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26 Juin 2019 | 23, Sivan 5779 | Mise à jour le 24/06/2019 à 14h53

Rubrique Communauté

Saga Heumann : L’histoire d’un pain différent qui a su s’intégrer

Isabelle Heumann (DR)

Matzot pour les uns, pains azymes pour les autres, les produits fabriqués par Heumann sont aussi bien connus pour leurs deux facettes. Retour sur l’histoire très juive de cette entreprise.

Lorsque Isabelle Heumann-Buchert, directrice générale depuis 2006 remonte l’histoire de cette entreprise familiale créée par ses arrière-grands-parents en 1907, on mesure à quel point celle-ci rejoint la Grande Histoire. 

   « Max et Bertha Heumann étaient des Juifs allemands venus s’installer en France à Soultz-Sous-Forêts. Ils y avaient ouvert une boulangerie traditionnelle que Paul, mon grand-père, avait reprise après avoir épousé ma grand-mère Berthe. En 1939, sur les conseils avisés d’un ami professeur à l’université de Strasbourg, ils sont partis se cacher à Clermont-Ferrand, où une famille avait accepté de les cacher, sous une fausse identité, jusqu’à la fin de la guerre. À leur retour en Alsace, la boulangerie familiale n’est plus qu’un tas de ruine. Mon arrière-grand-père, qui avait survécu à la guerre impose néanmoins à son fils d’en reprendre la direction ».

Petit à petit, la boulangerie-salon de thé redémarre. En 1949, Paul Heumann rachète une manufacture de matzot, située à Muttersholz dans le Bas-Rhin, il rapatrie les machines et le personnel et démarre une production ponctuelle. Elle vise uniquement à fournir des Matzot à une communauté juive qui tente de se reconstruire. 

Cette activité secondaire se poursuit jusqu’à la fin des années soixante-dix, époque à laquelle Guy, le tout jeune fils de Paul, doit reprendre l’entreprise familiale suite au décès soudain de son père. Son épouse Simone, engagée dans l’aventure, constate que l’activité Matzot n’est pas rentable financièrement. Plutôt que de l’abandonner, Guy préfère alors lui donner une nouvelle chance, en développant la fabrication de Matzot tout au long de l’année. « Son intention était d’en faire un produit de consommation courante, affranchi de sa connotation religieuse, et qui pourrait venir concurrencer la biscotte », explique aujourd’hui sa fille. 

Ce pain azyme est présenté pour la première fois au SIAL, le salon de l’Alimentation en 1972. « Mes parents y ont entendu tout un tas d’horreurs ». Pour que ce pain azyme puisse se démocratiser, ils décident de nommer leur entreprise Croustia, nom toujours en vigueur. Dès lors, l’aventure prend un nouvel essor. En 1985, Croustia remporte le grand prix de l’exportation artisanale. Deux ans plus tard, les Heumann vendent leur boulangerie traditionnelle pour se consacrer exclusivement à la production du pain azyme, un produit qui reste méconnu à l’époque mais qui suscite une curiosité et qui bénéficie d’une conjoncture favorable. Les débuts du souci diététique et l’augmentation du prix du pain consécutif au choc pétrolier permettent d’attirer une nouvelle clientèle.

   Tout en restant à Soultz-Sous-Forêts, l’entreprise a depuis déménagé et conservé ses deux lignes de production. L’une qui demeure consacrée aux matzot cacher pour Pessah, l’autre pour la fabrication de ce pain azyme démocratique. 


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