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19 Juin 2019 | 16, Sivan 5779 | Mise à jour le 19/06/2019 à 17h54

Rubrique Israël

Elections en Israël : Démocratie sans répit

(Flash90.)

Le scrutin de liste à la proportionnelle intégrale se déroule sur un seul tour. De plus, le vote est national, puisque les députés ne représentent pas de circonscription spécifique. Seuls ceux qui résident en Israël peuvent voter.

Le 9 avril prochain, les électeurs voteront pour un parti et non pas pour un candidat. Les partis sont départagés en fonction du nombre des suffrages exprimés. Le seuil de représentativité fixé à 3,25% des suffrages équivaut à 4 sièges au parlement. Ce qui signifie qu'un parti qui n'atteint pas ce palier ne peut entrer à la Knesset et que l'on estime à environ 4% la proportion de votes perdus, puisque le report de voix n'existe pas. 47 partis sont en lice, mais seule une douzaine au plus se retrouvera au parlement.

On comprend donc que la lutte est rude, alors que ce sont les partis qui siègeront à la Knesset qui détermineront la formation de la coalition et donc le prochain chef du gouvernement. Etant donné l'enjeu, la campagne se concentre sur la personnalité des deux têtes de listes susceptibles de prendre la conduite de l'exécutif : le Premier ministre sortant et leader du Likoud, Binyamin Netanyahou et l'ancien chef d'état-major et leader de la liste centriste Bleu et Blanc, Benny Gantz. Sachant qu'aucun de ces deux partis n'est en mesure d'obtenir une majorité absolue, tout se joue entre celui des deux qui obtiendra le plus de suffrages et surtout qui sera en mesure de réunir une coalition lui assurant une majorité d'au moins 61 voix à la Knesset. 

Pour Benny Gantz, l'objectif est d'obtenir le plus de suffrages possibles qui lui donnent au moins 5 sièges d'avance sur le Likoud. Pour Binyamin Netanyahou en revanche, même si son parti doit finir la course en tête, il lui faut surtout préserver un bloc des partis de droite fort au parlement. C'est pour cela qu'il avait poussé à des alliances électorales, afin d'éviter une déperdition de voix qui serait fatale à son camp. Contrairement à lui, Benny Gantz sera en mesure, vu son positionnement centriste, de « ratisser » des deux côtés de la carte politique.

L'abondance d'informations savamment orchestrée par les états-majors de campagne et les conseillers en stratégie finit par brouiller les enjeux politiques pour les réduire délibérément à un duel de personnes, sauf dans les partis sectoriels ou à fort positionnement idéologique. Le déplacement de la campagne sur les réseaux sociaux et plateformes numériques permet aux partis de s'affronter en permanence et de tenter de conquérir l'électorat, sans être limités par la régulation du temps d'antenne sur les médias traditionnels. Les journaux, médias électroniques et sites d'infos doivent du coup rivaliser de scoops pour ne pas perdre leur audience. Là, bien plus que les débats de fond, ce sont les informations à sensation et les sondages qui leur fournissent le carburant nécessaire pour maintenir le public en haleine.


Aucun des deux partis n’est en mesure d’obtenir une majorité absolue

Benny Gantz s'est emparé du dossier dit des « sous-marins ». La tête de liste centriste accuse le Premier ministre d'avoir en 2009, donné son accord à l'Allemagne pour la vente de sous-marins à l'Egypte, alors que cet armement pourrait menacer la supériorité stratégique d'Israël. Il accuse encore Binyamin Netanyahou de s'être enrichi personnellement en revendant en 2010 des actions de la société de son cousin, sous-traitant du groupe Thyssen Krupp, qui construit les sous-marins allemands. Le patron du Likoud quant à lui, met son rival en demeure de révéler le contenu de son téléphone portable, qui aurait été piraté par l'Iran. La querelle, fondée de part et d'autre sur des éléments invérifiables, alimente les médias depuis plusieurs semaines.

 Mais cette équation électorale comporte beaucoup plus d'inconnues, dont certaines pourraient se révéler déterminantes. Tout d'abord l'intention du Procureur Général de mettre en examen Binyamin Netanyahou, soupçonné de corruption. Si la procédure n'empêche pas sa réélection, une inculpation serait sûrement difficile à gérer de front avec la conduite de l'exécutif, aussi longtemps que la loi n'accorde pas une immunité temporaire au Premier ministre. Du côté de la liste Bleu et Blanc, la situation n'est pas plus claire. Benny Gantz s'est engagé à un accord de rotation avec son numéro deux Yaïr Lapid à la tête du gouvernement, qu'il lui cèderait au bout de deux ans et demi. Mais l'alliance du patron de Yesh Atid et des trois anciens chefs d'état-major de Tsahal – Gantz, Yaalon et Ashkenazi – est avant tout tactique et comporte plus d'égos que d'idéologie. Ce qui la rend extrêmement fragile.

On est donc en présence de deux scénarios qui pourraient déboucher sur une crise de coalition dans les mois qui suivront le scrutin. Et voilà que la situation sécuritaire, grande oubliée du débat, s'impose de nouveau aux candidats et aux électeurs. Cette drôle de campagne ne doit pas se laisser prendre en otage par le Hamas. C'est pour Israël un défi à sa démocratie, loin devant les fake news et les cyberattaques. 

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