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17 Novembre 2019 | 19, Heshvan 5780 | Mise à jour le 13/11/2019 à 17h43

Rubrique Israël

Guideon Rahat : « L'israélien vote en fonction de son niveau de religiosité et de son identification »

(DR)

Guideon Rahat, professeur au département des sciences politiques de l'Université hébraïque, nous guide dans la vie politique israélienne à quelques jours des législatives.

Actualité juive : Israël est-il toujours une grande démocratie ?

Guideon Rahat : Si on le compare avec de nombreux autres Etats, Israël reste incontestablement démocratique. Mais ces dernières années on assiste à une tendance mondiale de baisse du niveau de démocratie et Israël n'est pas épargné. D'après les indices qui évaluent le niveau de démocratie des Etats, l'Etat hébreu est moins démocratique qu'auparavant. En cause notamment diverses législations, comme la Loi sur les Associations et celle de l'Etat-Nation. La démocratie n'est pas une valeur immuable et il convient de la préserver.  Espérons que cette tendance se renverse !


A.J.: Qu'est-ce qui fondamentalement sépare la gauche de la droite en Israël ?

 G.R. : Principalement la politique extérieure et la sécurité. Et surtout l'avenir des territoires. Que vont-ils devenir ? Peut-on parvenir à un accord avec les Palestiniens ? Il n'y a pas de différence majeure en matière d'économie. Il y a une gauche économique à droite et à gauche et une droite économique à droite et à gauche. Mais ce qui sépare profondément la gauche de la droite est l'identification. La droite s'identifie à l'identité juive, la gauche à l'identité israélienne et civile et le centre est un mélange des deux.


A.J.: Qui représente le centre de l'échiquier politique ?

G.R. : Sans aucun doute Kachol Lavan de Benny Gantz et Yaïr Lapid. D'un côté ils pensent qu'un accord avec Mahmoud Abbas n'est pas réalisable dans un proche avenir et d'un autre ils ne veulent pas voir Israël continuer à contrôler les territoires ad vitam aeternam, ils ne veulent pas non plus que les 2,5 millions de Palestiniens qui y vivent deviennent israéliens dans un Etat qui à force deviendrait binational.


A.J.: Que proposent donc les deux grands partis à ce sujet ?

G.R. : Le Likoud de Netanyahou devrait prôner une solution à un seul Etat du Jourdain à la mer Méditerranée, c’est-à-dire à l'annexion des territoires. Kachol Lavan est plus pragmatique et estime qu'il faut parvenir à un accord. Mais étant donné les divisions intra- palestiniennes ce n'est pas encore pour demain.


A.J.: Comment votent les Israéliens ?

G.R. : Surtout en fonction de leur niveau de religiosité. Même si cela semble schématique c'est avéré. Plus il est religieux plus l'Israélien vote à droite, moins il l'est, plus il vote à gauche. De surcroît, fait incontestable, les sépharades votent plus à droite et les ashkénazes plus à gauche.


A.J.: Le vote est aussi lié à l'identification…

G.R. : Tout à fait. Si vous demandez à un individu dans la rue s'il est juif ou israélien, sa réponse vous dira comment il vote.  S'il répond juif il vote à droite, s'il répond israélien, à gauche et s'il essaie de justifier sa réponse, au centre.


A.J.: Le seuil d'éligibilité risque-t-il d'être le facteur décisif de ces élections ?  

G.R. : Oui, c'est d'ailleurs devenu le sujet central de la campagne. Sur 43 partis qui seront dans la course, seuls 13 devraient l'atteindre. Netanyahou craint que de petits partis à droite ne passent pas le seuil alors qu'il a besoin de toutes les voix. Par exemple, Israel Betenou. Y a-t-il assez de personnes âgées russes, sa base électorale, pour voter pour Avigdor Lieberman ? Moshe Kahlon peine aussi à mobiliser, la Nouvelle Droite de Naftali Bennett et Ayelet Shaked est en perte de vitesse, Pas assez religieux pour les religieux et pas assez laïque pour les laïques. Quant au parti Zeout de Moshe Feiglin, bien que les sondages le disent le vent en poupe, il n'est pas sûr d'atteindre les 3,5% et Arié Derhy le leader de Shass est de moins en moins populaire.


A.J.: C'est au président Reuven Rivlin que reviendra la tâche de nommer celui qui formera le prochain gouvernement. Comment s'y prendra-t-il ?  

G.R. : Il choisira celui qui lui semble le mieux placé pour réussir à former une coalition gouvernementale. Pour ce faire il rencontrera les dirigeants des partis élus qui lui indiqueront leur candidat favori. 


A.J.: Il pourrait donc la confier à Benny Gantz même si le Likoud sort victorieux des urnes ?

G.R. : Oui car ce n'est pas une question du nombre de voix mais du nombre de recommandations pour tel ou tel candidat. Par exemple en 2009 c’est le parti Kadima qui arrive en tête, obtenant un siège de plus que le Likoud. C'est cependant à Binyamin Netanyahou, leader du parti de droite, que le président Shimon Peres charge de former un nouveau gouvernement.


A.J.: Un nouveau Maapa'ch–renversement -, à l'instar de celui de 1977, est-il possible ?

G.R. : Cela dépendra du nombre de partis qui n'atteindront pas le seuil d'éligibilité.  Si chaque parti de droite l'atteint, le camp de Netanyahou sera gagnant. Dans le cas contraire, tout est envisageable. 

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