient en nous. Des Juifs comme des non-Juifs qui pensent que ce que nous faisons vient en aide à l'humanité et qui nous apportent leur soutien par des dons. 


A.J.: Cela vous garantit aussi une grande liberté de manœuvre ?

Pr. I.B.-J. : Certainement plus qu'un budget de fonctionnement entièrement public. Nous sommes totalement indépendants et quand nous croyons dans un projet, nous n'hésitons pas à le pousser.


A.J.: Votre renommée internationale n'est plus à faire, pas plus que votre place dans la recherche européenne. Vous ne ressentez donc aucun effet des campagnes de boycott d'Israël ? 

Pr. I.B.-J. : A la vérité ? Non. Ou alors vraiment de manière extrêmement marginale. Nous sommes au contraire dans une période d'essor, où nous créons de nombreux partenariats avec des instituts parmi les leaders mondiaux. Cela concerne d'ailleurs aussi la France. Nous avons constaté de plus en plus de coopération entre nos chercheurs et des chercheurs français et de demandes de la base d'élargir ces coopérations. Nous sommes donc en ce moment en train de mettre au point un programme de développement de partenariats avec des instituts français, du type de celui que nous avons déjà depuis plus de quarante ans avec l'Institut Pasteur. Nous avons déjà commencé à travailler avec l'Institut Curie, et nous allons mettre en place des partenariats avec le Collège de France, le CNRS et l'Ecole Polytechnique. Notre objectif pour les deux ans à venir est d'élargir de manière significative nos relations avec la France. Et ce n'est pas que nous soyons en position de demandeur, bien au contraire ! Il y a un véritable engouement des deux côtés. Et nous voulons le concrétiser.

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