Default profile photo

18 Avril 2019 | 13, Nisan 5779 | Mise à jour le 17/04/2019 à 17h44

Rubrique Judaïsme

Alain Goldmann : « Le vin est le symbole de la réussite de l’homme »

(DR)

A l’approche des fêtes de Pessah, monsieur le grand rabbin Alain Goldmann, grand rabbin du Consistoire Israélite de Paris, ancien grand rabbin de Paris de 1980 à 1994, nous rappelle l’historique de la production du vin cacher en France. Dégustateur averti, il apprécie le bon vin !

Actualité Juive : Pouvez-vous nous faire un historique de la production du vin cacher en France ?

Alain Goldmann : Au début du siècle, le vin était surtout produit de façon artisanale, dans le milieu familial. Ce n’est qu’à partir de 1948 que les premières productions de vin cacher ont été réalisées, notamment en Alsace, berceau des vins cacher. Le Dayan de Strasbourg d’après-guerre, Rav David Abraham Horowitz, sous la direction du grand rabbin Deutsch, a mis en place les premières productions à Goxwiller (marque Koenig, maintenant exploitée par un autre vigneron) et à Sigolsheim. Le Rav Seckbach, référence incontournable du vin Cacher, a lui aussi fortement développé le secteur. Depuis les régions historiquement productrices de vin en Algérie, au Maroc et en Tunisie, un savoir-faire est arrivé en France dès le milieu des années 60 avec la population d’Afrique du Nord. Notamment les vins Habib, originaires de Tunisie, ayant eu du vin dans la capitale dans les chais de Bercy. Dans le Bordelais, la voie a été ouverte par M.David Berdugo, de la marque Baron de Lestac, initiateur des premiers crus bordelais (ndlr : Château Lamothe-Cissac). Il a été rapidement rejoint par les deux principaux producteurs de vins cacher en France venus des régions viticoles d’Afrique du Nord : il s’agit des bien connus Moïse Taieb et Sieva Bokobsa, qui ont développé un grand nombre de références, notamment dans le Bordelais, la Provence, le Minervois et l’Hérault. Au niveau historique, citons également M.Charles Loinger, frère des grands résistants Georges et Fanny Loinger,  qui a fait ses études agronomiques à Montpellier et qui a fortement influencé la viticulture en Israël.


A.J.: Vous avez vous-même surveillé la production de vin cacher ; quels sont vos impressions? Quelles sont les difficultés rencontrées ?

A.G. : J’ai assuré en effet la surveillance d’un premier Côte de Bordeaux et d’un Jurançon. Toutes les manipulations ont été réalisées par mes soins. En effet, d’après la Halacha, seul un juif pratiquant peut intervenir sur les cuves. Le personnel de la cave peut donner des instructions, mais en aucun cas participer aux actions sur le vin, comme faire un ouillage (remplissage à ras bord d’une cuve), un soutirage ou un pompage du vin d’une cuve à une autre par exemple. Le niveau de responsabilité est très élevé et la vigilance doit être de tous les instants.


A.J.: D’après nos maîtres, le vin tient une place prépondérante dans la Torah.

 A.G. : Ce n’est pas un hasard si Rachi, le plus grand commentateur de la Torah était vigneron à Troyes en Champagne! Le vin est le symbole de la réussite de l’Homme. A l’époque du Temple, seuls les Cohanim avaient la compétence pour produire le vin servant aux libations sur l’autel lors des sacrifices quotidiens. Mais attention, mal employé, le vin est source de déchéance pour l’humanité.  Le Traité Avoda Zara détaille les risques liés au contact avec les païens idolâtres car le vin est source de rapprochement entre les hommes (dont nos sages craignent qu’il favorise les mariages mixtes). A contrario, le raisin est choisi pour être l’une des 7 espèces de la terre fertile d’Israël et la vigne est magnifiée dans le psaume 128 qui compare la femme à une vigne féconde.


« Les Habad ont été les premiers à mettre en place ce degré supérieur de cacherout »


A.J.: Une nouvelle tendance se développe dans la cacherout : des vins entièrement produits sans qu’un non-juif voie le vin. Qu’en pensez-vous ?

A.G. : Il n’y a pas de mention dans la Torah stipulant que la production d’un vin doit se faire à l’abri du regard d’un non-juif. Toutefois cette tendance prend de l’ampleur, surtout en Israël. Les Habad ont été les premiers à mettre en place ce degré supérieur de cacherout, probablement en se basant sur des instructions du Rabbi de Loubavitch. C’est un niveau de protection supplémentaire.


A.J.: Concernant la qualité des vins, peut-on conclure à une amélioration notoire ? 

A.G. : Assurément. J’ai vu de grands progrès se faire dans la qualité des vins. D’une part, les équipements de cave se sont perfectionnés et les équipes de surveillants rabbiniques sont de mieux en mieux formées. D’autre part, l’exigence des consommateurs et la concurrence impliquent de progresser. Quand on se souvient de l’offre restreinte d’il y a  30 ou 40 ans, on ne peut qu’être satisfait de voir autant de références de vins cacher, des Grands Crus de toutes les régions, disponibles sur le marché avec une cacherout de haut niveau qui s’est maintenue en accord avec la Halacha ! 


Toute reproduction, totale ou partielle, de ce site ou d’un ou de plusieurs de ses composants, par quelque procédé que ce soit, sans autorisation expresse de son créateur, et interdite, (…) une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Powered by Edreams Factory