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21 Mars 2019 | 14, Adar II 5779 | Mise à jour le 21/03/2019 à 18h35

Rubrique France/Politique

Alexandre Del Valle : « Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on est innocent »

(DR)

Le débat sur le « retour » des djihadistes français s’est invité dans l’actualité. On fait le point avec le géopolitologue Alexandre Del Valle, auteur du stimulant « La stratégie de l’intimidation. Du terrorisme jihadiste à l’islamiquement correct » (L’Artilleur, 2018).

Actualité Juive : Le gouvernement français a-t-il une stratégie claire en matière de retour de djihadistes ?

Alexandre Del Valle : Oui, pour une fois, je suis en plein accord avec le gouvernement. Les djihadistes qui sont arrêtés en Irak doivent être jugés sur place. Il s’agit d’un pays qui a désormais un Etat avec lequel la France dispose de relations officielles et l’on reconnaît son système judiciaire. L’idéal est donc bien que les djihadistes soient jugés sur les territoires où ils ont commis leurs crimes. Le problème se pose pour les djihadistes détenus par les Kurdes et le régime syrien. Tout d’abord, les Kurdes ne représentent pas un Etat officiel et il y a fort à parier que les peines prononcées ne seront pas très lourdes. Ensuite, le régime syrien, qui a des raisons de nous en vouloir, peut être tenté de relâcher des djihadistes. Dans les deux cas, si un djihadiste se retrouve dans la nature, la doctrine officieuse de la France est de les éliminer. Enfin, je pense également que si on ne veut pas user de l’action ciblée, il est alors préférable de faire revenir le djihadiste pour le maintenir sous pleine surveillance, plutôt que de risquer un prochain attentat en refusant son retour. 


A.J.: Qu’en est-il du cas spécifique des femmes de djihadistes ?

A.D.V. : Il faut une doctrine particulière. La plupart des femmes de djihadistes ne sont pas des repentis et on peut craindre la récidive. Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on est innocent. Les femmes de djihadistes utilisent pour la plupart la stratégie de la « taqiya » qui consiste à dissimuler ses véritables convictions. Il s’agit d’une ruse de guerre. Effectivement, les femmes ont été moins « coupeuses de têtes » mais leur idéologie islamiste est souvent plus   « pure » que celle de leur mari. Sur place, elles ont souvent joué un rôle logistique important, qui témoigne d’une implication entière.


A.J.: Et pour les enfants ?

A.D.V. : Il est très difficile pour un Etat démocratique comme la France d’interdire le retour des enfants de djihadistes. Depuis 2012, on en compterait d’ailleurs déjà près de 200 sur notre territoire. Or, il est documenté que de jeunes djihadistes (autour   de 17 ans) entraînaient des enfants de 7 à 15 ans pour qu’ils puissent prendre le relais, en formant des cellules terroristes qui agiraient en France. Des enfants ont donc été entraînés pour tuer, même plus tard. Il faut donc prendre toutes les précautions nécessaires pour l’empêcher.

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