Default profile photo

17 Octobre 2019 | 18, Tishri 5780 | Mise à jour le 10/10/2019 à 17h12

Rubrique France/Politique

Malek Boutih et le grand rabbin Gilles Bernheim : « L’engagement est le refus du fatalisme »

Malek Boutih et le grand rabbin Gilles Bernheim (DR)

L’un porte une parole politique et associative, l’autre une parole juive et philosophique. Tous deux échangeront leurs points de vue sur « le racisme et l’antisémitisme dans une société en crise », thème de la conférence qu’ils donneront à la synagogue de la Victoire* et dont Actualité Juive est partenaire.

Actualité Juive : En quoi la complémentarité des regards qui sont les vôtres est-elle nécessaire aujourd’hui ? 

Malek Boutih : Ce n’est pas tant une nécessité de complémentarité des regards qu’ un besoin de redonner place au débat là où aujourd’hui il n’y a plus que des slogans. Nous avons connu ces dix dernières années un enchaînement d’événements violents autour de la question de l’antisémitisme et nous avons le sentiment que la succession de ces événements n’a pas été accompagnée par une progression de la réflexion sur les réponses collectives. Je considère en effet que l’antisémitisme n’est pas le problème de la communauté juive mais de la société française. Et c’est par le débat, la parole et l’intelligence, que nous pourrons faire évoluer les choses mieux que par des slogans éculés. L’Histoire n’est pas en train de nous échapper pour peu que l’on échange.


Grand rabbin Bernheim : Le débat entre la religion et la politique est extrêmement intéressant dans la mesure où nous puisons dans notre passé pour apprendre à mieux vivre ensemble sur cette terre où nous vivons, c’est-à-dire la France aujourd’hui. 


A.J.: Pour autant, le racisme et l’antisémitisme ne sont-ils pas inéluctables dans une société en crise ?

G.R.B. : Sous couvert du mot crise, il y a des valeurs. Et, par leur usage, la perversion des mots fait qu’ils ne signifient plus le sens qui était le leur originellement. Or, dans le sens du mot crise, il y a de plus en plus d’individus et de moins en moins de citoyens. L’individu profite des circonstances pour satisfaire sons quant à soi de désirs, dans une société où ces désirs sont liés à la mondialisation et au capitalisme. Lorsque les hommes et les femmes sont moins des citoyens que des individus, ils en arrivent à oublier qu’ils n’ont pas que des droits mais qu’ils ont aussi des devoirs. Je pense que nous vivons dans une société où les gens ont de plus en plus tendance à s’auto-fonder, c’est-à-dire à se prendre eux-mêmes comme référence et de ce fait, à dénouer le fil qui les lie au passé. Et lorsque la mémoire d’un passé se défait, il est très difficile de construire un avenir en commun. En ce sens, la crise peut participer à l’existence du racisme et de l’antisémitisme. 


Malek Boutih : C’est la peur qui transforme les termes « racisme » et « antisémitisme » comme une sorte de fatalité et qui oblige au repli. Or je ne crois pas à la fatalité. L’engagement est à mon sens le refus du fatalisme. Il n’y a pas d’histoire écrite à l’avance.  Et même si l’on traverse une période difficile, celle-ci n’a rien à voir avec le retour des années trente ou du nazisme. C’est une période où l’on a largement les moyens démocratiques et politiques de juguler ces phénomènes, de les confronter au réel et d’en tirer quelque chose de politique. Notre responsabilité est d’être des passeurs d’un futur positif.

Quant à la crise, elle n’excuse ni explique. Elle devient un moment particulier où tout devient plus visible, plus fort, plus percutant. On dit d’ailleurs souvent que l’adolescence est un âge de crise. Or c’est aussi un âge où l’on grandit. Cette crise-là, il faut donc la saisir et l’affronter et non pas la fuir.


A.J.: Qu’attendez-vous de ce débat ? 

M.B. : J’aime être confronté à des lieux qui ne sont pas mes lieux habituels. À titre personnel, je ne suis ni juif ni croyant. Aller dans un lieu de croyance, de conviction et d’échange est important parce qu’il faut aller partout, tout entendre avec des angles un peu différents. Pour moi, ce débat est une chance d’apprendre quelque chose de nouveau. Je suis là aussi pour amener quelque chose, une forme d’optimisme. Dire qu’il y a aussi beaucoup de gens qui partagent les inquiétudes de la communauté juive et représentent le socle du pays de demain. Il n’y a donc pas de raison de s’enfermer ou de penser que le passé va resurgir. J’espère ainsi apporter une dose d’optimisme dans une période où les prophètes de malheur ne manquent pas

G.R.B. : Lorsque le nom de Malek Boutih a été suggéré, j’ai tout de suite saisi la balle au bond. C’est un homme que je ne connaissais pas personnellement mais que j’ai déjà lu et écouté. En amont de son intelligence que j’estime, ses racines culturelles, politiques et sa manière de poser les questions sont très différentes des miennes. Un débat est riche lorsque la manière de poser des questions sur un monde qui nous est commun est très différente. Et si j’utilise sa manière de questionner, cela peut me permettre de trouver de nouvelles ressources dans ma tradition ou dans ma culture. Les réflexions que l’on mène ou auxquelles on aboutit dépendent beaucoup des questions que l’on pose. 


Jeudi 4 avril à 20 heures. 

Réservations en ligne sur www.weezeent.com/conf2019 ou sur place le soir de la conférence

Powered by Edreams Factory