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17 Octobre 2019 | 18, Tishri 5780 | Mise à jour le 10/10/2019 à 17h12

Rubrique Culture/Télé

Amichai Greenberg : «Pour le judaïsme, chacun à un rôle différent dans ce monde»

Amichai Greenberg nous reçoit dans son bel appartement au cœur de Jérusalem pour nous présenter son film, « Les témoins de Lendsdorf »

Actualité Juive: Vous êtes fils et petit-fils de survivants de la Shoah. Quel est votre plus grand traumatisme ?

Amichai Greenberg : Je dirais le silence et l'absence.


A.J.: Votre éducation religieuse vous a-t-elle aidé à supporter cet héritage ?

A.G. : Je suis partagé. D'un côté c’était rassurant, cela m'a donné une certaine forme de stabilité, une fondation ; de l'autre, les neurones se sont déployés à travers ces valeurs "religieuses". Cela m'a pris quarante ans pour démêler ces nœuds, pour faire la part des choses.


A.J.: Le non-dit comme dans beaucoup de familles ashkénazes était présent dans votre enfance ?

A.G. : Le non-dit était partout, il était omniprésent. Et le non-dit n'a rien d’une évidence. C’est bien là le piège, il induit une grande partie du blocage, du verrouillage émotionnel. Car tout à l'air de fonctionner comme si tout était normal. C’est juste en surface, mais on a tendance à croire que tout va bien. C'est une bataille constante pour dire et faire entendre que tout ne fonctionne pas. Ce film représente précisément ma façon d'exprimer tous ces non-dits.


A.J.: Dans ces conditions, était-ce difficile de grandir, de s’émanciper ?

A.G. : Oui et ce film est l'étape ultime de ce processus d’émancipation. Ça a été extrêmement difficile et complexe de donner naissance à ce film, de sentir que c’était un sujet suffisamment valable et fondé pour se battre. Même quand le film a été fini, la réponse de ma famille a été : « C’est intéressant, et c’est très Juif, mais qui cela va-t-il intéresser ? »

Seulement à ce moment-là, après cette réaction, j’ai compris que c’était mon chemin envers et contre tout de soutenir, de défendre ma revendication face à la vie, à ma famille. J’ai compris que ma démarche était fondée. Et que j’avais de la matière et beaucoup à dire. 


A.J.: Quelle est la part de réel et de fiction ?

A.G. : L'enquête historique est basée sur des faits réels, qui ont eu lieu dans une ville autrichienne qui s'appelle Reshnitz, là tous les détails sont historiques. La seule différence c’est qu’ils n’ont pas trouvé la fosse, le charnier, jusqu’à aujourd’hui. L 'affaire n’est pas finie. Tout le reste, cette quête intime et personnelle tiennent de ma fiction, à 100 % de mon imagination vraie !


A.J.: Votre film est captivant aussi bien du côté historique que de l’intime. Pourquoi le traiter comme un film d’action à suspens ?

A.G. : J'ai voulu faire un film différent de ce qu’on attend sur un tel sujet. Par ce biais, j’ai évité un traitement pesant. Par exemple, l’Institut de la Shoah est très  moderne, très esthétique, très loin des images de lieux décrépis. J’ai voulu déclencher une vraie curiosité sans imposer un poids moral, ou apparaissant comme tel. J’ai fait le choix de laisser le spectateur libre de se positionner. C’est pourquoi j’aime les grands classiques américains tel « Conversation secrète » de Coppola. À chacun de choisir la profondeur qui l’intéresse, jusqu’où chacun veut aller, ce que chacun est prêt à absorber, décoder, digérer.


A.J.: Vous proposez une réflexion sur l’identité. Pourquoi est-ce si important pour vous ?

A.G. : Je sens que c'est la pierre angulaire de tout. Les structure sociales et humaines sont construites sur l’identité. J’ai voulu toucher à ce fondement. On a tendance à vivre selon les ensembles qui nous ont façonnés dans l’enfance. Le fait de faire son propre chemin vis-à-vis de ces choix, de ces fondations n’est pas mis en avant dans notre éducation. Je crois pourtant que c’est essentiel à notre parcours dans la vie. Dans mon histoire, c’est là que cela m’a conduit. C’est cela que j’ai voulu partager.


A.J.: Pour vous, « L’objectif n’est pas que nous soyons tous pareils, mais que nous puissions vivre ensemble » ? 

A.G. : Vivre ensemble est un minimum, ce n’est pas être tolérant, mais comprendre que l’on a besoin les uns des autres. On doit créer quelque chose plus grand que nous. Plus que d'arriver à vivre ensemble, c'est d’être complémentaires les uns des autres qui m’intéresse. Comme le judaïsme le rappelle nous faisons partie d’une énorme machine où chacun à un rôle différent dans ce monde.  Mon espoir est d’arriver à créer une unité non pas dans la similarité, ni dans la capacité à tolérer l’autre, mais bien dans la conscience de la spécificité de chacun. C’est libérateur pour tous, fondamental, et existentiel !


En salles : « Les témoins de Lendsdorf » de Amichai Greenberg avec Ori Pfeffer, Rivka Gur, Michaela Rosen…

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