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26 Juin 2019 | 23, Sivan 5779 | Mise à jour le 24/06/2019 à 14h53

Rubrique Culture/Télé

Marc Uzan : « A poids égal aucune matière (pas même l’or) n’atteint le prix des timbres et des pièces anciennes de collections »

Ghetto de Varsovie 4 Juin 1942 cachet de censure et du judenrat en haut à gauche. Le Mont du Temple année 1929.

Marc Uzan est un expert philateliste, de collections, cartes postales, monnaies d’échange. Il exerce depuis plus de 30 ans, et est reconnu par la préstigieuse salle des ventes Drouot. Au fil de ses années de fonction, de nombreuses anecdoctes ont pu attirer son attention. En marge de Yom Haatsmaout, on a tenu à vous faire profiter des trouvailles et documents inédits rapportés, datant notament de la Seconde Guerre mondiale ou de l’Indépendance. Rencontre avec un homme de terrain.

Actualité Juive : Comment a débuté votre aventure au sein de cette profession ?

Marc Uzan : Décembre 1942, La Goulette, Tunisie. L’occupation nazie vient de commencer. Mon père âgé d’une dizaine d’années, marche dans les rues de sa ville, quand il est contraint de se réfugier dans une maison abandonnée, afin d’éviter les bombes perdues des combats aériens. A sa grande surprise, il y trouve un énorme sac contenant des cartes postales neuves et vierges. Sans crainte aucune, il se rend à proximité de la garnison allemande et crie « Postkart…! Postkart… ! »

En moins d’une heure, il écoule l’intégralité. Les sous récupérés permettront à lui et sa famille jusqu’à la libération en mai 43 de ne pas souffrir du rationnement. 

Ce récit absolument véridique m’a fortement influencé. Dès l’âge de 9 ans, je me mets à garder les enveloppes et les cartes postales timbrées. Par la suite, je découvre le marché aux timbres parisien, les collectionneurs, les catalogues et tout un monde parallèle, particulier et…fascinant. 

Plus tard, je découvre aussi les professionnels et experts et la célèbre salle des ventes Drouot. Après des études de droit, je crée ma première société en 1992, devient Expert près la Chambre Nationale en 1994 et travaille aujourd’hui avec les Etudes et les commissaires-priseurs Paris et province dont la maison Ader / Nordmann dont je suis le consultant attitré pour la Philatélie. 


Quelles sont les motivations des démarches de vos clients ?

M.U. : Au départ, le plaisir tout simplement. Celui de la recherche et de la satisfaction quand le collectionneur trouve enfin une pièce peu courante. Mais aussi quand on « comprend » la finesse du système : par exemple le 1er timbre du monde (le fameux Black Penny de Grande Bretagne), bien que  le plus ancien (1840)  n’est pas le plus cher. Il se vend entre 20 et 200? suivant sa qualité mais si il est oblitéré du 1er jour de son utilisation soit du 6 mai 1840, il se vendra jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros. Tant que les sommes investies restent réduites, on ne parle pas d’investissement. A partir de certains montants  on passe dans la catégorie placement,  atypique certes, mais alternatif et qui peut s’intégrer à son patrimoine avec une plus-value bien supérieure à la caisse d’épargne. De plus ces produits bénéficient de fiscalité plus qu’avantageuse. 

Enfin, n’oublions pas qu’à poids égal aucune matière (pas même l’or) n’atteint le prix des timbres et des pièces anciennes de collections dont les plus chères ont réalisées près de 10 millions de dollars aux enchères ces dernières années…


Nous sommes à l’approche de Yom Haatsmaout vous avez tenu à nous rapporter quelques pièces d’exception, racontez-nous leurs particularités

M.U. : Oui effectivement et Yom Ha Shoah a précédé… J’ai ici un dollar de propagande des années 20 circulant en France, qui utilise sous forme de tract antisémite tous les poncifs sur les juifs et l’argent. Cela aboutira hélas à ce que l’on sait, comme en témoigne cet émouvant entier postal du Ghetto de Varsovie adressé à  Paris en date du 4 juin 1942 (soit un mois avant le début de la liquidation) avec le cachet de censure nazi et celui aussi en haut à gauche du Judenrat (Conseil juif crée par les Allemands) qui servait d’intermédiaire entre les Allemands et nos malheureux coreligionnaires.


« Ces produits bénéficient de fiscalité plus qu'avantageuse »


Les cartes postales et les timbres- qui servent de dateurs - permettent aussi d’apporter une contribution au débat historique. 

Pour Yom Haatsmaout, ces cartes démontrent que le slogan sioniste « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » n’est pas vain! (voir le texte « je ne puis comprendre que ceci fut  la terre promise aux Hébreux, pays de miel et de lait ») et sur cette autre carte, la légende manuscrite, « il n y a que les chameaux qui habitent ce pays »  et les vues quasi désertiques sur les photos d’autres cartes. Enfin, cette vue de 1929 indique bien le « mont du Temple Jérusalem » et non une autre dénomination…


Quelques conseils à adresser aux lecteurs d’Actualité Juive ? Quelles sont les choses a savoir ou à éviter ?

M.U. : Il faut toujours être très prudent. Si vous êtes vendeur, adressez-vous à de vrais professionnels, qui eux seuls et leurs propres calculs détermineront la valeur de vos collections.  

Si vous êtes acheteur et pour votre plaisir, alors c’est à la discrétion de chacun selon ses moyens. 

Si votre espoir est plutôt de générer des profits, souvenez-vous qu’il vaut toujours mieux avoir un timbre à 1000euros que mille timbres à 1euro, mais surtout assurez-vous que ce timbre de grande valeur soit bien authentique et délivré avec certificat photo couleur d’un expert compétent et reconnu. !! De plus une collection approfondie sur une période, un pays ou un thème donné, se revendra toujours plus chère qu’un ensemble disparate. 

Enfin, il ne faut pas jeter l’opprobre sur des exemplaires rares mais à l’état 2e choix ou restauré, qui se vendront très bien et qui seront tout aussi commercialisables à leurs justes prix.


Pour tous renseignements : Expértises Philatélie 06.62.19.46.71


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