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14 Décembre 2019 | 16, Kislev 5780 | Mise à jour le 13/12/2019 à 11h26

Rubrique Judaïsme

Paracha Emor : Changer sa personnalité

Compter les 49 jours qui séparent Pessa’h de Chavouoth n’est pas qu’un simple problème arithmétique. Nos Maîtres expliquent que ce périple était aussi une démarche spirituelle durant laquelle les enfants d’Israël gravirent les 49 degrés qui composent le système de la sainteté (2) pour arriver, la veille de Chavouoth, au degré suprême. Quand, en effet, ils se trouvaient en Egypte, ils ne pouvaient pas recevoir la Thora immédiatement. Il fallait, au préalable, qu’ils se débarrassent du Mal qui était en eux. Ce travail spirituel prit 49 jours, durant lesquels, ils raffinèrent leurs traits de caractère afin de devenir un réceptacle qui puisse contenir et intérioriser le message de la Thora.

Avec la Thora

Que signifie « intérioriser le message de la Thora » ? D’aucuns pensent qu’il s’agit d’un problème de connaissances, une donnée quantitative qui consiste à emmagasiner des textes et des textes. Ce n’est pas ce que l’on exige de chacun d’entre nous. Recevoir la Thora signifie, avant toute chose, éradiquer toute forme de grossièreté qui conduit l’homme à l’arrogance, l’orgueil, la cruauté, la jalousie, la convoitise et autres mesquineries de la nature humaine. (C’est ce qui explique, d’ailleurs, que l’on offrait de la farine d’orge au Temple le lendemain du premier jour de Pessa’h. L’orge étant une céréale destinée à l’animal, il faut voir là une allusion à l’effort à fournir dans le but d’asservir notre âme animale). Pour cette entreprise monumentale, on comprend aisément que la Thora n’est pas une fin en soi mais le moyen qui nous permet la réussite dans cette voie. Ce raffinement de notre dimension physique permet alors d’être un réceptacle pour que la spiritualité s’installe en nous. Toutefois, une question légitime peut se poser : ce travail est, en fait, d’une ampleur monumentale et il n’est pas évident d’y parvenir avec succès. Dès lors, comment la Thora peut-elle exiger de nous la perfection ?  


Séparé des nations

Notre réponse se trouve dans une contradiction entre deux versets (3) de notre paracha. Le premier affirme que l’on doit compter sept semaines (entre Pessa’h et Chavouoth) ce qui donne un compte de 49 jours. Puis le verset suivant évoque l’obligation de compter 50 jours ! En fait, les 49 jours qui correspondent aux 49 degrés de la sainteté font référence à un travail humain alors que 50 nous renvoie à la dimension (divine) qui dépasse l’humain et qui est le jour de Chavouoth. Ce jour est un cadeau du Créateur, après nos efforts pour raffiner notre personnalité. Cette perfection est impossible à atteindre mais D.ieu nous la donne avec la Thora comme si nous avions compté jusqu’à 50 !

Il est possible, à présent, de comprendre pourquoi notre paracha débute par les lois relatives aux Cohanim. Les Cohanim étaient les hommes les plus saints du peuple ou, tout au moins, ceux parmi le peuple qui devaient se préserver de toute forme d’impureté. Il est vrai que cette spécificité de sainteté était la définition même des Cohanim : par nature un Cohen est différent et séparé du reste de peuple. Mais dans une perspective plus large, le peuple juif est aussi appelé « un royaume de Cohanim » (4). Et là, où se marque sa distinction avec les autres peuples ? C’est notre paracha qui nous l’apprend : à la différence des nations, le peuple juif a l’obligation quotidienne de travailler sa nature pour évacuer de son cœur tous les traits de caractère défectueux. Ce n’est pas une simple option morale que l’on peut accepter ou refuser. Changer sa personnalité pour améliorer son comportement est toute notre raison d’être sur terre. Celle qui fait la grandeur du peuple juif. 


Notes :

(1)  Le Omer est une mesure d’orge que l’on offrait au Temple le lendemain du  premier jour de la fête de Pessa’h

(2) Du plus bas niveau au plus élevé

(3) Vaykra, chap. 23, versets 15 et 16 

(4) Parachath Ytro


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