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26 Juin 2019 | 23, Sivan 5779 | Mise à jour le 24/06/2019 à 14h53

Rubrique Judaïsme

Paracha Béhoukotaï 5779 : Entre deux mondes

Rabbi Chimone bar Yo’haï (DR)

Quelle était la particularité exceptionnelle de Rabbi Chimone bar Yo’haï, au point de lui consacrer une journée entière de notre calendrier ? La réponse à cette question se trouvera dans une Michna des Pirké Avoth (1).

La dernière Michna du quatrième chapitre des Pirké Avoth affirme que « … l’on vit contre  notre volonté et que l’on meurt contre notre volonté… ». Bien évidemment, ce texte pose problème : si l’on ne veut pas vivre, comment est-il possible, de mourir contre sa volonté ?

Les deux termes de l’opposition, expliquent nos Maîtres, ne sont pas contradictoires mais sont, en fait, les deux composantes d’une même identité. Un Juif doit ressentir en lui deux orientations : d’une part, il doit constamment éprouver le désir de quitter ce monde pour s’attacher à sa source qui n’est que spiritualité. Ressentir l’envie de fuir la prison que représente le corps pour se fondre en D.ieu. Ce désir n’est autre que le désir de l’âme (la néchama) qui se sent étrangère dans le corps. Avant de descendre sur terre, elle jouissait en permanence de la Présence divine sans éprouver le moindre désir de profiter des plaisirs du monde. Propulsée ici-bas, elle ressent un malaise car elle n’est pas à sa place véritable.  Elle ne veut pas vivre.


Des réceptacles de la divinité

Mais d’un autre côté, si le Juif est dans ce monde, ce n’est pas par hasard. D.ieu l’y a placé pour qu’il sanctifie la matière. Mais après 120 ans, il meurt contre sa volonté parce qu’il veut rester sur terre pour accomplir la mission que D.ieu lui a confiée, même si (pour l’âme) cette mission est difficile. Bien plus, cette dialectique de l’identité juive, se retrouve dans la vie quotidienne. Chacun d’entre nous doit désirer étudier la Thora avec profondeur et s’attacher à la comprendre de toutes ses forces. De même pour la prière qui doit être un moment durant lequel le désir de s’attacher à D.ieu doit être très fort. Mais dans le même temps, on doit rester dans le monde pour le sanctifier et faire en sorte que les hommes et les lieux, vides de sainteté, soient transformés pour devenir des réceptacles de la divinité.


Par amour

On peut comprendre, en tenant compte de cette idée, pourquoi la personnalité de Rabbi Chimone bar Yo’haï (2) occupe une place particulière dans notre histoire. Il est le Maître qui symbolise le mieux cette dualité. D’une part, il était le Juste sur lequel repose le monde. A son propos, le Admour hazakène (3) affirme que le Temple était devant les yeux de Rabbi Chimone. Bien que concrètement, il avait été détruit, Rabbi Chimone le voyait devant lui comme une réalité éternelle. D’un autre côté, il manifesta à l’égard de ses contemporains un amour infini. Il déclara qu’il était prêt à faire don de tous ses mérites pour sauver du jugement le monde entier (4). Il fut celui qui parvint à faire la paix entre la spiritualité et la matérialité. 


Notes

(1)  Fin du quatrième chapitre que nous lirons ce chabbath.

(2) Dont nous fêterons la Hilloula (le départ de ce monde) à l’issue du chabbath.

(3) Fondateur du mouvement hassidique ’Habad, la branche intellectuelle du Hassidisme. (1745-1813).

(4) Traité talmudique Soucca, p.45b


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