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22 Avril 2019 | 17, Nisan 5779 | Mise à jour le 17/04/2019 à 17h44

Rubrique Judaïsme

Paracha Tsav 5779 : Une vitalité nouvelle

(Wikipédia)

Comment introduire la passion et l’enthousiasme dans le quotidien marqué par l’habitude et la régularité ? C’est l’une des questions qui surgit à la lecture des premiers versets de notre paracha qui nous rappelle le sacrifice quotidien, offert deux fois par jour dans le Temple. En d’autres termes, comment l’idée de sacrifice, régulièrement renouvelé, peut-elle être animée d’une flamme toujours vivace ? A quelques jours de Pourim, la réponse se trouvera dans la Méguilla (1)

L’idée de sacrifice, telle qu’elle est comprise dans l’esprit du judaïsme, suggère une volonté de se donner à D.ieu de toutes ses forces intérieures puisque le sacrifice sous-entend le dépassement de soi. Dans cette perspective, un homme qui offrait un sacrifice pour racheter ses fautes devait, en parallèle, projeter vers D.ieu tout son être. Mais peut-on avoir en permanence cet état passionnel pour D.ieu ? La question est légitime quand on sait qu’un sacrifice appelé « Tamid » était offert matin et soir dans le Temple. Avec le temps, le feu intérieur qui accompagnait ce sacrifice peut-il être aussi ardent ? Et si la réponse est négative comment faire pour qu’il le reste ?

Un verset de la Méguilla (2) affirme qu'à l'issue de l'histoire de Pourim " Les Juifs accomplirent et acceptèrent…". Le Talmud (3) remarque l'incohérence du verset : on accepte d'abord puis on accomplit ensuite ! Or le texte nous propose une démarche inverse ! Pour résoudre la difficulté, Rabba, l'un des Maîtres du Talmud, propose une petite nuance qui changera tout. Il glisse le mot "déjà" dans le verset qui devient alors : "Les Juifs accomplirent ce qu'ils avaient déjà accepté…." Le Talmud  nous apprend, en effet, que D.ieu, lors du don de la Thora, renversa sur le peuple juif la montagne de Sinaï, comme une marmite et leur dit : " Si vous acceptez la Thora, c'est bien, sinon, là sera votre sépulture ". Autrement dit, la Thora qui avait été donnée sous la contrainte, à Chavouoth (4), fut acceptée de plein gré à Pourim. Comme si Pourim venait achever le processus du don de la Thora en lui donnant une touche finale déterminante !

Cette touche finale est en fait un second jour de Chavouoth, un deuxième don de la Thora mais alors que le premier don de la Thora fut vécu sous la contrainte, le second don (Pourim) sera accepté de plein gré, une acceptation qui se lira dans les quatre mitzvoth de Pourim : la lecture de la Méguilla, l'envoi de mets comestibles à un ami, le don à deux pauvres et le festin. 


Embellir ses actions


Quand un homme agit sous la contrainte, il ne fera juste que ce qu'on lui demande, l'important étant, pour lui, de se rendre quitte de son obligation. Alors qu'un individu agissant de plein gré cherchera par tous les moyens à améliorer et embellir ses actions. C'est cette dernière idée que l'on retrouve à Pourim où la Thora fut acceptée de plein gré par le peuple juif comme on le verra dans ces quatre mitzvoth. Dans la Méguilla déjà qui est lue, non une seule fois, mais deux fois afin de bien marquer ce plus. De même pour l'obligation d'envoyer deux mets comestibles à un ami, qui évoque la mitzva "d'aimer son prochain comme soi-même". Là aussi il y a un dépassement. Ce n’est pas la simple application de la mitzva. Il faut aller au-delà. Il faut en plus chercher un ami pour lui remettre non de l'argent, mais un don qu'il pourra utiliser immédiatement. 

Le même principe s'applique pour la mitzva d'un don à deux pauvres. Nous appliquons chaque jour de l'année cette mitzva mais à Pourim nous allons au-delà : nous n'attendons pas qu'un pauvre se présente à nous. Nous allons à la recherche de la mitzva. Et pas pour un pauvre mais pour deux pauvres ! Quant à la mitzva du festin, là aussi elle dépasse le repas traditionnel d'une fête puisque l'homme a l'obligation de s'y enivrer  jusqu'à ne plus pouvoir distinguer "Béni soit Morde'haï de maudit soit Hamane" au point de s'endormir. Or quand l'homme dort, il perd toute conscience humaine. Une situation qui rappelle celle du don de la Thora au cours de laquelle les Béné Israël voulurent quitter ce monde et rejoindre D.ieu dans un élan intense de spiritualité.


Plus qu’une simple conformité


 Nous avons à présent la réponse à notre question initiale : l’offrande quotidienne peut, malgré sa régularité, garder sa flamme originelle si nous cherchons chaque jour à parfaire cette offrande, si nous ajoutons un plus dans notre pratique du judaïsme en cherchant à mieux comprendre et à mieux faire. D.ieu donne les mitzvoth à pratiquer mais Il n’attend pas de nous une simple conformité à Ses ordres. Il nous demande d’aller plus loin, d’embellir constamment cette pratique et de faire en sorte que la prière et l’étude soient plus profondes et plus belles que celles de la veille. 


Notes

(1)  La Méguilla est le rouleau de parchemin qui nous raconte l’histoire de Pourim

(2) Chap. 9, verset 27.

La Méguilla est l'un des 24 livres du Tana'h (la Bible) qui conte l'histoire de Pourim. 

(3) Traité Chabbath, p.88a

(4) Chavouoth, est la fête du don de la Thora qui se produisit 50 jours après la sortie d'Egypte.

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