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16 Octobre 2019 | 17, Tishri 5780 | Mise à jour le 10/10/2019 à 17h12

Rubrique Culture/Télé

Marek Halter : « La personnalité politique qui m’a le plus marqué est Golda Meir »

Crédit : MAURICE ROUGEMONT/OPALE EDITIONS

Agé d’à peine plus de 80 ans, Marek Halter revient sur une vie mouvementée à l’image de la grande Histoire qu’il a traversée. Ecrivain, peintre, témoin puis acteur du monde, il est de tous les combats pour le rendre meilleur. De son enfance dans le Ghetto de Varsovie à ses rencontres avec tous les grands de ce monde, il délivre dans ses Mémoires un message de paix et d’espoir, indispensable dans un univers de plus en plus trouble aux repaires incertains. Nous avons rencontré l’auteur à l’occasion de la sortie de ses mémoires.

Actualité juive: Avec votre histoire incroyable, est-ce déjà le temps des Mémoires ?

Marek Halter : Peut-être pas, en effet… Il me reste encore tant de projets à réaliser ! Pourtant, il faut se rendre à l’évidence : passé quatre-vingts ans, la plus grande part de sa vie est derrière soi. Et, comme la mienne fut plutôt riche, je me devais de la partager. Mon histoire et mon expérience pourraient servir à mes contemporains, inspirer mes lecteurs…


A.J.: Quels souvenirs gardez vous de votre enfance à Varsovie ?

M.H : Je me souviens de notre appartement rue Smocza à Varsovie. Des deux synagogues et d’une église en brique rouge. Je me souviens des bombardements le jour du Kippour... des juifs, couverts de leur châle de prière, courant en tous sens... des troupes nazies paradant en ville. Mais, curieusement, c’est la mort d’un cheval, sous mon balcon, qui prédomine. Un cheval qu’une balle perdue a abattu. Il s’est écroulé juste devant mes yeux. Nos voisins, tous si gentils et prévenants (ils m’offraient toujours des bonbons), affamés, se précipitèrent sur l’animal pour le dévorer.


A.J.: Plus tard, en France vous êtes un sans-papier ?

M.H : Nous sommes arrivés en France en 1950 à Paris. J’avais quatorze ans. Vingt ans plus tard, mon père a obtenu un passeport apatride commun pour ma mère, lui et moi. En 1980, grâce à l’intervention de mon amie Simone Veil, j’ai été enfin naturalisé.


A.J.: Vous qui avez connu tant de personnalités incroyables, de présidents, de papes, laquelle vous a le plus marqué ?

M.H : J’aimais beaucoup le pape Jean-Paul II. Une personnalité rare. Il nous est même arrivé, imaginez-vous, d’entonner ensemble des chansons yiddish. Né à Wadowice, près de Cracovie, il avait eu, enfant, de nombreux amis juifs et rêvait de devenir acteur. Je suis celui qui lui a conseillé, à l’approche de son voyage en Israël, d’introduire un vœu au mur occidental, dit le mur des Lamentations. 

Mais la personnalité politique qui m’a le plus marqué est Golda Meir. Mélange de mère juive et de femme d’action, elle reste cette grand-mère que je n’ai jamais connue, la mienne étant morte à Auschwitz. Je me souviendrai toujours de son immense bureau quand elle était Premier ministre, et de sa large table en bois vide. Elle y posait parfois un paquet de cigarettes, un cendrier et des allumettes. Golda était persuadée que tout dirigeant politique responsable de la vie d’un peuple devait avoir en tête les informations nécessaires à sa survie. Ne pas avoir, en cas de crise, à chercher ou à interroger un conseiller… « Le jour où ma mémoire faillira, disait-elle, je démissionnerai. »


A.J.: Vous l’homme de paix, diriez-vous que la paix a progressé dans le monde ?

M.H : Au risque de vous étonner, oui ; le mur de Berlin, qui séparait deux mondes, n’est plus ; la guerre fratricide entre protestants et catholiques à Belfast s’est arrêtée ; en Afrique du Sud, plus d’apartheid ; plus de junte militaire et de torture en Argentine ; entre l’Égypte, important pays arabe, et Israël, la paix a été signée ainsi qu’entre la Jordanie et Israël et même Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, téléphone directement à Benyamin Netanyahou en cas de problèmes…

Pourtant, notre frustration est grande. Conscients que nous sommes mortels, nous aimerions que le monde se transforme plus rapidement et que, de notre vivant, la paix entre Israéliens et Palestiniens s’installe dans la région. Mais nous ne sommes pas encore morts et tout reste possible.


« L’antisémitisme est toujours vivace. »


A.J.: Avez-vous changé le monde ?

M.H : Malheureusement pas complètement. Mais un peu tout de même ! D’ailleurs, nous sommes intervenus dans quelques-uns des conflits que je viens de citer. Sans oublier que le goulag n’est plus. Les deux universités françaises que j’ai créées en Russie post-soviétique avec le prix Nobel Andreï Sakharov continuent à former des étudiants.

Cependant, je reconnais que la haine demeure. L’antisémitisme est toujours vivace. La Bible nous dit que le peuple d’Amalek, celui qui veut notre mort (la mort des juifs), sera toujours là, changeant constamment de visage. Nous sommes prévenus. Aujourd’hui, aux côtés de l’antisémitisme classique, fascisant, nous comptons le rejet des juifs au sein de la population musulmane. Certains d’entre eux, pourtant, se lèvent, manifestent, protestent. Nos ancêtres n’ont jamais demandé à être aimés. Les Dix Commandements appellent au respect, à commencer par celui envers nos parents : « Tu respecteras ton père et ta mère ». Entre nous, cela me suffit.


Marek Halter, « Je rêvais de changer le monde-Mémoires », Robert Laffont, 563p, 21,90 euros


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