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17 Juillet 2019 | 14, Tammuz 5779 | Mise à jour le 12/07/2019 à 14h19

Rubrique Communauté

Yom Hashoah 2019 : Le passage de l’histoire au présent

(DR)

Pour l’historien Serge Klarsfeld, rien n’arrête la course du temps, pas même, ou si peu, les leçons de l’histoire et la transmission de la mémoire pourtant essentielles et actuelles.

Il sera de toutes les commémorations avec ses compagnons des Fils et Filles avec « la même conscience du devoir à accomplir », lui qui avec le Mémorial de la Déportation des Juifs de France a réalisé l’entreprise mémorielle la plus impressionnante qui soit en redonnant une identité, un visage et un nom aux 76 000 juifs déportés de France. Et il ne suffit pas des 24 heures de la lecture des noms ininterrompue, événement culminant et éprouvant des cérémonies de Yom Hashoah en France, pour arriver à bout de cette litanie des noms. Cette lecture, initiée par le rabbin Gabriel Farhi il y a presque trente ans, s’effectue selon un cycle de deux à trois ans pour que le nom de toutes les victimes soit prononcé.   

   Serge Klarsfeld sera aux commémorations et militera « jusqu’à (son) dernier souffle. Même sans savoir ce qui adviendra ». Car sur l’avenir de la mémoire et la transmission de l’histoire de la Shoah aux jeunes générations alors que les derniers témoins disparaissent, il est très pessimiste. « Il faut se battre comme des myopes sans savoir ce qui arrivera dans le futur et sans savoir ce qui adviendra après notre disparition », dit-il.   « La génération des enfants de déportés qui ont connu la période tragique, mourront sans savoir quel sera cet avenir. Pendant leur vie, ils se seront battus pour que le devoir de mémoire soit inscrit et que ceux qui ont disparu laissent une trace. Et ils ont laissé des traces. Le travail mémoriel effectué pendant ces dernières décennies a été extraordinaire mais quelle sera son efficacité contre les discours de haine, il sera relativement faible, je crois ». 

   Et d’énumérer le « bilan formidable » des lieux de mémoire et des centre de documentation, du Mémorial de la Shoah à Paris, ceux de Washington et Yad Vashem, à Jérusalem. Mais « cela ne retiendra pas les masses humaines à la recherche du bonheur qui, quand elles sont mécontentes, cherchent le bonheur dans les extrêmes qui créent de faux espoirs ». Le voilà devenant sombre sur la force de la mémoire malgré ce qu’elle contient d’appels contre les haines, les préjugés et le rejet de l’autre.

   « Je suis inquiet du contexte politique actuel avec la montée des populismes et des nationalismes et la volonté de rompre avec l’Europe pour certains pays. Regardez l’Angleterre qui est en train de quitter l’Europe plus ou moins à regret pour la moitié de ses citoyens. Quand il y a une crise politique marquée par la montée des populismes et en même temps, une faible croissance économique et des revendications sociales importantes, les questions de mémoire s’effacent très rapidement. La mémoire n’est pas un barrage, on la balaie comme de la poussière et on va de l’avant. La meilleure preuve, c’est 1918. Après la Première Guerre mondiale et ses millions de morts en France et en Allemagne, on se disait que c’était la der des der mais on a recommencé vingt ans plus tard et parmi eux, la génération qui avait fait la guerre. Ça montre bien que la mémoire n’a pas d’influence pour arrêter les crises ». 

   Sa génération, poursuit-il, « laisse un très grand bilan avec des dizaines de milliers de livres et des milliers de thèses écrites sur la Shoah… mais quand les gens ont envie de faire la guerre, ils la font sans tenir compte du passé. C’est dans la nature de l’homme d’être en proie aux passions primaires ». Alors demain ? « Il faut bien sûr toujours continuer à agir et à passer des messages ». L’avocat prépare une pleine page pour le Figaro comme il en publie régulièrement pour rappeler que « les régimes populistes et extrémistes de droite comme de gauche apportent la misère, les barbelés et Auschwitz. Nous disons aux gens que c’est la leçon de ceux qui ont vécu le XXe siècle dans sa moitié tragique, et ça ne peut que recommencer si on n’agit pas. Aucun de ces régimes, aucun, n’a porté bonheur aux gens ».  

   Reste pour aujourd’hui et demain, la vigilance. Nom commun singulier disant la surveillance attentive et sans défaillance. Mais également, et aussi à propos, l’état de l’organisme conditionnant la capacité de réaction. 


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