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22 Août 2019 | 21, Av 5779 | Mise à jour le 08/08/2019 à 12h19

Rubrique Israël

Israël et la Pologne sous tension

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki (DR)

Escalade des tensions entre Varsovie et Jérusalem. En cause, le refus du 1er ministre polonais de restituer les biens privés spoliés aux Juifs pendant la deuxième Guerre mondiale. Un affront aux victimes et à leurs héritiers dénonce-t-on du côté d'Israël.

Le 1er ministre polonais Mateusz Morawiecki vient sans doute d'enfoncer l'un des derniers clous du cercueil des relations entre Varsovie et Jérusalem. "Nous ne verserons aucune indemnité aux survivants de l'Holocauste, ce serait une victoire posthume pour Hitler" a-t-il osé déclarer dimanche dernier, sous les vifs applaudissements, lors d'un meeting à Lodz en vue des élections européennes. Des élections qui justement ont fait réapparaitre la question des restitutions. Mateusz Morawiecki avait déjà affirmé en début du mois que les Polonais avaient été les premières victimes de la deuxième Guerre mondiale et qu'il ne plierait en aucun cas sous les pressions américaines. "Si une demande de compensation officielle de Washington nous arrivait, -elle pourrait atteindre les 300 milliards de $- elle serait immédiatement retransférée à Berlin". 

   Référence ici à la Loi américaine 447, adoptée l'année dernière par le Congrès qui permet de garantir aux survivants de la deuxième Guerre mondiale – ou leurs héritiers – d'être indemnisés pour leurs avoirs spoliés, si cela n’a pas déjà été fait. Oblige les pays européens concernés à restituer aux descendants des Juifs exterminés les biens volés durant et après la Shoah ou à les donner dans le cas où il n'y a pas d'héritiers à des rescapés ayant besoin d'une assistance financière ou des organisations qui perpétuent la mémoire de la Shoah. Elle contraint aussi le département d'État américain à informer le Congrès des progrès réalisés par les 46 pays signataires en 2009 de la déclaration de Terezin en matière de restitution de biens artistiques ou immobiliers et d'avoirs confisqués. Si la majorité des pays ont fait d'importants progrès en la matière plusieurs pays d'Europe centrale et de l'Est, Pologne en tête, trainent des pieds. La Pologne est d'ailleurs le seul pays d'Europe n'ayant pas adopté de législation nationale complète à ce sujet. Varsovie a entamé des procédures de restitution des biens communautaires. Cimetières ou synagogues. Mais n'a aucunement l'intention de restituer les biens privés dont beaucoup ont été nationalisés sous le régime communiste. Le gouvernement polonais actuel est pris en étau. Difficile pour lui de s'opposer à Washington car ouvertement allié aux Etats-Unis.  Difficile aussi de s'y rallier sans contrarier les petits partis extrémistes qui soutiennent le parti Droit et Justice du 1er ministre et qui sont vivement opposés à la restitution. En fait la Pologne persiste et signe à ne pas faire son mea-culpa, à se faire passer pour la première victime des nazis et nier toute collaboration avec le IIIème Reich. Alors qu'il est indéniable, aux dires des historiens, des rescapés et des témoins, que nombreux furent les Polonais à collaborer, à spolier des biens juifs et à participer directement aux crimes de la Shoah. Mais restituer des biens privés reviendrait tacitement à reconnaître le contraire. 


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