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18 Juillet 2019 | 15, Tammuz 5779 | Mise à jour le 17/07/2019 à 18h17

Rubrique Culture/Télé

Ariel Toledano : « Le peuple juif a toujours été confronté à de nombreuses tragédies auxquelles il a fait face »

Après «La Médecine de Maïmonide», Ariel Toledano nous aide, avec «Réparer les corps, réparer le monde» (Ed. In Press), à trouver en nous la force d’affronter les épreuves de la vie.

Actualité Juive : Ce livre est à la croisée de votre connaissance des Textes de la Bible, du Talmud, de la Kabbale, d’œuvres de penseurs et, parallèlement, de votre expérience de médecin. Est-ce dans cette optique qu’il faut comprendre la mission, assignée au soignant, d’aider à ouvrir huit portes d’accès à la sagesse ?

 Ariel Toledano : Réparer les corps, réparer le monde, c’est l’ambition d’inscrire le soin dans cette tradition humaniste qui fonde l’art médical. Cette notion est fondamentale à rappeler à l’heure où la médecine tend à devenir de plus en plus technique. Certains nous prédisent même une médecine sans médecin ! Mais ce que l’on constate, nous soignants, c’est la perception d’une grande souffrance morale, exacerbée par un lien social qui se défait. On assiste à une forme de déshumanisation de la société, accentuée par un quotidien empreint d’une compétitivité toujours accrue. Le médecin est en première ligne face à ce type de souffrance, engagé au service des autres, notamment des plus vulnérables. C’est toute l’humanité du geste médical que je souhaite mettre en avant à travers ce livre qui prône l’accès à la sagesse comme moyen de retrouver une forme de sérénité. Un esprit libéré, apaisé doit être l’objectif de toute démarche soignante.


A.J.: A la lumière de la doctrine hassidique, le maître mot de cet ouvrage n’est-il pas le « renouvellement » que vous enjoignez de vivre à travers « l’expérience permanente du présent » ?

 A.T. : Cette notion de renouvellement que l’on retrouve dans la doctrine hassidique est au cœur de mon livre car elle exprime l’idée même de santé. Comme l’expliquait le philosophe Georges Canguilhem, la santé est la capacité à surmonter des crises organiques afin d’instaurer un nouvel état physiologique, différent de l’ancien. Il écrivait avec humour que « la santé c’est le luxe de pouvoir tomber malade et de s’en relever ». La notion de renouvellement est aussi au centre de la pensée biblique qui ne voit pas le monde dans une démarche cyclique mais à travers un renouveau quotidien. Ce regard neuf est également celui du soignant qui ne doit jamais céder à une forme de routine mais toujours exercer avec un esprit d’innovation. Il en va aussi de la notion de singularité, fondamentale dans la démarche du médecin pour qui chaque patient est unique.


A.J.: Ce renouvellement doit, dites-vous, s’appliquer aux rapports que nous entretenons avec la religion qui ne sauraient être vécus comme « des expériences statiques ». Est-ce proche de l’idée relevée dans «Chers Fanatiques» (Gallimard) où Amos Oz célébre le « génie créatif du judaïsme » résidant, par exemple, dans le fait de demander à un garçon, le jour de sa bar-mitsva, « une idée neuve, une pensée originale, singulière » ou encore dans celui de prier un jeune marié d’énoncer un hidouch, l’interprétation innovante d’un verset ?

A.T. : Oui, en effet, mais cela va bien au-delà de notre rapport à la religion. Être capable de se renouveler, c’est probablement le moyen le plus adéquat pour s’adapter dans notre société où l’espérance de vie ne cesse d’augmenter et le monde du travail d’évoluer. Il faudra donc se réinventer pour tenter de s’imposer dans un monde professionnel dont il est difficile de prévoir l’évolution dans les prochaines années.


A.J.: « C’est une obligation religieuse d’être constamment joyeux » : vous faites écho à l’injonction de rabbi Nahman à travers la définition « chiffrée » du bonheur qui serait  50 % d’origine génétique, 40 % en lien avec notre volonté et 10 % avec les circonstances extérieures. Est-ce donc entre joie et sagesse que se trouverait notre salut, alors même que la construction d’images de destruction -menace terroriste, résurgence de l’antisémitisme-  hante de façon légitime l’esprit de la communauté juive ? 

A.T. : C’est le cas depuis plusieurs siècles. Le peuple juif a toujours été confronté à de nombreuses tragédies auxquelles il a fait face. Mais ces épreuves, qui auraient pu être une source profonde de désespoir, lui ont au contraire permis d’activer des mécanismes de défense qui l’ont aidé à vivre en dépit d’une adversité constante. Rien n’est irrémédiablement inscrit, il est toujours possible de s’en sortir. C’est justement cette source d’espérance qui est au centre de la sagesse juive. 


Ariel Toldeano, «Réparer les corps, réparer le monde, Huit portes pour accéder à la sagesse»,  Editions In Press, 160 p., 18 euros

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