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18 Avril 2019 | 13, Nisan 5779 | Mise à jour le 17/04/2019 à 17h44

Rubrique Communauté

Voyage de mémoire de l’AMIF : Elie Buzyn guidant à Auschwitz

Les seules photos de la révolte des Sonderkommandos expliquées (ALAIN AZRIA)

La présence et les témoignages de l’ancien déporté ont épaissi l’immensité de la réalité découverte par la délégation conduite par l’AMIF le dimanche 24 mars à Auschwitz.

La parole du témoin est irremplaçable. Elle ne ressemble à aucune autre et retient toujours plus l’attention que les récits historiques globaux, nous avait dit Elie Buzyn à la sortie de son premier livre J’avais 15 ans en 2018. A 89 ans, l’ancien déporté n’en finit pas de témoigner et à deux semaines de la parution de sa Lettre aux jeunes générations (Alisio), il est revenu à Auschwitz pour la seconde fois en quelques mois - c’est « exceptionnel » - pour guider le voyage de l’Association des médecins israélites de France.  

Dans la délégation, le président et des membres du Conseil de l’Ordre des médecins de Paris, des infirmières et des étudiants en médecine. « Ce voyage de sensibilisation du monde médical s’inscrit dans notre devoir de mémoire en tant que juif et en tant que médecin dans une époque où l’antisémitisme et la négation de l’Autre comme être humain sévissent, ce voyage permet de repenser le rôle du praticien médical dans le devoir de mémoire », explique Jonathan Taïeb, le secrétaire général de l’association.

Avec les guides du Mémorial de la Shoah, Elie Buzyn et Bruno Halioua tiendront la visite sous le spectre de la médecine dans l’enfer d’Auschwitz. De la rampe de sélection à Auschwitz I puis Auschwitz II (Birkenau), le président d’honneur et le président de l’AMIF diront la déshumanisation, les expérimentations médicales et les conditions d’extermination. Elie Buzyn rappellera qu’il tient sa survie à la sortie de son « wagon maudit » d’un « chuchotement » d’un déporté lui conseillant de se grandir et de mentir sur son âge. « On ne m’a pas cru alors on m’a donné un grand coup de poing à la poitrine et il se trouve que je suis resté debout ».  

   Ces médecins, rappellera Bruno Halioua, « joueront un rôle pivot à Auschwitz parce que ce sont eux et eux seuls qui seront chargés de faire la sélection. Ils exigeront de la faire parce qu’ils disaient qu’eux seuls étaient capables de voir en un coup d’œil si une personne était en bonne santé ou pas ». « Ils décidaient du droit de vie ou de mort avec un pouce. Le pouce à gauche c’était la mort et le pouce à droite, le travail », complètera Elie Buzyn. Acquiesçant du visage, il écoutera silencieux et tête baissée les explications des guides. Le machiavélisme des médecins, leur idéologie scientiste, les expériences de stérilisation et la politique eugéniste et raciale des nazis. Il ajoutera leur obsession du comptage. « Voilà pour le comptage », lâchera-t-il après un long récit.  


« On m’a donné un grand coup de poing à la poitrine et je suis resté debout »


A mesure que la visite se poursuit, Elie Buzyn expliquera. Les chambres à gaz, les fours crématoires. Jusqu’à la cérémonie religieuse devant le lac des cendres. Il se relâchera en accompagnant les yeux rougis le rabbin Ariel Messas prononçant la prière El Maalé Rahamim et le Kaddish. Bruno Halioua sortira la délégation du silence. « Regardez bien les arbres autour de vous. Dites-vous que c’est probablement la dernière image du ciel et de la vie qui a été vue par ce million de personnes. Soyez là pour transmettre, chacun de vous doit tirer ce qu’il doit ». 

« Six millions… C’est un chiffre difficile à concevoir », terminera Elie Buzyn. « On a l’habitude d’allumer six bougies pour les six millions de victimes mais peut-on couper une bougie en un million de morceaux, ce n’est pas possible. Alors on fait ce qu’on peut. On commémore, on y pense de façon globale et on laisse des pierres. Chez les juifs, quand on se souvient, on ne met pas de fleurs car les fleurs sont périssables. Chez les juifs, on met des pierres ». 


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