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25 Mars 2019 | 18, Adar II 5779 | Mise à jour le 21/03/2019 à 18h35

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Muriel Touaty : des Machines ou des Hommes

Les prespectives de la semaine par Muriel Touaty, Directrice du Technion-France.

Dans l’ère digitalisée dans laquelle nous vivons et à l’heure du Dataïsme comme « religion des données », des questions majeures et essentielles se posent. Alors que les GAFAM prédisent qu’à H2030, l’Homme sera « amélioré » et vivra plus longtemps, qu’il se déplacera par le biais de voitures autonomes ou/et volantes, et que nos villes seront transformées par la profusion d’objets connectés, de routes intelligentes, des questions se posent : comment l’équilibre entre l’homme et la machine va-t-il se réaliser ? Comment associerons-nous l’Intelligence émotionnelle c’est-à-dire humaine, à l’Intelligence artificielle qui provient d’une Machine ? Entre fascination et répulsion, l’intelligence artificielle ne laisse personne indifférent, mais que recouvre exactement l’expression d’Intelligence Artificielle? 

L’intelligence artificielle, souvent abrégée avec le sigle IA, est définie par l’un de ses créateurs et scientifique américain de renom, Marvin Lee Minsky, comme « la construction de programmes informatiques qui s’adonnent à des tâches qui sont pour l’instant, accomplies de façon plus satisfaisante par des êtres humains car elles demandent des processus fondamentaux de haut niveau tels que : l’apprentissage perceptuel, l’organisation de la mémoire et le raisonnement critiqué ». 

   Ces dernières années, la recherche s’est accélérée, au point de multiplier les applications comme les voitures autonomes, les assistants personnels ou encore les diagnostics médicaux. Dans ce dernier domaine, la moitié des médecins ont estimé qu’en 2030, les robots et l’intelligence artificielle feront partie de leur quotidien. Pour 71 % des médecins interrogés, l’IA permettra surtout moins d’erreurs dans leurs pratiques. L’IA comme enjeu scientifique majeur de notre époque, nourrit de l’espoir chez les uns, et autant de craintes pour d’autres. Le député Cédric Villani a d’ailleurs récemment rendu son rapport sur l’IA afin de positionner la France à l’avant-garde d’une IA éthique.

Gardons à l’esprit que les nouvelles technologies sont créées par l’Homme et qu’elles peuvent servir nos intérêts si nous savons bien les utiliser. L’homme a inventé les machines et non l’inverse. Il est plus fréquent d’entendre parler des risques que représente l’intelligence artificielle, au risque d’oublier que ses effets dépendent entièrement de l’usage que nous en ferons.

Pour faire face à cette révolution digitale, il nous faut la comprendre pour bien la maîtriser. La formation à ces innovations reste le défi majeur car cela nous permettra de nous positionner intelligemment en créant, non pas un rapport de force, de crainte ou d’anxiété, mais a contrario un équilibre, une harmonie dans laquelle nous pourrons aspirer à maintenir sereinement notre société, notre individualité, notre intimité.

Cela va nous demander une remise en question en profondeur, à savoir celle de se recentrer sur notre Humanité, ne pas se laisser aller à la paresse intellectuelle et physique, ne pas renoncer devant l’évolution et le progrès, et miser sur l’intelligence collaborative. 

Je citerai alors Pascal Picq, paléoanthropologue que j’affectionne beaucoup qui, dans son livre Qui va prendre le pouvoir…les grands singes, les hommes politiques ou les robots, nous alerte justement sur le fait qu’en tombant dans le piège de cette paresse intellectuelle et physique, les Hommes se mettront eux-mêmes en état d'esclavagisme, de dépendance, voire d’assistanat, à défaut d’être des Etres engagés et responsables. ll est donc absolument essentiel de développer un cadre éthique pour nous permettre d’évoluer à l’ère des machines intelligentes.

« Condamné à vivre », l’Homme devra préserver son Elan Vital, sa maîtrise de Soi et continuer sans relâche à se former pour ne pas s’éteindre.

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