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18 Avril 2019 | 13, Nisan 5779 | Mise à jour le 17/04/2019 à 17h44

Rubrique Communauté

Philippe Olivier : « Jean Kahn était un grand leader »

Crédit : Pierre-Jérôme Adjedj

A quelques semaines du colloque sur Jean Kahn, le 8 avril à l’Hôtel de la Région Grand Est à Strasbourg (1), l’historien Philippe Olivier revient sur le parcours politique et communautaire de Jean Kahn auquel il a consacré une biographie remarquable qui vient de paraître chez Hermann.

Actualité Juive : Comment avez-vous connu Jean Kahn et comment l’idée de ce livre est-elle née ?  

Philippe Olivier : Mes liens avec Jean Kahn sont nés il y a un peu plus de vingt ans. A la période de son accident de santé en 1997, il était un peu plus présent à Strasbourg qu’auparavant et nos chemins se sont croisés. J’étais alors un proche collaborateur de Catherine Trautmann (ministre de la Culture – Ndr) qui m’avait chargé d’organiser un sommet sur le yiddish à Strasbourg et d’en être le directeur artistique. La confiance s’est progressivement établie entre lui et moi et de fil en aiguille, nous avons fait paraître un livre d’entretiens Combats pour les droits de l’Homme en 2009. A sa disparition, j’ai demandé à son épouse Nicole de regarder ses archives. Je savais qu’il avait une quantité importante d’archives à son domicile, des rangées longues de six mètres... Au bout de quelques heures de lecture, eu égard à l’intérêt scientifique des documents, j’ai pensé qu’il fallait écrire une biographie. Nicole et les enfants ont été d’accord et m’ont accompagné. En lisant ses notes, il me semblait qu’elles étaient aussi d’une grande actualité, autrement dit qu’elles pouvaient apporter à la qualité de la réflexion sur ce qui se passe aujourd’hui. 


A.J.: Qu’avez-vous découvert de Jean Kahn que vous ignoriez ?  

P.O. : Enormément de choses, notamment à quel point il s’était engagé pour les Juifs d’Union soviétique. C’était un engagement d’une profondeur et d’une intensité extraordinaires comme en attestent ses notes lors de ses séjours sur place. Il prenait beaucoup de notes après ses rencontres avec les chefs d’Etat, les ministres et les chefs de gouvernement. J’ai découvert aussi l’intensité de ses relations avec Boris Elstine et avec Jacques Chirac. Jean Kahn était un homme d’influence. Il est évident qu’il aurait pu devenir ministre sous Jacques Chirac par ses capacités, son rayon d’action et son réseau mais sans doute était-il plus utile là où il était que dans son gouvernement. Jean Kahn était ce qu’on pourrait appeler un gaulliste social. Il entretenait, et c’est intéressant, de très bonnes relations avec des personnalités de la gauche française, je pense en particulier à Michel Rocard. Fin psychologue, il analysait bien les choses et les personnes et se trouvait toujours embarrassé après ses rencontres avec François Mitterrand. Il avait parfaitement compris la personnalité de François Mitterrand. Tous les grands politiques sont complexes, mais François Mitterrand l’était sans doute beaucoup plus que les autres… 


A.J.: Son engagement pour la défense des droits de l’Homme était-il lié à son histoire familiale marquée par la Shoah ?  

P.O. : Il est évident, eu égard à la génération qui était la sienne et à la tragédie dont il avait été le témoin, que cela l’a beaucoup déterminé. La peur majeure de son existence n’a pas été d’aller observer les combats en Yougoslavie ou d’être en Israël en pleine guerre du Golfe, mais d’avoir échappé à une rafle quand il était enfant et réfugié avec sa famille au Puy-en-Velay. Il y a aussi au cœur de ses engagements, sa fierté historique d’appartenir au judaïsme strasbourgeois et alsacien. Ce microcosme a été pour lui une préparation très intense à ses responsabilités d’envergure nationale. 


A.J.: Sur le plan communautaire, vous soulignez l’attachement de Jean Kahn pour l’opération sociale des Paniers du cœur. 

P.O. : Il me disait toujours j’ai exercé des fonctions importantes, la République m’a décoré à de nombreuses reprises mais je suis un militant communautaire. C’était un grand leader et son engagement juif était concret. Il avait le souci des moins favorisés socialement et faisait tout ce qu’il pouvait pour qu’ils puissent notamment avoir un accès à un prix raisonnable à de la nourriture casher, à des bourses, à des aides et des secours. Jean Kahn était sensible aux situations de ses frères juifs en grande difficulté matérielle. Il était empathique, lucide. Il l’a montré à l’arrivée des rapatriés juifs d’Afrique du Nord. Ce souci de l’Autre est au cœur même de la pensée morale du judaïsme. 


A.J.: Vous retenez aussi son charisme et son sens de la parole donnée.  

P.O. : La loyauté le caractérisait. La fidélité. Les fidélités. Jean Kahn avait un charisme indéniable mais qui était admirablement travaillé. Il s’exprimait très bien, tant à l’oral qu’à l’écrit, d’une façon simple et compréhensible. Ce charisme était un don et le résultat d’un grand travail. N’oublions pas qu’il était juriste et qu’il avait été à l’âge de 20 ans le plus jeune docteur en Droit de toute la France.


  1. Inscriptions obligatoires : contact@jeankahnsociety.com
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