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06 Décembre 2019 | 8, Kislev 5780 | Mise à jour le 04/12/2019 à 18h11

Rubrique France/Politique

Moshe Kantor : « Nous devons lutter de toutes nos forces contre la montée fulgurante des extrêmes »

(DR)

Dans un contexte de montée dramatique de l’antisémitisme et inquiet par une victoire potentielle des extrêmes au sein des pays membres de l’Union, le président du Congrès Juif Européen appelle à un sursaut.

Actualité Juive: Quels liens le CJE entretient-il avec le Parlement européen et comment appréhendez-vous le prochain scrutin ?

Moshe Kantor : Le Congrès Juif Européen qui représente 42 communautés juives au niveau européen compte le Parlement européen parmi ses partenaires naturels. Nous avons notamment mis sur pied un groupe de travail contre l’antisémitisme qui regroupe près de 100 parlementaires. Le CJE travaille sans relâche avec leurs membres pour susciter une prise de conscience et appeler les institutions européennes à agir concrètement contre ce fléau. Ce groupe de travail a notamment déposé le texte de la première Résolution contre l’antisémitisme adoptée par le Parlement européen à une très large majorité en juin 2017. 

Nous organisons par ailleurs depuis près de 10 ans la cérémonie annuelle de commémoration de la Shoah en collaboration et en présence du président du Parlement. Cet événement est aujourd’hui institutionnalisé grâce à notre initiative. Bien entendu, le CJE suit avec une grande attention les récents développements au sein des pays membres de l’Union et craint malheureusement une victoire importante des extrêmes.


A.J.: Le dernier rapport du centre Kantor révèle « un sentiment d’urgence croissant parmi les communautés juives », en particulier en France et en Allemagne. L’année 2018 a-t-elle été dramatiquement historique ? 

M.K. : Malheureusement, ce sentiment d’urgence ne date pas de 2018. La situation pour les juifs d’Europe est préoccupante depuis longtemps. Ce qui a marqué 2018, c’est l’attentat de Pittsburgh qui a totalement choqué le monde car les Etats-Unis apparaissaient jusqu’alors comme un sanctuaire pour les juifs. C’est aux Etats-Unis que le plus grand nombre de juifs ont été assassinés en une année depuis des décennies. Nous comprenons aujourd’hui avec le récent attentat de San Diego que les Etats-Unis devront adopter le standard européen quant à la sécurisation des institutions et bâtiments juifs. 2018 a également été l’année de l’assassinat ignoble de Mireille Knoll en plein cœur de Paris. A ces deux égards, 2018 fut dramatiquement historique, oui.  


A.J.: Cette situation qui menace l’avenir des juifs en Europe mais aussi les démocraties, est-elle irréversible ?  

M.K. : En effet, l’antisémitisme ne menace pas uniquement les juifs mais la société tout entière. Je ne pense pas que cette situation soit irréversible. Nous devons mobiliser toutes les forces démocratiques pour renforcer les partis politiques du centre, qui ont été affaiblis ces dernières années. Nos dirigeants politiques doivent avoir le courage de s’attaquer de front à l’ensemble des problèmes que nos sociétés rencontrent et ne pas laisser les extrêmes s’emparer des sujets difficiles à leur profit. Les partis d’extrême droite ou d’extrême gauche ont pour objectif ultime de prendre le pouvoir. Le danger repose là et il convient de lutter de toutes nos forces contre cette montée fulgurante. 



« Guérir de cette haine »


A.J.: La parole antisémite notamment sur Internet, s’est totalement libérée. Avec quels moyens peut-on lutter ?  

M.K. : Oui effectivement. La boîte de Pandore est grande ouverte. L’antisémitisme s’est généralisé et il est souvent accepté par la société civile. Cela ressort clairement de toutes les récentes enquêtes (FRA, CNN, Eurobaromètre). L’anonymat et l’impunité sur les réseaux sociaux représentent un défi majeur. La multiplication des messages haineux incite au passage à l’acte à l’encontre des juifs ou d’autres minorités. Les médias traditionnels peuvent également jouer un rôle dangereux en incitant à la haine antijuive et anti-israélienne. Je condamne notamment l’usage de caricatures dignes des années 1930. Les médias, y compris les géants d’Internet, doivent se responsabiliser et aider la société à guérir de cette haine absurde et néfaste pour tous. 


A.J.: L’Europe a été la terre du plus grand crime génocidaire que le monde n’ait jamais connu et après-guerre, une promesse de « Plus jamais ça ». Comment a-t-elle à ce point perdu la mémoire ?  

M.K. : On a cru pendant près de 70 ans que l’Europe était vaccinée au son du  « Plus jamais ça ». Maintenant, force est de constater que ce vaccin ne fonctionne plus. Les négationnistes ont la cote et nos derniers survivants nous quittent. Malheureusement, les valeurs éthiques ne s’accumulent pas avec les générations. Il faut absolument enseigner ces valeurs morales de respect et de tolérance dès le plus jeune âge et s’assurer que la Shoah, qui fait partie intégrante de l’histoire européenne, soit enseignée dans toutes les écoles. Il ne faut jamais céder à la pression de ceux qui souhaitent réécrire cette histoire. Nous le devons à la mémoire de nos 6 millions de victimes et pour prévenir de nouvelles catastrophes. 


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