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19 Août 2019 | 18, Av 5779 | Mise à jour le 08/08/2019 à 12h19

Rubrique France/Politique

Valérie Pécresse : « Contre l’antisémitisme, nous ne pouvons pas rester les bras croisés »

(DR)

Lors de sa séance plénière du mercredi 20 mars, le Conseil régional d’Ile-de-France a adopté à l’unanimité un vœu dénonçant la montée de l’antisémitisme. Valérie Pécresse en est à l’initiative et explique le sens de cette démarche.

Actualité Juive : Pour quelles raisons avez-vous présenté au Conseil régional ce vœu contre la montée de l’antisémitisme ?

Valérie Pécresse : L’année passée a une nouvelle fois été marquée par une recrudescence des actes antisémites, dont le meurtre intolérable de Mireille Knoll qui nous a tous endeuillés. Depuis des années, le conflit israélo-palestinien s’est importé dans nos banlieues et nos quartiers populaires de l’Est parisien où, mêlé aux stéréotypes de l’antisémitisme, il a attisé la haine de l’autre et les violences de toutes sortes. Face à cette banalisation de l’antisémitisme au quotidien dans certains territoires, nous assistons à une véritable « Alyah intérieure » avec des familles qui migrent de l’Est à l’Ouest de l’Ile-de-France. Cette situation, nous ne pouvons l’accepter, ni rester les bras croisés. C’est tout l’objectif de notre vœu, que je suis fière d’avoir fait adopter à l’unanimité du Conseil régional. Quand un francilien juif est agressé, insulté, dépouillé, assassiné, c’est toute l’Ile-de-France que l’on agresse, que l’on insulte, que l’on dépouille et que l’on assassine. Se rassembler contre l’antisémitisme, c’est la première étape qui doit être suivie d’actions plus vigoureuses dans les espaces publics, sur les réseaux sociaux mais aussi dans nos écoles. 


A.J.: Dans ce texte, vous rappelez que la haine antisémite s’est concentrée et a tué ces quinze dernières années sur le territoire francilien. Par quelles initiatives et avec quels moyens la Région peut-elle lutter contre ce fléau ? 

V.P. : La Région Ile-de-France a en effet été dramatiquement endeuillée à plusieurs reprises : Ilan Halimi, les victimes de l’attentat terroriste de l’hyper-cacher, Sarah Halimi, Mireille Knoll. Face au terrorisme islamiste, la région a initié une action pédagogique « des grands témoins contre le terrorisme » pour faire témoigner devant les lycéens, les familles des victimes de cette barbarie. Les parrains de cette initiative sont Latifa Ibn Ziaten et Samuel Sandler, dont les enfants et les petits-enfants ont été assassinés par Mohammed Merah à Toulouse en 2012. Ils font toucher du doigt à nos jeunes la souffrance que génère le terrorisme en parlant à leur coeur et pas seulement à leur intelligence. En parallèle, la Région est partenaire du Mémorial de la Shoah et nous emmenons avec lui, 500 élèves de la région chaque année à Auschwitz. Cette année, j’ai accompagné moi-même un voyage avec le président du Consistoire Joël Mergui et du CRIF Francis Kalifat. Une délégation du Conseil français du culte musulman nous a accompagnés pour la première fois. Le voyage à Auschwitz, qui fait prendre la mesure de l’inhumanité la plus absolue de l’antisémitisme nazi, n’est pas un voyage dont on rentre indemne. Comme le disait Elie Wiesel « Connaître son histoire est indispensable si l’on veut éviter qu’elle se répète ». Les lycéens qui nous accompagnaient n’étaient plus les mêmes au retour…


A.J.: Après son agression en marge d’un cortège des Gilets jaunes, le philosophe Alain Finkielkraut nous avait confié que l’antisémitisme se paraît désormais du vernis de l’antiracisme. Partagez-vous son analyse ? 

V.P. : J’ai immédiatement assuré Alain Finkielkraut de mon soutien. Comme lui, j’ai ressenti une profonde haine antisémite dans l’agression dont il a fait l’objet, par-delà l’alibi de l’antisionisme invoqué par les militants d’extrême-gauche. 


A.J.: L’élargissement de la définition de l’antisémitisme sur la base du texte de l’IHRA annoncé par le président Macron au dernier dîner du CRIF vous paraît-il à la mesure des enjeux ?

V.P. : Il faut distinguer deux choses : oui la liberté d’expression autorise chacun à critiquer la politique de l’Etat d’Israël, comme celle de tous les autres Etats. Mais nous voyons de plus en plus l’antisionisme masquer un antisémitisme qui ne veut pas dire son nom. Il ne faut pas faire preuve de naïveté, ni regarder ailleurs, et cette définition élargie de l’antisémitisme est clairement un pas dans la bonne direction. 


A.J.: A votre arrivée dans la Région en 2015, vous aviez fait voter un vœu interdisant l’attribution de   subventions à des associations appelant au boycott d’Israël. Ce vœu a-t-il été suivi d’effets ? 

V.P. : Bien sûr. J’ai fait voter ce vœu quand je me suis aperçue que, sous la précédente mandature, sous l’influence de certains réseaux de gauche, la région subventionnait des associations appelant ouvertement au boycott d’Israël. Ce soutien régional ne pouvait pas durer. La cour de cassation a déclaré le boycott d’Israël contraire aux lois de la République. Il était injustifiable que des associations ne respectant pas la loi puissent être financées par la région. Nous sommes la première région à avoir gravé ce principe dans le marbre de nos délibérations. 


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